Abracadabra.... Les OGM ont disparu! Vraiment?

Actualité - 3 février, 2010
Dans un article du 23 janvier, Le Devoir se fait écho d’une étude réalisée par une équipe, pro-OGM, de l’Université Laval qui aurait démontrée que les OGM ne sont pas si présents dans nos épiceries... Démonstration scientifique ou tour de passe-passe?

OGM: Étiquetage obligatoire au Québec

Malheureusement, il s'agit d'un tour de passe-passe dont l'objectif n'est rien d'autre que de retarder de nouveau l'étiquetage obligatoire des OGM voulu et attendu par plus de 90 % des Québécois sondages après sondages.

Peu d'OGM dans le panier d'épicerie?

Rien de très nouveau dans cette étude. Il y a quelques années, Santé Canada estimait la présence d'OGM dans 70 % des aliments transformés puisque que 70 % des aliments vendus au Canada contenaient au moins un ingrédient OGM, c'est-à-dire du soya, du maïs ou du canola ou un de leurs dérivés (fructose, fécule de maïs, etc.).

L'étude récente de l'Université Laval reconnaît que 55 % des aliments testés (ceux le plus susceptibles de contenir des OGM) en contiennent. Pour arriver à un résultat de 3 à 10% d'OGM, ils ont dû faire quelques tours de passe-passe.

  • Le pourcentage de 3 à 10% d'OGM porte sur l'ensemble du panier d'épicerie et donc on a gonflé artificiellement l'échantillon de référence pour arriver à ce pourcentage. Par exemple, on a inclut les fruits et légumes frais qui ne sont pas génétiquement modifiés même s'ils pourraient l'être à l'avenir. Il est également intéressant que les experts affirment que la viande n'est pas OGM. Il est vrai que la viande OGM (clonée) n'est pas encore disponible quoique certains aux États-Unis s'y préparent activement. Pour l'instant, c'est le bétail qui mange la plupart des OGM. Et donc, le lait, le fromage, les oeufs et la viande qu'on mange proviennent d'animaux nourrit aux OGM.
  • Les tests effectués portaient sur les aliments qu'on retrouve dans les supermarchés. Cette approche garantit qu'on ne détectera qu'une partie des OGM dans l'alimentation puisque dans certains cas, comme l'huile de canola, il est difficile de détecter l'ADN de l'OGM et ceci, même si plus de 95% des champs de canola sont OGM! Il aurait été plus judicieux de faire des tests sur les ingrédients bruts avant leur transformation.
  • Le rapport, et l'article du Devoir, insistent sur la présence (détectable) d'OGM en petite quantité afin de créer l'impression que s'il y a en a peu, il n'y a donc pas de problème. Encore faudrait-il le prouver! Vous chercherez en vain des études indépendantes démontrant que 0,01, 0,1 ou 10% d'OGM est sécuritaire à la fois pour les humains, les animaux et les écosystèmes! Rappelons que les OGM sont approuvés par les gouvernements sur la base de l'équivalence en substance qui présume l'innocuité des OGM pour la santé ou l'environnement au lieu de la prouver. Cette façon cavalière d'approuver les OGM a été dénoncée en vain par les scientifiques de la Société royale du Canada en 2001. Certaines études indépendantes et récentes remettent en doute l'innocuité des OGM. L'équipe du professeur Gilles-Eric Séralini a publiée récemment dans la revue International Journal of Biological Sciences une contre-expertise des données confidentielles fournies par Monsanto pour faire autoriser trois maïs OGM et qui révèle des effets toxiques sur le foie, les reins, le coeur, les surrénales, la rate ou les globules sanguins.

Étiquetage des OGM. Pourquoi?

Les auteurs de l'étude risque de retarder la demande légitime de l'étiquetage obligatoire des OGM en tentant de faire un lien entre innocuité et étiquetage. L'article du Devoir va même jusqu'à conclure: « on craint, par exemple, ses effets délétères sur la santé humaine, mais à ce jour, la listériose - que l'on n'étiquette pas - a finalement fait plus de victimes humaines que les OGM.»

Premièrement, la listériose est une maladie bactérienne dont la présence est interdite dans les aliments alors que les OGM, eux, sont autorisés par le gouvernement. Comme la listériose est interdite, il n'y a aucune raison de l'étiqueter! Deuxièmement, sur quelle base peut-on affirmer que la listériose « a finalement fait plus de victimes humaines que les OGM »? Il n'existe actuellement aucune veille de santé publique sur les OGM.

Par delà l'innocuité non-prouvée des OGM pour la santé humaine au niveau de la digestion directe d'OGM, il faudrait aussi examiner la question de l'impact des cultures OGM sur l'environnement, la biodiversité et les pratiques agricoles. En fait, le recours à grande échelle de plantes OGM tolérantes principalement à l'herbicide Round up de Monsanto a des conséquences sur la résistance accrue des mauvaises herbes aux herbicides, ce qui exige, à terme, l'utilisation de plus d'herbicides ou des herbicides encore plus toxiques. Donc, si on veut mesurer les vrais impacts des OGM, on doit aussi prendre en compte toutes les conséquences dans l'ensemble du cycle de vie de la terre à l'assiette. Et ceci n'a pas été fait alors qu'une application stricte du principe de précaution l'exige.

Les 90% des québécois qui veulent l'étiquetage des OGM, le veulent pour toute sorte de raisons et pas seulement celui de l'innocuité. Rappelons aussi que l'économie de marché repose sur l'accès à l'information des consommateurs. Ne pas étiqueter les OGM revient à donner un monopole de fait à Monsanto plutôt qu'aux consommateurs le droit de choisir. Jean Charest doit trancher: Monsanto ou les Québécois.

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