Les trois grimpeurs sont sur le point de dérouler la bannière qui expliquera leur présence, pendus à l'entrée du siège social d'Abitibi-Consolidated
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Montréal, International —
Nous avons publié, le mois dernier, un rapport d’enquête sur la chaîne de destruction de la forêt boréale du Québec et de l’Ontario. Ce rapport a été critiqué, vilipendé, descendu en flammes par les industriels de la forêt. Vendredi, les résultats d’un sondage Léger Marketing montrent que Greenpeace est loin d’exagérer et que son message est partagé par une écrasante majorité de Québécois.
Soulignons d’entrée de jeu combien il fut instructif de voir une
industrie défendre les compagnies les plus récalcitrantes sur le plan
environnemental et ne rien dire au sujet de ses membres qui pratiquent
une gestion plus saine de la forêt et que Greenpeace a délibérément
choisi de ne pas dénoncer. Il y a là un lourd enseignement à tirer sur
une industrie qui a profité d’une surexploitation sans jamais se
renouveler et qui, aujourd’hui, défend ceux qui semblent vouloir partir
du Québec sur la pointe des pieds.
Le
sondage publié vendredi dit deux choses. Uno, la population du Québec
est en faveur (à 86 %) d’un arrêt temporaire de coupes dans les zones
intactes, le temps de se doter d’un véritable réseau d’aires protégées.
Secundo, une grande majorité de Québécois (69 %) ne croit pas que leur
gouvernement et les compagnies forestières pratiquent une gestion
durable de la forêt dans l’intérêt du public et des travailleurs
forestiers. Ce dernier avis recueille 56 % des appuis au Saguenay/Lac
Saint-Jean, 69 % en Abitibi/Témiscamingue et… 93 % sur la Côte-Nord.
Ainsi, alors même que la perte de confiance des Québécois envers leur
gouvernement et les compagnies forestières s’accroît, ces derniers
veulent que les solutions soient mises en places. Ils veulent protéger
une forêt qui leur est chère, notre économie et le gagne-pain de
nombreuses familles québécoises. Ceux qui croyaient, comme les
industriels, que Greenpeace exagère doivent aller se rhabiller. En
fait, la réalité est plutôt que Greenpeace prends les grands moyens
pour faire des demandes…
raisonnables!
Devant cette crise de
confiance, les industriels ne trouvent rien de mieux à faire que
d’accuser Greenpeace des futures pertes d’emplois et fermetures
d’usines que cette industrie prône depuis pourtant plus de trois ans.
Pendant ce temps, Québec se cache courageusement la tête dans le sable.
Ensemble, gouvernements et industriels, comme s’ils avaient trouvé leur
stratégie dans une boîte de Cracker Jack, trouvent toutes sortes de
pouvoirs surnaturels à Greenpeace…
Que ce
soit entendu : non, Greenpeace ne décide pas des pertes d’emploi,
Greenpeace ne les prône pas comme le font les industriels depuis trois
ans, Greenpeace ne décide pas des fermetures d’usine, Greenpeace ne
surexploite pas la forêt, Greenpeace n’est pas le gouvernement du
Québec et ne peut donc pas légiférer et réglementer à sa place,
Greenpeace ne détient pas les rênes du pouvoir qui lui permettraient de
protéger la forêt, mais se fait un devoir de tout faire en toutes
circonstances pour arriver à cette solution. Si Greenpeace intervient
maintenant avec son rapport sur la Chaîne de destruction, c’est qu’il
devient de plus en plus urgent pour le gouvernement d’agir pour la
protection de la forêt boréale et ce, malgré une industrie dont la
seule urgence en la matière est… de ne rien faire. Il est
impératif que les marchés québécois et internationaux agissent. Si le
gouvernement et les compagnies refusent d’entendre ce que les
contribuables et véritables « propriétaires » de cette forêt lui
disent, peut-être suivront-ils la raison de l’argent et écouteront-ils
alors les doléances de leurs plus importants
clients.
Le gouvernement dans la
mire
En effet, depuis la Loi sur la forêt
de 1986, les compagnies forestières vivent sous un régime qui leur est
largement favorable et qui leur accorde des contrats (renouvelables
tous les cinq ans) de droits d’exploitation des terres publiques, ou
droits de coupe.
Depuis, les forêts du
Québec ont été décimées. De 1990 à 2001 selon Global Forest Watch, une
organisation scientifique indépendante qui utilise des images
satellites qui ne peuvent pas mentir, 2 402 498 ha en forêt boréale ont
été morcelés. C’est quatre fois la taille de l’Île-du-Prince-Édouard.
Onze années de surexploitation ont suffi pour en arriver là.
Aujourd’hui, en 2007, moins de 34 % des forêts directement aménagées
par Abitibi-Consolidated, Bowater et Kruger demeurent intactes.
Résultat : ces industriels irresponsables ont dilapidé l’une de nos
plus importantes ressources.
Il a fallu
1999 et L’Erreur boréale, le film de Richard Desjardins et Robert
Monderie – qu’on ne remerciera jamais assez – pour envoyer un
électrochoc sérieux. Depuis, la pression n’a jamais cessé de
s’accentuer. En 2002, la Vérificatrice générale a dénoncé la
surexploitation de la forêt dans son rapport. En 2004, la commission
Coulombe a remis son rapport et fait 81 recommandations. En 2006,
l’Initiative Aux arbres citoyens ! a déposé à l’Assemblée nationale une
pétition de plus de 186 000 signatures pour la création d’un réseau
d’aires protégées sur plus de 12 % du territoire québécois. Il n’est
donc pas étonnant que Greenpeace rende aujourd’hui public un rapport
sur la chaîne de destruction de la forêt
boréale.
Nous y sommes en quelque sorte
forcés par la timidité et la lenteur du gouvernement du Québec. Depuis
L’Erreur boréale, huit ans ont passé. Le gouvernement a bien entendu
réduit de 20 % la possibilité forestière, il a légèrement augmenté la
superficie d’aires protégées de 1 % à 4,8 % et publié le premier
registre sur les aires protégées. Mais ça ne suffit pas… Nous sommes
encore très loin de l’atteinte des objectifs de la Stratégie québécoise
sur les aires protégées ou encore de la mise en place des 81
recommandations de la commission Coulombe, à des années-lumière d’une
foresterie qui maintient un écosystème en santé ou d’une industrie qui
vise davantage que l’approvisionnement de ses usines, fort éloignés
aussi d’un véritable aménagement écosystémique de la forêt ou de la
diversification économique des communautés mono-industrielle,
plus loin encore d’une gestion forestière qui permet aux régions du
Québec de profiter elles-mêmes sur le plan économique des ressources
qu’elles extraient…
Le gouvernement du
Québec a pourtant le mandat de gérer la forêt dans l’intérêt public.
Va-t-il un jour prendre les devants? Va-t-il un jour revoir en
profondeur le régime actuel? Ou prendre l’important virage que lui a
recommandé la commission
Coulombe?
Le pouvoir de l’argent
et des régions
Greenpeace pose pour hypothèse que
si les solutions tardent, en dépit des appels pressants de toutes parts
depuis bientôt neuf ans, c’est que les compagnies les plus
récalcitrantes à la protection de la forêt, et qui détiennent en
passant les plus grands droits de coupes, verrouillent l’action
gouvernementale. Cette inaction force Greenpeace à en appeler aux
marchés internationaux pour contraindre ces compagnies et le
gouvernement à poser des gestes concrets pour la protection de la
forêt. Ces compagnies doivent comprendre que sans une forêt en santé,
on ne peut avoir un secteur forestier vigoureux. C’est faire de la très
mauvaise économie que de ne pas en tenir
compte.
En faisant appel aux marchés,
Greenpeace adopte le même langage que les entreprises, celui de
l’argent et des milliards de dollars qui sont générés par
l’exploitation forestière. Les clients jouent un rôle crucial dans
l’industrie puisqu’ils dictent les tendances du marché. Ces tendances
sont pourtant claires. En Europe, les compagnies sont de plus en plus
nombreuses à s’approvisionner auprès de fournisseurs qui travaillent
dans le respect de l’environnement. Quelle place le Québec compte-t-il
se tailler dans ces marchés en émergence? N’est-il pas vrai
que les entreprises souhaitent éviter la controverse et cherchent la
stabilité?
À voir les fermetures d’usines,
les milliers d’emplois perdus, les travailleurs et les familles dans le
besoin, une évidence règne : celle d’un régime forestier qui ne permet
pas d’assurer la pérennité de la forêt, ni celles des régions et des
travailleurs; celle d’une catastrophe prévisible, tant d’un point de
vue écologique qu’économique. Un rapport scientifique rendu public par
Greenpeace démontre que l’actuelle crise est le résultat de l’incurie
de l’industrie forestière qui n’a pas investi durant les années de
vaches grasses pour développer de nouveaux marchés, pour régler les
problèmes structurels de l’industrie, pour moderniser les équipements
et investir dans les produits de 2e et 3e transformation. Si
le coût de la fibre est si élevé en ce moment au Québec, n’est-ce pas
le résultat de la surexploitation des forêts, n’est-ce pas parce que
les arbres que l’on récolte sont deux fois plus loin et deux fois plus
petits qu’il y a trente ans? Sinon, comment le gouvernement
et l’industrie peuvent-ils expliquer que dans l’année qui a suivi la
baisse de 20 % de la possibilité forestière, le niveau de récoltes
atteignait un record au Québec, alors que les emplois se perdaient à
coup de milliers?
Vers une
concertation
Il semble bien que le rapport que nous
avons publié ait servi à relancer le débat sur la protection de la
forêt. Une chose est sûre, personne à ce jour n’en a contredit le
message principal, c’est-à-dire que la forêt boréale doit être
protégée.
Pour arriver à cela, Greenpeace
compte poursuivre ses activités au Québec et compte bien participer au
Sommet sur l’avenir du secteur forestier qui aura lieu cet automne.
Nous sommes prêts à discuter avec tous les intervenants du milieu s’ils
s’engagent au préalable à agir pour la protection de la forêt boréale.
Nous irons rencontrer les travailleurs de la forêt. Bien entendu, les
défis sont aussi grands que les attentes. Mais nous espérons travailler
aux solutions.
À défaut de se répéter,
oui, Greenpeace prends les grands moyens. Mais nos demandes sont tout à
fait raisonnables. Au vu de la réaction de l’industrie et au vu des
résultats de notre sondage, cette industrie a besoin de se faire
sérieusement secouer le cocotier. En effet, Québec doit rétablir la
primauté de notre gouvernement sur le pillage par ces entreprises de
notre économie, de nos régions, de nos communautés et de nos
travailleurs…