On y apprend entre autres que les agriculteurs québécois ont sensiblement intensifié l’utilisation de pesticides durant cette période…
Après analyse de ce rapport gouvernemental, Greenpeace tire les conclusions suivantes :
- Comme le souligne Fabien Deglise dans Le Devoir (Samedi 25 août 2007), il inquiétant que les quantités de pesticides soient en augmentation : +20,9 % pour les usages domestiques et +4,8 % sur les pelouses. Voici une autre preuve que les mesures volontaires ne fonctionnent pas et que les gouvernements doivent être plus pro-actifs. On est dans la même dynamique que les détergents au phosphate qui pourtant sont une des causes dans certains cas de la prolifération des algues bleues.
- La diminution des quantités totales d’ingrédients actifs utilisées au Québec demeure stable : une moyenne de -8,5 % par rapport à 1992 avec certaines variations d’année en année comme en 2003 (-9,3 %).
- Cette diminution moyenne de 8,5 % des ventes des pesticides au Québec en 2003 par rapport à 1992 doit être rémise dans un contexte international plus large :
- Le Canada demeure le 3e pays au monde pour les quantités totales de pesticides avec près de 42 millions de kilogrammes vendus en 2002 (derrière les États-Unis avec 332 millions de kilogrammes et la France avec 92 millions de kilogrammes);
- Pour l’ensemble du Canada, la situation est pire avec une progression des pesticides de 23,6 % de 1992 à 2002 qui est la plus élevée des pays étudiés par l’OCDE et le plus élevé des pays de l’ALÉNA (États-Unis +2,1 %; Mexique : + 5,7 %);
- Pendant la même période, de nombreux pays de l’OCDE ont diminué substantiellement les quantités d’ingrédients actifs comme les Pays-Bas (-48,2 %), le Danemark (-40,8 %), Norvège (-37,2 %), la Suisse (-26,7 %), Finlande (-18,9 %), l’Autriche (-20,4 %), l’Allemagne et la Suède (-10,4 %);
- Bien que le Québec fait mieux (-8,5 %) que l’ensemble du Canada (+23,6 %) il se situe néanmoins dans le peloton de queue des pays pour la diminution des quantités d’ingrédients actifs vendues depuis 1992. (3)
- Les herbicides (50 %) et les insecticides (20 %) représentent 70 % des quantités totales d’ingrédients actifs disséminées dans l’environnement au Québec.
- Le secteur agricole utilise 75 % des quantités de pesticides au Québec. Même avec une diminution des quantités totales des pesticides utilisés (-10,8 % par rapport à 1992), l’agriculture du Québec fait quand même moins bien que dans la plupart des pays de l’OCDE en terme de réduction (voir chiffre ci-dessus).
- Les quantités moyennes d’ingrédients actifs à l’hectare (qu’on appelle aussi l’« indice de pression environnementale ») ont diminué depuis 1992 de 3,89 kilogrammes à l’hectare à 2,57 kilogrammes en 2003, soit environ d’un tiers (excluant les foins). Cependant, 2003 est la première année depuis 1995 qu’il y a une augmentation (environ +3,2 %) par rapport à l’année précédente. Serait-ce là le signe avant coureur d’un renversement de tendance ou un cas isolé?
Pesticides et OGM
Un des arguments des entreprises comme Monsanto pour justifier l’utilisation des cultures OGM (maïs, canola et soja principalement) repose sur une prétendue réduction du besoin en pesticides. Cependant, des données récentes viennent contredire Monsanto :
- Rien que dans les deux pays produisant environ 60 % des OGM mondiaux (États-Unis et Canada) les quantités totales de pesticides ont augmenté (États-Unis +2,1 % et Canada +23,6 %). Bien qu’il n’existe que des données fragmentaires, on peut soupçonner que la situation est similaire ou pire chez les deux autres producteurs mondiaux d’OGM (Argentine et Brésil). Au Brésil, les quantités totales de pesticides vendues augmentent de 22 % par an (5).
- Il est intéressant de rappeler que ce sont dans des pays qui refusent les OGM qu’on enregistre des baisses des quantités totales de pesticide, prouvant ainsi qu’on peut réduire les pesticides sans recours aux OGM ! Au contraire, ce sont dans les pays qui ont adopté les OGM que les ventes totales des pesticides augmentent!
- De plus, des études aux États-Unis semblent indiquer que les réductions de l’utilisation des pesticides dues aux OGM lors des premières années de l’introduction des cultures OGM (à partir de 1995) se renverseraient à partir de 2003. Par exemple, Charles Benbrook, utilisant des données gouvernementales remarquait déjà en 2004 un renversement de tendance aux États-Unis concernant les pesticides comme le démontre le graphe ci-dessous.
Genetically Engineered Crops and Pesticide Use in the United States: The First Nine Years Charles M. Benbrook, p. 36
- L’étude du MDDEP qui démontre que 2003 est la première année depuis 1995 qu’il y a une augmentation (environ +3,2 % par rapport à l’année précédente) de l’indice de pression environnementale dans le secteur agricole, serait-elle le signe de ce renversement de tendance déjà observé aux États-Unis?
- L’étude américaine de Charles Benbrook montre aussi que l’écart entre les cultures OGM et non OGM en terme de réduction de pesticides s’amenuise au cours des années. Par exemple, dans le cas du maïs Bt (OGM) et du maïs conventionnel, l’utilisation d’insecticide contre la pyrale du maïs à baissé considérable dans les deux cas passant d’un écart de 0,57 en 1997 à 0,04 en 2003 et 2004. (6)
- Pire, de nouveaux OGM mis sur le marché plus récemment utiliseraient plus de pesticides. Par exemple le maïs OGM Roundup Ready Corn 2 de Monsanto nécessite deux applications de glyphosate (HarnessXtra + Roundup) et par conséquent a un indice de pression environnementale à presque cinq kilogrammes à l’hectare (7), soit plus du double de la moyenne actuelle au Québec et près du tiers de plus qu’en 1995 qui est la première année des OGM dans les champs. Serait-ce là les premiers signes avant coureurs que la situation va se dégrader au cours des prochaines années?

Conclusion
L’étude du MDDEP sur les pesticides vendus en 2003 confirme les premiers indices des craintes de nombreux opposants aux OGM concernant l’utilisation croissante des pesticides. Ceci ne devrait pas surprendre. L’entreprise Monsanto qui vend 90 % des semences OGM vend également aux agriculteurs les pesticides qui les accompagnent. Aucune entreprise ne va introduire volontairement un nouveau produit qui va diminuer les ventes d’un de ses autres produits.
Ne serait-il pas temps pour les gouvernements de remettre en question leur appui aveugle aux OGM ? Ne serait-il pas temps pour l’UPA de remettre en question la dépendance croissante des agriculteurs sur les entreprises qui vendent des intrants? Ne serait-il pas temps pour le gouvernement du Québec d’établir un réseau totalement public d’experts (agronomes, biologistes, écologistes, etc.) qui ne provient pas des entreprises d’intrants (engrais, pesticides, OGM, etc.) afin de fournir aux agriculteurs des conseils vraiment indépendants?
Références
(1) Bilan des ventes de pesticides au Québec pour l’année 2003 MDDEP, septembre 2007
(2) Le terme « pesticide » est parfois utilisé d’une manière générique pour signifier l’ensemble des produits chimiques utilisé ou parfois, d’une manière spécifique, pour désigner les insecticides.
(3) Les pesticides en milieu agricole : état de la situation environnementale et initiatives prometteuses MDDEP, 2006
(4) Genetically Engineered Crops and Pesticide Use in the United States: The First Nine Years Charles M. Benbrook, BioTech InfoNet, Technical Paper Number 7 October 2004.
(5) « GM Soya Bean; Latin America’s New Coloniser », Miguel Altieri et Walter Pengue, Seedling (GRAIN) janvier 2006
(6) Op. cit. Benbrook, page 29, charte 2.
(7) Op. cit. Benbrook, page 21.