Actualité - 19 décembre, 2006
Dans son éditorial du 15 décembre, Brigitte Breton affirmait qu'il était « caricatural, voire injuste » de mettre sur le même pied Jean Charest et l'actuel président du CIFQ, Guy Chevrette. Il s’agit pour elle d'une « association trompeuse ».
Publicité publiée par Greenpeace dans le Devoir, en page A2, parue le 12 décembre 2006.
Comprenons-nous bien. Un rare consensus politique a accueilli le rapport Coulombe. Tous ont salué les recommandations pour pallier une trop longue surexploitation forestière. Mais aujourd'hui, Guy Chevrette s'emploie à menacer Québec de pertes d'emplois dès qu'une décision de politiques publiques se prépare, contraignant le gouvernement à agir en faveur de l'approvisionnement en bois des compagnies forestières.
Si Jean Charest est audacieux et courageux, comment se fait-il que nous attendions toujours l'adoption de l'ensemble des recommandations du rapport Coulombe? Pourquoi n'a-t-il pas déjà amorcé le virage majeur vers un véritable aménagement écosystémique? Ou encore publié le registre des aires protégées ou mis à profit le BAPE? Pourquoi n'a-t-il encore rien annoncé concernant la création d'aires protégées depuis 18 mois et laisse-t-il ses ministres se renvoyer la balle pendant que l'industrie profite dans nos forêts publiques de ce « flou artistique »? Ajoutons que le premier ministre n'a jamais promis d'atteindre un minimum de 12 % d'aires protégées d'ici 2010. Cette recommandation est plutôt... à l'étude depuis 2 ans!
Nous avions demandé au gouvernement et au forestier en chef d'inclure les futures aires protégées dans les calculs de possibilité forestière. Mais ce ne fut pas le cas. De telle sorte que demain, quand viendra le temps de les désigner, Guy Chevrette pourra de nouveau crier haut et fort et prendre en otage les travailleurs et le gouvernement. Loin de nous l'idée qu'il ne faille pas sauver des emplois, bien au contraire. Seulement, pour sortir de cette crise, il faut cesser de retarder la mise en œuvre du rapport Coulombe.
Celui-çi parlait de l'urgence d'agir. Et c'est dans l'urgence qu'on reconnaît les vrais leaders. Pas seulement au moment des élections! Coulombe accordait au gouvernement un horizon de deux à trois ans. Il ne reste plus au Québec que 15 % de forêt boréale intacte. Selon Aux Arbres citoyens!, seulement 3,4 % du territoire québécois a aujourd'hui le statut d'aire protégée. Si ça continue, on laissera des miettes aux générations futures. Quel triste manque de vision de la part d'un gouvernement qui pourrait laisser en héritage à tous les Québécois une des dernières forêts anciennes de la Terre!
En 2004, le rapport Coulombe déplorait que « l'objectif du gouvernement a toujours été la production de matière ligneuse ». Force est de constater qu'aujourd'hui encore, un changement de culture reste à faire. Jean Charest doit réaliser sans délais le virage forestier recommandé par la commission Coulombe, objet d'un consensus très large. En outre, il doit cesser de succomber au chantage de Guy Chevrette.