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Ce Sommet a certes permis d’accomplir un tour de force : le dialogue entre participants de tous les horizons a bel et bien été entamé, dont certains participants qui ont pu être en confrontation les uns avec les autres à plusieurs moments dans le passé. Ce Sommet les a réunis. Il leur a permis de mettre de côté certains préjugés. Il a forcé plusieurs à écouter et offert à d’autres une tribune pour se faire entendre. Est-ce un pas en avant? Sans l’ombre d’un doute.
Le grand écueil de ce Sommet résidait dans le juste équilibre à trouver entre les solutions à court terme à mettre de l’avant pour sortir de la crise forestière et la possibilité de déployer une vision d’avenir qui fait preuve de solidarité envers les victimes de cette crise. Et cet écueil a été évité de justesse. Car il faut bien se le rappeler, quelques jours seulement avant la tenue du Sommet, l’industrie menaçait de ne pas s’y présenter si on n’accordait pas suffisamment d’importance à la sortie de crise. Finalement, les industriels se sont assis à la table, tantôt pour faire valoir leurs intérêts, tantôt pour redorer leur image et convaincre la société civile qu’ils agissaient eux aussi dans le but de préserver la forêt.
Voici, justement, le mot clé de ce Sommet : la « société civile ». Car il faut bien comprendre que ce Sommet était organisé par et pour la société civile. Si réunir tout ce beau monde autour d’une même table constitue en soi un exploit, encore faut-il transformer ce dialogue de la société civile en résultats tangibles. Cette tâche revient « désormais », pour emprunter les mots du Ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard, au gouvernement.
Pour mieux mesurer l’ampleur de la tâche qui attend le gouvernement, il importe d’examiner en détail les consensus et différents objectifs qui ont été établis au cours de ce Sommet et pour lesquels les groupes écologistes qui étaient présents ont trouvé des alliés.
Diversification des modes de tenures : Il s’agit d’un consensus important du sommet. Les participants se sont entendus sur la possibilité d’attribuer aux exploitants des volumes de bois ou des territoires de coupes à d’autres intervenants que les actuels industriels, au profit d’entreprises d’aménagement, de communautés locales ou des Premières Nations.
Aires protégées : La question de la protection de la biodiversité est cruciale pour Greenpeace. Le consensus établi au sommet vise à remplir l’objectif de la Stratégie québécoise sur les aires protégées et ainsi accélérer la création d’aires protégées pour atteindre 8 % d’ici la fin de 2008. Une analyse de carence crédible devra suivre pour définir le manque de conservation à combler pour assurer une pleine représentativité de la diversité
Certification forestière : Un consensus a été obtenu sur l’utilisation de normes reconnues internationalement et favorisant l’acceptation sociale pour compléter la certification des territoires forestiers. Rappelons que pour la communauté environnementale dont Greenpeace fait partie, la meilleure certification permettant de fournir des réponses aux besoins des consommateurs en ce qui a trait à de saines pratiques forestières est la certification FSC (Forest Stewardship Council). Les Premières Nations et le syndicat des travailleurs de la forêt de la CSN se sont également positionnés en faveur de celle-ci.
Premières Nations : Les participants du Sommet se sont entendus pour associer les Premières Nations à la gestion forestière et souhaitent que les droits des Premières Nations soient clarifiés le plus tôt possible.
Gestion intégrée des ressources : Les participants se sont entendus pour instaurer un mode de gestion qui vise à s’assurer de la participation et de l’harmonisation de toutes les parties prenantes et de tous les gestionnaires de la forêt. En plus d’aller au-delà d’une gestion d’un volume de bois, cela aura pour effet de s’assurer que la gestion est basée sur le territoire et met à contribution les intervenants présents.
Aménagement écosystémique : Ce principe de gestion, qui se trouve au cœur du rapport de la Commission Coulombe, vise à maintenir les composantes et les structures d’un écosystème. Le Sommet a permis de s’engager un peu plus dans cette direction, c’est-à-dire qu’il y a eu un consensus pour assurer l’intégration de l’aménagement écosystémique dans tous les futurs plans d’aménagement intégré.
Intensification : Les participants au Sommet proposent une stratégie d’aménagement intensif visant à doubler la valeur tirée de la forêt d'ici 25 ans, plutôt que de doubler son rendement en matière ligneuse. Par ailleurs, des balises devront être définies pour obtenir l’approbation de la communauté environnementale. Voilà ce qui a lentement et partiellement levé la barricade de Greenpeace vers un aménagement intensif de la forêt. Mais prenez garde, toute forme de stratégie d’intensification qui viserait à convertir des forêts naturelles en monoculture ou à introduire des pesticides en forêt publique sera vigoureusement dénoncée.
Plusieurs autres éléments de consensus ont émergé de ce Sommet et ont permis au ministre Béchard de dire ouvertement que, « désormais, tout est sur la table, je pars avec l'idée que le régime forestier n'existe pas ».
Se sortir d’un régime forestier strict qui donne une autorité outrancière à l’industrie forestière québécoise est certes un gain. Mais avant de crier victoire, encore faut-il voir les motivations qui se cacheront sous l’encre du nouveau livre vert et le leadership de celui qui le signera.
Il y a eu consensus au Sommet. C’est un fait accompli. Maintenant, est-ce à dire que Greenpeace cessera ses pressions sur les industriels? Non, nous continuerons de demander aux industriels tels qu’AbitibiBowater et Kruger de mettre en réserve des territoires en forêt intacte dès maintenant, pour la création d’aires protégées, et de s’engager formellement envers la certification FSC. Ces industriels pourront ainsi démontrer le sérieux de leur engagement envers la création d’aires protégées et la protection du Caribou forestier.
Ah! j’oubliais... le Sommet sur l’avenir du secteur forestier a été un Sommet d’hommes! Il n’y avait pas une seule femme au comité directeur du Sommet. Voilà un brin de réforme qui reste à faire!
Mélissa Filion