La forêt Waswanipi-Broadback en danger

Rapport-choc sur la forêt boréale

Actualité - 2 décembre, 2009
Greenpeace rend public aujourd’hui un rapport qui analyse les pratiques d’AbitibiBowater et de Domtar dans trois unités d’aménagement du Nord-du-Québec. Greenpeace lance un avertissement que de telles opérations forestières, appliquées à l’ensemble du Québec, mènent à la disparition des forêts intactes.

Rapport Patrimoine menacé

«La portion encore intacte de la forêt de Waswanipi-Broadback sera rayée de la carte si le gouvernement n’agit pas. Sans plus attendre, ce territoire doit être protégé. »

Mélissa Filion,

Directrice intérimaire de Greenpeace au Québec

Intitulée Patrimoine menacé, l'étude lève le voile sur la destruction ayant cours dans le secteur sud de la forêt Waswanipi-Broadback. On y apprend notamment que plus de 51 pour cent du secteur est morcelé, que moins de deux pour cent est protégé et qu'aucune mesure n'a été prise pour conserver l'habitat du caribou forestier. De plus, l'étude sonne l'alarme quant à la construction imminente de deux ponts qui ouvriront la voie à ce même scénario de destruction dans la forêt de haute valeur de conservation au nord de la rivière Broadback.

Faits saillants :

  • Après trente ans d'exploitation forestière, on retrouve dans la forêt Waswanipi-Broadback un total de 7 433 km de chemins forestiers et de routes. C'est l'équivalent de 6 fois l'aller-retour entre Montréal et New York;
  • Entre 2008 et 2013, soit moins de 5 ans, plus de 21 % des dernières forêts intactes de Waswanipi-Broadback auront été fragmentées;
  • Plus de 40 % du secteur Waswanipi-Broadback comporte de fortes valeurs écologiques;
  • Seulement 2 % de la forêt Waswanipi-Broadback est protégée contre l'exploitation industrielle. Il s'agit de refuges biologiques qui font en moyenne 3 km2;
  • 49 des 52 aires de trappes des Premières Nations de Waswanipi ont été dégradées ou morcelées.
  • AbitibiBowater n'a initié ni collaboré à aucun projet en vue de la création future d'une aire protégée dans le secteur Waswanipi-Broadback.
  • AbitibiBowater prétend à tort avoir atteint l'engagement qu'elle a pris de faire certifier la totalité de ses exploitations forestières selon des normes indépendantes d'aménagement forestier durable.

UN RÉSEAU ROUTIER DANS NOS FORÊTS

Le rapport fait notamment mention du morcellement démesuré du territoire, causé par la construction d'un véritable réseau routier dans nos forêts. À lui seul, le territoire Waswanipi-Broadback supporte plus de 7 433 km de chemins forestiers, soit l'équivalent de six fois l'aller-retour entre Montréal et New York. Cette catastrophe écologique est payée à même les poches des contribuables québécois à travers un programme de subvention du gouvernement.

LES COMMUNAUTÉS BAFOUÉES

Patrimoine menacé révèle également les rapports conflictuels qu'entretient AbitiBibowater avec les travailleurs et les communautés des Premières Nations. L'entreprise ne démontre aucune volonté de participer à l'essor d'une économie régionale forte à long terme. À titre d'exemple, le géant forestier alterne sans cesse les fermetures de ses usines de Lebel-sur-Quévillon et d'Amos, laissant l'économie de ces communautés sur un respirateur artificiel.

LA MINISTRE NORMANDEAU DOIT AGIR

Rappelons que la ministre des Ressources naturelles et de la Faune bénéficie d'une opportunité unique de moderniser le régime forestier pour les décennies à venir. Sans plus tarder, Madame Normandeau doit amender la Loi 57 pour y inclure une stratégie de sauvegarde des forêts intactes qui comprend le secteur Waswanipi-Broadback.

À PROPOS DU RAPPORT

L'information contenue dans le rapport Patrimoine menacé provient des plans d'aménagement de l'entreprise, de rapports gouvernementaux, d'images satellites et d'études scientifiques. Le rapport contient aussi un volet ontarien qui démontre que les pratiques d'AbitibiBowater sont toutes aussi déplorables dans la province voisine où la compagnie a échoué à l'examen des audits gouvernementaux dans la forêt English River.

ABÉCÉDAIRE DE LA FORESTERIE :

Chemin forestier :

Route utilisée pour l'exploitation forestière. Les chemins forestiers sont majoritairement de larges routes de terre.

Forêt de hautes valeurs pour la conservation ( FHVC) :

C'est une forêt qui comporte de grandes valeurs écologiques, soit parce qu'elle détient une forte diversité d'espèces, animales ou végétales, soit parce qu'elle contient des vieilles forêts, des espèces menacées ou des sites d'intérêts patrimoniale pour les Premières Nations.

Ligne de trappe :

Des lignes de trappes sont des terres publiques associées à une famille autochtone et gérées par un maître de trappe, nommé le tallyman.

Morcellement :

Fragmentation d'une forêt par des activités humaines (telles des chemins forestiers, des coupes forestières, des pilonnes hydro-électrique) ou naturelles (feux).

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