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En évoquant la mobilisation des "combattants de l'arc-en-ciel", on pense immédiatement aux zodiacs vrombissants, aux activistes suspendus aux cheminées d'usines ou enchaînés aux grilles des entreprises polluantes. On imagine moins bien le travail de longue haleine dans lequel s'insèrent ces actions de confrontation. Un travail indispensable pour obtenir des avancées significatives dans le domaine de l'environnement. En fonction du calendrier politique, de la progression de la concertation, de l'acuité du problème abordé, les phases d'actions et les temps de négociations se combinent autour des cinq composantes de la conduite d'une campagne.

Enquêtes & Argumentaires

Cette composante est le préalable indispensable. S'il est nécessaire de dénoncer, il est essentiel d'expliciter le raisonnement qui conduit à considérer que telle industrie, tel produit, tel accord porte préjudice à l'environnement et à la santé publique. Quand le jeu du pouvoir est de gommer toute contradiction pour tenter d'imposer une solution unique, le rôle des contre-pouvoirs est de mettre en évidence les éléments contradictoires qui doivent être portés au débat, pour que soient considérés l'impact environnemental global et les intérêts des générations futures.

Ce travail continu d'élaboration de l'argumentaire permet de mieux cerner les enjeux d'une campagne et de faire progresser la position de Greenpeace en fonction de l'évolution du contexte. Si Greenpeace n'est ni un bureau d'études, ni un centre de recherche, ses investigations s'appuient sur différents travaux scientifiques et enquêtes techniques, préexistants ou commandés par l'organisation à des centres de recherche indépendants.

Propositions & Concertation

Ce temps correspond à une démarche plus prospective. Au-delà de l'opposition à certains procédés industriels ou certaines orientations politiques préjudiciables pour l'environnement, la responsabilité citoyenne impose d'identifier des pistes possibles pour résoudre les problèmes repérés et proposer des solutions alternatives ou des pistes de recherches.
Greenpeace n'entend pas prendre à sa charge le développement de solutions industrielles ou la commercialisation de produits alternatifs. La mise au point technologique et le développement commercial de ces initiatives restent de la responsabilité des acteurs industriels et des décideurs politiques. Cependant, en tant que mouvement citoyen, nous pouvons repérer des initiatives, approfondir certaines réflexions, mettre en évidence des innovations qui peuvent offrir les avantages recherchés sans imposer les mêmes risques pour notre environnement ou soutenir des orientations qui nous semblent souhaitables.

Informations & Pressions

Lorsque ce double argumentaire est établi - opposition et possibles alternatives ou orientations - il est alors traduit en action d'information. Il s'agit dans un premier temps d'informer le public des risques que présentent certaines options industrielles, économiques et politiques, risques que les décideurs tendent le plus souvent de minimiser. L'information est le préalable indispensable à la mobilisation citoyenne. L'engagement des individus, associés à une cause, contribue à la construction du rapport de force qui, tôt ou tard, obligera les dirigeants à considérer les arguments des défenseurs de l'environnement. Il s'agit ensuite de faire pression sur les décideurs, élus, responsables administratifs ou chefs d'entreprises afin qu'ils prennent mieux en compte ces revendications.
Il faut donc expliquer, convaincre et contrer les pressions d'autres groupes catégoriels, politiques, économiques ou industriels qui, défendant leurs intérêts sectoriels, motivés par l'accumulation au plus vite, de profits et de pouvoir, font également pression sur ces décideurs. Les motivations de Greenpeace sont d'un tout autre ordre : préserver les grands équilibres écologiques et défendre les intérêts des générations futures.
Ce travail de lobbying revêt plusieurs aspects : rencontre avec les collaborateurs des cabinets ministériels, participation aux réunions de concertation avec les administrations centrales, informations et débats avec les élus et les partis politiques, participation aux auditions dans le cadre des commissions parlementaires, confrontations avec les dirigeants d'entreprises. Sur la scène internationale, Greenpeace bénéficie d'un poste d'observateur dans le système des Nations Unies et, à ce titre, participe activement aux négociations des accords internationaux en intervenant en particulier lors des phases préparatoires à l'élaboration des textes. Notre totale indépendance constitue, dans ces négociations, un atout majeur.

Action en justice

Il n'est pas rare que des règlements ou des lois, constituant de bons instruments de protection, soient ignorés ou foulés au pied par des industriels peu scrupuleux ou des gouvernements peu regardants. L'action en justice peut tendre à conforter certains instruments réglementaires dont l'intérêt est reconnu. Elle peut également contribuer à construire une jurisprudence permettant de faire progresser le droit pour mieux prendre en compte les évolutions récentes des pratiques industrielles ou mieux cerner des risques nouveaux. Le recours juridique peut également être nécessaire pour obtenir par voie de justice, des informations que les industriels ou les gouvernements refusent de communiquer dans le seul but de protéger des pratiques inacceptables voire illégales.

Confrontation

Dans un monde idéal, le cycle investigation - argumentation - information - concertation devrait suffire à faire évoluer les pratiques pour une meilleure considération des contraintes environnementales. Dans le monde réel, le seul que nous connaissons, il est la plupart du temps indispensable de forcer le débat, d'obliger les acteurs à reconnaître leurs méfaits et d'imposer la prise en compte de certaines considérations. Les actions de confrontation, qui font la spécificité de Greenpeace et marquent notre détermination, n'ont d'autre objectif que de dénoncer des pratiques cachées, de signifier l'urgence du changement, de forcer les décideurs à imaginer d'autres voies. L'interposition physique démontre qu'il est possible de faire cesser une nuisance. Cette transgression citoyenne de l'ordre établi constitue parfois un acte illégal. Elle est pourtant légitime, le fait dénoncé étant une agression bien plus grave allant à l'encontre de l'intérêt général. La confrontation non violente exacerbe le rapport de force et oblige le décideur incriminé à "sortir de sa réserve". L'engagement physique dans la confrontation, toujours non violente, souligne la détermination des demandeurs. Le relais médiatique de la confrontation participe évidemment, à la construction du rapport de force : le fait dénoncé ne peut plus être ignoré. La concertation peut alors être relancée et permettre de trancher entre différentes options.