Prudence citoyenne sur la moléculture

Actualité - 22 mars, 2007
Sous la direction d’une équipe de recherche de l’université de Calgary, un panel de citoyens canadiens a produit le 22 mars 2007 un rapport qui recommande la plus grande prudence dans le dossier de la moléculture. Sur les 23 recommandations que contient ce rapport, 22 sont des appels à la prudence et une plus grande participation du public dans l’élaboration de politiques. Toutefois, les citoyens seront-ils entendus par le gouvernement canadien? Telle est notre principale préoccupation.

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Sachant que depuis 1995, la dissémination d'OGM alimentaires (organismes génétiquement modifiés) a déjà causé au moins 142 cas de contamination génétique, il serait irresponsable d'autoriser la moléculture.  Cela mènerait inévitablement à la contamination de l'environnement et de la chaîne alimentaire par des substances chimiques ou pharmaceutiques.

Aux États-Unis, il existe déjà des cas de contaminations par la moléculture.  À titre d'exemple, en novembre 2002, l'entreprise de moléculture ProdiGene a contaminé du soya destiné à l'alimentation par du maïs OGM utilisé pour produire une substance pharmaceutique.  Depuis 1994, le gouvernement canadien a déjà autorisé 94 essais de molécultures en champs ou à l'air libre.  Et Ottawa s'apprêterait à autoriser la moléculture à l'échelle commerciale.

Une grande coalition de groupes dont Greenpeace avait d'ailleurs écrit au Premier ministre Stephen Harper en mai 2006  pour le forcer à intervenir et à empêcher la commercialisation de la moléculture au Canada.  Nous attendons toujours la réponse du gouvernement canadien.

Il est important de savoir que le financement de ce panel de citoyens provient du Secrétariat canadien de la biotechnologie et de Génome Canada, qui font la promotion des OGM.  Cependant, l'organisation du panel a été faite de manière indépendante par des chercheures de l'Université de Calgary.  Dans ce contexte, un bon nombre des recommandations du panel de citoyens sont intéressantes, parce qu'elles se rangent sous le signe de la précaution.

En voici quelques-unes

  • Le développement de la moléculture pharmaceutique devrait être considéré dans le contexte général de la planification en santé publique et devrait inclure des mesures préventives, comme la promotion d'un style de vie sain.
  • Des études sur les effets de la consommation de la moléculture pharmaceutique sur la santé devraient être menées dès le début des tests cliniques pour des fins de commercialisation.
  • On devrait interdire l'utilisation des plantes destinées à l'alimentation telles que le maïs, le canola, le soja et le blé dans la moléculture.
  • La réglementation concernant l'industrie de la moléculture doit être appliquée et des pénalités clairement identifiées.
  • Tant que les compagnies d'assurances n'assureront pas les risques, un fond de compensation financé par l'industrie doit faire partie de la commercialisation de la moléculture.
  • Des ressources gouvernementales doivent être fournies pour la réglementation et l'inspection de l'industrie de la moléculture. Des inspections devront être faites à chacune des étapes du cycle de vie d'un produit, de l'extraction de la ressource naturelle jusqu'aux étapes subséquentes de la production, du transport, de l'utilisation du produit et des déchets.
  • Le développement de politiques et de réglementations pour les nouvelles biotechnologies doivent engager le public.  La participation du public exige un accès à de l'information plus claire et provenant d'une multitude de sources.

Il faut espérer que le gouvernement canadien tiendra compte de ces recommandations.  Sachant que le gouvernement canadien continue largement d'ignorer les nombreuses recommandations du rapport présenté par la Société Royale du Canada sur la biotechnologie en 2001, il est malheureusement permis d'en douter.  Pire encore, le gouvernement et l'industrie des OGM risquent d'isoler à leur avantage la recommandation des citoyens selon laquelle « le gouvernement fédéral devrait appuyer le développement du rôle du Canada dans la moléculture » afn de justifier une autorisation rapide sans mettre vraiment en place les autres recommandations. Il n'y a pas que les organismes qui peuvent être génétiquement manipulés, il y a aussi les appels à la prudence que formulent les citoyens. Ces derniers peuvent aussi être victimes de manipulations de la part de l'industrie et du gouvernement.

En attendant, vous pouvez toujours contacter l'Agence Canadienne d'inspection des aliments qui pilote les consultations sur la commercialisation de la moléculture :

  Tanya Fielding : ou par téléphone (519) 826-2875.

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