Sables bitumineux et environnement

Greenpeace lance une nouvelle campagne en Alberta

Actualité - 28 juin, 2007
Greenpeace entend donner encore plus d'ampleur à sa campagne Climat et Énergie et ouvre un bureau à Edmonton afin de lutter plus efficacement contre l’exploitation croissante des sables bitumineux.

L'extraction du pétrole des sables bitumineux d'Alberta cause de graves problèmes environnementaux à très grande échelle.

L'arrivée de Greenpeace en Alberta suscite déjà beaucoup d'intérêt dans toute la province. Grâce à l'appui financier de sa fondation, Greenpeace pourra compter sur les services d'un chargé de campagne à temps plein dont le rôle sera de contrer l'exploitation des sables bitumineux. Entre temps, deux responsables de campagne, Mike Hudema et Geeta Sehgal, travailleront à partir de juillet, et pour une période de quatre mois, aux différents besoins de cette nouvelle campagne.

Mike Hudema, qui est né en Alberta, travaille à l'heure actuelle à San Francisco, pour l'organisme Global Exchange. Il y retournera dès que son séjour en Alberta sera terminé. Fraîchement diplômée de la faculté de droit de l'université d'Alberta, Geeta Sehgal militait depuis plusieurs années au sein de plusieurs organismes sociaux ou environnementaux.

Les « sables bitumineux » consistent en un mélange de bitume, de sable et d'argile. Le bitume est une sorte de pétrole brut très lourd, incapable de couler de lui-même, c'est pourquoi son extraction, effectuée en surface ou dans des mines souterraines, exige qu'on le chauffe afin d'obtenir une substance fluide. Les sables bitumineux occupent une superficie de 77 000 km carrés, et ils se répartissent dans quatre gisements du nord de l'Alberta : Peace River est situé au nord-ouest, Athabasca et Wabasca au nord-est, et Cold Lake à l'est. On a estimé qu'un total de 319 milliards de bitume pourraient être récupérés à partir de ces gisements, ou encore 175 milliards de barils selon les cours actuels du pétrole. Ces énormes dépôts sont de loin supérieurs aux réserves conventionnelles de pétrole du Canada, estimées à 4,8 milliards de barils, et font du Canada le pays disposant des plus grandes réserves de pétrole au monde après l'Arabie Saoudite, dont les réserves atteignent 260 milliards de barils.

Puisqu'il faut environ quatre tonnes de sables bitumineux pour fabriquer un baril de pétrole de synthèse, on comprendra sans peine que les conséquences environnementales qui découlent du procédé d'extraction sont colossaux :

  • Les sables bitumineux engendrent cinq fois plus de gaz à effet de serre que le pétrole ordinaire parce que les techniques d'extraction employées nécessitent de grandes quantités d'énergie, d'immenses quantités de gaz naturel étant nécessaires pour isoler et traiter le bitume.
  • Il faut se servir de quatre barils d'eau prélevée en surface ou sous terre pour obtenir un baril de pétrole brut synthétique à partir des sables bitumineux. On prélève dans ce but d'immenses masses d'eau dans la rivière Athabasca. L'eau toxique contaminée résultant des opérations est rejetée dans d'immenses bassins de rétention. 
  • Parmi les polluants atmosphériques engendrés par le processus d'extraction on observe non seulement des gaz à effet de serre, mais aussi des émissions importantes d'oxydes d'azote, de dioxyde de soufre , des composés organiques volatiles et des particules, dont la présence entraîne du smog, des pluies acides et toute une série de problèmes de santé publique.
  • Les sables bitumineux couvrent au moins 4,3 millions d'hectares situés entièrement  au sein de la forêt boréale canadienne. Il ne sera pas possible de restaurer l'écosystème forestier dans son état originel, les efforts de mise en valeur des forêts et des milieux humides s'avéreront ici insuffisants.

On s'attend à ce que l'exploitation des sables bitumineux représente une proportion de plus en plus considérable des émissions de gaz à effet de serre au Canada. Le développement de ces gisements traverse présentement une période comparable à celle de la ruée vers l'or, la production ayant doublé au cours de la décennie précédente pour atteindre un million de barils par jour (soit la moitié de la production totale canadienne).

Les mesures de réduction des gaz à effet de serre préconisées par le gouvernement Harper font intervenir des cibles axées sur l'intensité des émissions. On parle donc d'une réduction du pourcentage des émissions par activité économique, ce qui n'empêche pas le niveau absolu des émissions d'augmenter. Les mesures Harper sont particulièrement inefficaces dans le cas des sables bitumineux, dont la production est censée quintupler d'ici 2015.