Vous êtes ici :
Veuillez remplir le formulaire ci-dessous et appuyer sur le bouton «envoyer». Nos serveurs se chargeront de faire parvenir un courriel à l'adresse électronique de votre choix, contenant le lien vers la page que vous souhaitez partager
Vous pouvez partager cette page avec plusieurs personnes en séparant les adresses de courriel par des virgules, comme suit: a.nom@unserveur.com, un.autrenom@unautreserveur.com
Aires protégées et gestion de la forêt : le gouvernement Charest travaille-t-il à l'envers?
Agrandir
Nous sommes de ceux qui aspirent à une meilleure foresterie. Ceux qui croient, comme de milliers d’autres, en un régime forestier qui fait prospérer le Québec et les Québécois, et non les multinationales, dans un profond respect de la forêt. Nous sommes de ceux qui ont participé activement à la Commission Coulombe, au Sommet sur l’avenir de la forêt québécoise et aux consultations sur le Livre Vert et qui ont manifesté leur désaccord face à l’utilisation abusive de la forêt. Nous faisons partie d’un mouvement populaire, qui croit que le temps est venu de faire les choses autrement, et nous sommes convaincus que votre nouveau régime forestier, votre « petite révolution » M. Béchard, nous lance dans une dérape environnementale majeure.
Nouvelle loi, même liquidation des dernières forêts intactes
Dans les dernières décennies, nous avons alloué presque l’entièreté de nos forêts productives à l’industrie et avons coupé, fragmenté et perturbé plus de 85% de ces forêts publiques. Sur ce même territoire forestier, on retrouve un peu moins de 5% d’aires protégées. En outre, il ne reste que près de 10% de forêts encore intactes en zone commerciale. S’il y a un enjeu forestier auquel le nouveau régime forestier devra répondre, c’est bien celui de la protection de nos dernières forêts vierges. Que ce soit en Amazonie, au Congo, en Indonésie ou en Russie, tous sont confrontés à la disparition et à la dégradation des dernières forêts vierges de la Terre. Le Québec, et vous M. Béchard, avez une grande responsabilité à honorer, tant pour la province que pour le reste de la planète. Or M. Béchard, vous avez complètement évincé cette question dans votre nouveau régime « révolutionnaire » et instauré plutôt de nouveaux obstacles à la conservation : Zonage bloquant toute possibilité de protection, réallocation mur à mur de la forêt à l’exploitation, aucune marge de manœuvre à la conservation par le Forestier en chef, etc. Comment allez-vous plus que doubler la superficie d’aires protégées (de 5% à la nouvelle cible de 12%) en forêt commerciale d’ici 2015 sans vous donner les outils pour le faire? Sans parler de la cible de 50% d’aires protégées fixée par Jean Charest dans le cadre du Plan Nord, plan qui touche la grande majorité de la forêt boréale commerciale?
Intensification de la dérape environnementale
Le nouveau régime propose la mise en place de zones de sylviculture intensive sur 20% du territoire forestier, l’équivalent de 150 fois la superficie de l’ile de Montréal. Monocultures, dilapidation et conversion des forêts naturelles, espèces hybrides, vocation unique de production ligneuse, aucune protection de la biodiversité, indifférence face aux autres utilisateurs de la forêt, etc. L’application de telles mesures sur de si grandes superficies représente une déchéance environnementale témoignant de l’insouciance d’un ministre borné et aveuglé par une industrie en crise. M. Béchard, nous sommes en 2009, pas en 1960! L’industrialisation agressive de nos forêts publiques et la création de déserts biologiques ne font pas partie de la solution.
Les marchés vous regardent M. Béchard
Les marchés internationaux se conscientisent, les consommateurs ne veulent plus encourager la disparition des espèces et la destruction des forêts intactes. La montée fulgurante de la certification FSC partout dans le monde, et notamment au Québec, est gage de ce changement de mentalité. Hors le nouveau régime que vous proposez va complètement à l’encontre de cette mouvance, et risque même d’imposer de nouveaux obstacles à la certification FSC. Sans une protection suffisante des dernières forêts intactes, l’établissement d’une meilleure foresterie et l’utilisation minimale de l’aménagement intensif, le nouveau régime forestier québécois n’obtiendra pas la reconnaissance internationale tant recherchée.
Vers des solutions
Pour en arriver à assurer la pérennité du patrimoine forestier québécois, nous vous demandons de faire les choses dans le bon ordre. La nouvelle Loi sur la forêt doit renverser le mode actuel de planification et s’assurer de la présence d’un réseau d’aires protégées représentatives, adéquates et de dimension suffisante AVANT toute nouvelle allocation des forêts. La loi doit permettre et garantir la protection de l’habitat d’espèces menacées tel le caribou forestier. Elle doit aussi faire en sorte que l’aménagement écosystémique devienne la norme pour toute forêt exploitée. Pour l’instant, l’aménagement écosystémique est, dans votre projet de Loi, un simple concept flou, sans définition, sans stratégie claire, sans application légale et sans mesure contraignante. S’il y a place à une faible portion d’aménagement intensif dans nos forêts, ce type de foresterie doit être appliqué qu’après l’identification de ce qui doit être protégé et la mise en place de l’aménagement écosystémique sur l’ensemble du territoire.
Nouvelle levée de boucliers?
Il nous apparaît tout simplement scandaleux qu’après dix ans de dénonciation, deux rapports indépendants, un sommet de la société civile, une commission parlementaire, des dizaines de mémoires et des centaines d’heures de consultation, votre gouvernement ne se soit pas doté d’un régime forestier qui inclut des obligations environnementales à la hauteur des attentes des générations actuelles et futures. M. Béchard, avec un tel projet de loi, on ne peut que s’attendre à une autre levée de boucliers!
Par Mélissa Filion et Nicolas Mainville, co-responsables de la campagne forêt boréale
Envoyez un courriel à Jean Charest et Claude Béchard
Lire la lettre telle que publié dans la Presse...