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Vaut mieux le répéter une énième fois. L’agriculture industrielle et ses effets (pesticide, OGM, lisier, algues bleues, monoculture, changements climatiques, etc.) n’est pas durable d’un point de vue écologique. Les solutions existent pourtant. Par exemple et pour commencer, le gouvernement Charest devrait accepter toutes les recommandations portant sur l’agriculture que son propre Commissaire au développement durable lui a remises le mois dernier.
En effet, monsieur Harvey Mead, le Commissaire au développement durable du Québec, a rendu public le 13 décembre 2007 son premier rapport annuel de 154 pages. Le bilan est peu reluisant. Le mythe du Québec vert se fait littéralement déboulonner (Voir Le Devoir et le livre Le mythe du Québec vert).
Rappelons que le poste de Commissaire au développement durable du Québec est sous la responsabilité du bureau du Vérificateur général du Québec. Indépendant du gouvernement et non-partisan, il a été mis sur pied en 2006.
Le rapport du Commissaire se déploie en cinq chapitres :
Le concept de l’empreinte écologique est tout simple. L’empreinte écologique (qui respecte la biocapacité) représente la quantité de territoire nécessaire à une personne pour obtenir des ressources suffisantes afin de satisfaire ses besoins tout en maintenant la pérennité biologique de ce territoire. La biocapacité se situe autour de 1,8 hectare pour chaque habitant de la terre. Par contre, notre utilisation actuelle de la planète se situe à environ 2,2 hectares par personne, ce qui signifie que l’humanité excède les capacités de renouvellement biologique de la planète. Au Québec, notre empreinte écologique est de six hectares par personne. C’est trois fois les capacités de renouvellement de notre territoire! S’il est vrai que notre empreinte écologique au Québec est moins élevée que la moyenne nationale canadienne (7,6 hectares par habitant), que l’Alberta (neuf hectares par habitant) ou les États-Unis (9,5 hectares par personne), la réalité est qu’il faudrait aux Québécois l’équivalent de trois planètes pour maintenir notre style de vie actuel, si celui-ci était étendu à l’échelle de la planète. Il importe donc de réduire notre empreinte écologique pour la rendre durable
Notre plus récent rapport au sujet des impacts du secteur agricole sur le réchauffement planétaire, produit pour le compte de Greenpeace par un chercheur de l’Université d’Aberdeen, confirme que l’agriculture industrielle est une source nette d’émission de gaz à effet de serre (GES) alors qu’une agriculture plus respectueuse de l’environnement (comme l’agriculture biologique) pourrait être un puits de carbone. Il va de soi qu’une agriculture plus écologique (agroécologique) contribuerait à réduire notre empreinte écologique sur cette planète. Mais quel est le problème à la source de la crise environnementale de l’agriculture?
Le chapitre 4 du Commissaire au développement durable, Harvey Meade, fait 45 pages, soit plus du tiers du document, ce qui illustre l’importance des problèmes environnementaux dans le secteur agricole :
L’été dernier, Greenpeace a contribué à sonner l’alarme au sujet des algues bleues en citant des rapports du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) sur les sources agricoles (lisier d’élevage notamment) et les excédents de phosphore de certains bassins versants. Greenpeace avait alors exigé l’annulation d’une entente entre le gouvernement et l’UPA, qui exemptait le secteur agricole de nouvelles mesures environnementales jusqu’en 2010! La ministre de l’Environnement avait alors préféré tirer sur le messager, c’est-à-dire Greenpeace dans ce cas, plutôt que de forcer son collègue, le ministre de l’Agriculture à s’attaquer avec elle aux causes réelles du problème. Son chef, monsieur Jean Charest a par la suite convoqué un Sommet sur les algues bleues, qui a certes abouti à un plan mais dont l’efficacité restera à démontrer dans les années à venir.
Or, voici ce qu’a constaté le Commissaire au développement durable sur la dimension agricole des algues bleues :
| Population animale au Québec en 2006 | |||
| Porcs | 6 988 000 | (+55,5 % par rapport à 1986) | 1 porc par habitant |
| Bovins | 492 100 14 | 14 Québécois pour chaque bovin | |
| Volailles | 164 913 000 | (+60,2 % par rapport à 1986) | 23 volailles par habitant |
| Grandes cultures destinées principalement pour l’alimentation animale (2006) | |||
| Maïs-grain | 405 029 hectares | (± 50 % OGM) | (+72,8 % par rapport à 1986) |
| Soya | 178 161 hectares | (± 50 % OGM) | (+72,8 % par rapport à 1986) |
Bref, si le gouvernement du Québec ne règle pas les causes agricoles structurelles et n’adopte pas une gouvernance transparente et écologique des algues bleues, les mesures pour élargir les bandes riveraines ou réduire le phosphore dans les détergents dès 2010 risquent d’être insuffisantes.
Le gouvernement du Québec doit prendre le virage vert en agriculture. Le rapport du Commissaire au développement durable a bien identifié les défaillances en matière de gouvernance agricole et environnementale et a fait des recommandations constructives. Le gouvernement doit simplement les mettre en pratique.
Dans quelques jours, la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire au Québec (CAAAQ) rendra publiques ses conclusions et ses recommandations. Greenpeace a participé aux audiences publiques de la CAAAQ et fait des propositions concrètes concernant l’agroécologie, les agrocarburants, les OGM. Greenpeace a aussi aidé des O.N.G. africaines à venir s’exprimer devant les commissaires de la CAAAQ. [vidéos des O.N.G. africaines]
Le Commissaire a fait la preuve, dans son tout premier rapport, que le modèle d’agriculture industrielle prévalant au Québec n’est pas durable sur le plan écologique, social ou économique. Le défi de Québec sera de faire prendre un vrai virage vert et durable à l’agriculture. Souhaitons que l’année 2008 soit celle où l’ensemble des partis à l’Assemblée nationale se rallient enfin à l’agroécologie.
* Envoyez un court message au Commissaire au développement durable via le Vérificateur général du Québec pour le féliciter d’avoir choisi l’agriculture dans son 1er rapport et pour l’encourager à faire un suivi des progrès dans ce domaine dans ses rapports subséquents.
* Faites parvenir vos meilleurs voeux au Premier ministre, monsieur Jean Charest, à monsieur Mario Dumont et à madame Pauline Marois. Invitez-les surtout à faire preuve de leadership en matière d’agroécologie en 2008 et rappelez-leur que la population au Québec est plus que prête pour un virage vert en agriculture.
* Avant le 10 février 2008, envoyez un commentaire d’appui au gouvernement sur son règlement pour interdire la vente de détergents contenant du phosphore, mais en demandant (a) une application plus rapide, dès le 1er avril 2009 (au lieu du 1er juillet 2010) et (b) que le gouvernement prennent des mesures plus convaincantes pour réduire et éliminer à la source les causes agricoles des algues bleues en adoptant et en appliquant des politiques en faveur de l’agroécologie.
Monsieur Didier Bicchi, urb., Chef de service des eaux municipales
Direction des politiques de l’eau
Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs
Édifice Marie-Guyart
675, boulevard René-Lévesque Est 8e étage, boîte 42
Québec (Québec) G1R 5V7
Téléphone : 418 521-3885, poste 4852
Courriel : didier.bicchi@mddep.gouv.qc.ca.