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En fait, les agrocarburants pourraient faire augmenter les émissions de GES si on considère leurs effets sur la totalité de leur cycle de vie. Un chiffre est même avancé dans une étude de l’Université d’Édimbourg : les GES pourraient en effet croître de 50 à 70 % en raison des agrocarburants. Vaudrait donc soigneusement évaluer l’ensemble des effets environnementaux avant d’aller de l’avant.
De façon plus tragique, les agrocarburants aggravent la situation de l’accès à la nourriture dans plusieurs parties du monde. La situation est telle que des émeutes ont déjà eu lieu dans une trentaine de pays, dont en Haïti. Or, cette crise de la faim risque de s’amplifier à court terme.
Le monde n’est pourtant pas en situation de « pénurie » de nourriture, même si les réserves mondiales de grains sont officiellement à leur plus bas depuis près de 25 ans. En réalité, c’est l’augmentation spectaculaire des prix alimentaires qui prive de nombreuses populations pauvres de nourriture. Dans certains cas, le prix des denrées de base a presque doublé, et ce, du jour au lendemain. Comme les populations les plus pauvres de la planète consacrent une très grande partie de leurs maigres revenus à se nourrir, une telle augmentation des prix a pour résultat d’affamer ces populations et de les pousser aux émeutes du désespoir ultime.
Le projet de loi C-33 du gouvernement de Stephen Harper, qui pourrait être voté d’ici la fin du mois, va accélérer la promotion des agrocarburants en rendant encore plus facile et rapide la mise en place de l’objectif de 5 % d’éthanol dans l’essence au Canada. Si le projet de loi C-33 était adopté, le Canada contribuerait à la vague spéculative et inflationniste des prix alimentaires, ce qui aggraverait la crise alimentaire mondiale. Il importe donc que les députés fédéraux votent contre le projet de loi C-33 afin de permettre une réévaluation en profondeur des agrocarburants, comme le font à l’heure actuelle de nombreux pays et organisations internationales (voir ci-dessous).
Les agrocarburants utilisent des végétaux (maïs, canola, huile de palmier, etc.) pour produire une source d’énergie liquide qui est alors mélangée à de l’essence pour voitures. De nombreux gouvernements comme en Europe, aux États-Unis, au Canada et au Québec ont adopté rapidement des politiques pour encourager la production d’agrocarburants, par exemple en établissant des cibles variant de 5 à 10 % d’agrocarburants dans l’essence ou en subventionnant la mise en place d’usine d’éthanol ou de biodiésel. Ce qui fait cruellement défaut est le manque de critères dans les politiques gouvernementales pour que les agrocarburants répondent à la fois aux impératifs d’une agriculture vraiment écologiquement durable et au but premier de l’agriculture, soit de nourrir les gens.
Malgré les craintes de plus en plus élevées de plusieurs organisations concernant les effets des agrocarburants, il est difficile de comprendre pourquoi les gouvernements américains et canadiens insistent encore à encourager et privilégier l’éthanol-maïs plutôt que les autres formes d’agrocarburants (comme la biomasse). Voici quelques éléments de réponses :
Dans ces circonstances, il n’y a donc rien de surprenant au fait que Monsanto a réalisé des ventes, pour le 1er trimestre de 2008, qui ont généré 36 % de profits triplés à 256 millions de dollars. Les surfaces cultivées de maïs aux États-Unis ont augmenté de près de 20 % en 2007, principalement à cause de l’éthanol. Il y aurait déjà 153 usines d’éthanol aux États-Unis et une soixantaine en construction.
1.
Mettre en place des politiques plus vigoureuses pour appliquer le Protocole de Kyoto comme l’efficacité énergétique.
2.
Encourager des projets de biomasse à la ferme et dans les communautés rurales pour la production de chaleur et d’électricité en utilisant des déchets agricoles ou forestiers qui respectent l’environnement.
3.
Encourager la recherche sur les agrocarburants cellulosiques qui respectent le développement écologiquement durable et le principe de précaution.
4.
Adopter des critères pour une agriculture écologiquement et socialement durable (voir mémoire de Greenpeace à la CAAAQ).
5.
Choisir des agrocarburants qui ne menacent pas la sécurité alimentaire mondiale tout en permettant au moins 60 % de réduction nette d’émission de CO2 par rapport aux énergies fossiles remplacées.
6.
Suspendre même temporairement la cible de 5 % d’éthanol dans l’essence pour se donner le temps d’évaluer tous les impacts des agrocarburants. Battre le projet de loi C-33 serait une première étape.
1. Identifiez votre député fédéral grâce à votre code postal;
2. Trouvez les coordonnées de votre député dans votre comté;
3. Téléphonez au bureau de comté votre député ou envoyez-lui un courriel et exigez qu’il ou elle vote CONTRE le projet de loi C-33.
4. Participez au forum public à Montréal sur les agrocarburants le 1er mai 2008.