M. Jean Charest
Premier ministre
Conseil exécutif
Édifice Honoré-Mercier
835, boul. René-Lévesque Est, 3e étage
Québec (Québec) G1A1B4
Télécopieur : 418 646-1854
Monsieur Charest,
Le 13 décembre dernier, le Commissaire au développement durable
du Québec, Harvey Mead, a rendu public son tout premier rapport
annuel. Le tiers de son document était consacré à la gravité de la
situation dans le secteur agricole et, en particulier, aux
politiques inadéquates de votre gouvernement en matière
agroenvironnementale. Au fond, la crise des algues bleues, objet de
notre dernière correspondance, n'était que le symptôme d'un mal
plus profond.
M. Mead a fait 12 recommandations au Ministère de l'Agriculture,
des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) et 3 au Ministère du
Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP).
Bien sûr, même si l'ensemble de ces recommandations trouvait écho
dans des politiques publiques, elles ne résoudraient pas totalement
les nombreux problèmes environnementaux que nos gouvernements
successifs ont générés dans les régions du Québec.
Cependant, la mise en œuvre rapide de ces recommandations
enverrait un signal positif comme quoi vous êtes prêt à prendre un
virage vert en agriculture, à changer de modèle agricole tout en
parant au plus pressant. Greenpeace vous recommande donc de mettre
en place, sans délai, toutes les recommandations du Commissaire au
développement durable.
À travers la Financière agricole du Québec, le gouvernement
subventionne l'agriculture. 62 % du budget du MAPAQ y passe! De
plus, la Financière agricole est de facto gérée par l'UPA,
qui en assumait jusqu'à tout récemment la présidence en plus de
détenir 5 sièges sur 11 à son conseil d'administration. En enlevant
les frais de fonctionnement du MAPAQ, il ne reste plus à ce
Ministère qu'un maximum de 15 % de marge de manœuvre. Si on exclut
les pêcheries du budget du MAPAQ, 406 M$, soit plus de deux fois le
budget du Ministère de l'Environnement (sans les Parcs) va tout
droit à la Financière agricole, hors du contrôle véritable du
gouvernement. Ce problème de gouvernance majeur mine les capacités
budgétaires et politiques du gouvernement à véritablement orienter
les politiques agricoles vers des objectifs de développement
durable. Cette conclusion est partagée par le Commissaire au
développement durable.
C'est d'autant plus vrai qu'un nombre important de subventions
aux agriculteurs profite en fait aux grandes entreprises en amont
(les fournisseurs d'engrais, de pesticides, de semences, d'OGM
comme Monsanto) ou en aval (les transformateurs et détaillants
comme Loblaws, Metro et IGA).
En 2004, le gouvernement a adopté l'écoconditionnalité afin que
le soutien financier soit tributaire du respect de la
réglementation. Depuis, peu de choses ont changé. Si le
gouvernement cite souvent en exemple les 18 200 fermes qui ont
produit un bilan de phosphore, il n'a jamais donné de preuves
concrètes, depuis tout ce temps, qu'une vérification indépendante a
été réalisée d'une façon systématique. En revanche, le Commissaire
a trouvé parmi les rares données rendues disponibles par le MAPAQ
des preuves du contraire dans le secteur porcin. On peut lire dans
son rapport qu'au moins 57 éleveurs de cochons avaient reçu de la
Financière agricole 42 millions de dollars en subventions… sans
mettre en place les mesures relatives à l'écoconditionnalité, soit
sans respecter des règlements et normes environnementales déjà très
peu strictes (ex. : la conformité aux règles de protection des
rives n'est pas exigée dans l'écoconditionnalité). Ceci signifie
que chaque éleveur de cochons, qui a officiellement enfreint les
normes du gouvernement, a reçu en moyenne 700 000 $. Bref, les
politiques gouvernementales ont littéralement créé des pollueurs
payés! Imaginez le scandale si, depuis 2004, les chauffards du
Québec recevaient une subvention en lieu et place d'une
contravention. Il s'agit là d'une bien drôle de façon de faire
respecter une loi !
En conséquence, Greenpeace exige la mise en place de toutes les
recommandations du Commissaire au développement durable et le
respect de règlements par tous. Il faut s'assurer que les
agriculteurs qui respectent les règlements du gouvernement ne
soient pas pénalisés pour ceux qui les violent ouvertement.
Veuillez agréer Monsieur Charest nos salutations les plus
distinguées.
Éric Darier - Responsable de la campagne
Agriculture - Greenpeace
cc.
Monsieur Dumont, chef de l'Opposition
Madame Marois, chef de la 2e Opposition