Plusieurs groupes écologistes - dont Environnement Jeunesse,
Équiterre, Greenpeace, CRE-Mtl, RNCREQ et Nature Québec - ne
croient plus au discours environnemental du gouvernement du Québec.
Selon eux, l'inertie et le manque de volonté du ministre Mulcair
face à plusieurs projets environnementaux, de même qu'une série de
décisions incohérentes récentes, minent la crédibilité du
gouvernement face au défi du développement durable.
Exaspérés, les groupes dénoncent en particulier l'absence de
plan d'action québécois de mise en œuvre du protocole de Kyoto, la
promotion d'une série de nouveaux projets autoroutiers - dont
l'autoroute 25 - et le retard dans le dépôt d'un nouveau cadre
financier pour le développement des transports en commun. De plus,
les groupes s'insurgent de la façon cavalière avec laquelle le
gouvernement entend consulter la population au sujet de deux enjeux
fondamentaux, soit le projet de Loi 118 sur le développement
durable et la Stratégie énergétique du Québec.
Kyoto : aucune vision, aucun objectif, aucun plan d'action
« À moins d'une semaine du début de la Conférence des Nations
Unies sur les changements climatiques - qui se tiendra à Montréal
la semaine prochaine - Québec n'a aucun plan quant à l'atteinte des
objectifs du Protocole de Kyoto. Ce que l'on nous annonce depuis
deux ans, ce sont des ponts et des autoroutes qui augmenteront nos
émissions de gaz à effet de serre » a déclaré Steven Guilbeault,
directeur de Greenpeace.
Le gouvernement du Québec vit encore à l'âge du béton
« Le gouvernement du Québec était très fier l'an dernier
d'annoncer la reprise des grands travaux autoroutiers, avec des
investissements supplémentaires de plus de 100 millions de dollars
par année. Aujourd'hui, le ministre Mulcair s'entête à aller de
l'avant avec le projet de pont sur la 25 alors que la Ville de
Montréal s'y oppose et que le BAPE affirme que la priorité doit
être le transport en commun» poursuit, Sidney Ribaux
coordonnateur-général d'Équiterre. «Dans ce contexte, j'ai de plus
en plus de difficulté à croire à la sincérité de ce gouvernement
quand il dit se réclamer du développement durable, dans un contexte
où des investissements massifs en matière de transports collectifs
sont nécessaires. »
Un émincé de stratégie énergétique
Commentant la Stratégie énergétique déposée en catimini sur le
site Internet du ministère des Ressources naturelles et de la Faune
la semaine dernière, Harvey Mead, de Nature Québec / UQCN, déclare
: « L'énoncé de stratégie rendu public la semaine dernière ne parle
même pas des transports, principale source des émissions de gaz à
effet de serre au Québec, ne parle même pas de Kyoto comme un
enjeu. On assiste à une répétition de l'exercice mené par le MRNF
l'an dernier. Il n'est pas évident de savoir comment
l'incontournable plan d'action sur les changements climatiques
pourra s'arrimer avec cette stratégie à venir. Et dire que le
projet de loi sur le développement durable vise à améliorer la
participation du public aux débats...», a-t-il deploré.
Des consultations publiques improvisées
Le gouvernement tente également de faire approuver à toute
vapeur une Stratégie énergétique québécoise, ne donnant aux
intervenants qu'un délais ridiculement court pour faire valoir
leurs points de vue. Par ailleurs, le gouvernement convoque à la
dernière minute les groupes environnementaux à des consultations
publiques sur le projet de Loi 118 sur le Développement durable, au
moment même où se déroulera à Montréal la plus importante
conférence des Nations Unies sur le thème des changements
climatiques. Plusieurs groupes se verront ainsi dans
l'impossibilité d'y participer.
Pour ces raisons, les groupes estiment qu'ils ne sauraient
adhérer à ces démarches improvisées de la part du gouvernement. De
même, ils considèrent qu'ils ne peuvent plus cautionner, par leur
participation à ces consultations, les décisions incohérentes du
gouvernement qui vont à l'encontre même du développement
durable.
«À quoi bon une loi sur le développement durable, si les gestes
posés par ce gouvernement vont dans le sens opposé? Exploitation
pétrolière dans le Golfe du Saint-Laurent - inclut dans la nouvelle
stratégie énergétique du ministre Corbeil - et développement
durable, cela sonne terriblement faux » a renchéri Eloi Lepage,
directeur général d'Environnement Jeunesse.
Les groupes ont souligné les critères qu'ils jugent
indispensables pour permettre leur adhésion à la politique de
développement durable du gouvernement :
- Le dépôt d'un plan de mise en œuvre du Protocole de Kyoto au
Québec crédible en vue de l'atteinte d'objectifs de réduction des
émissions de gaz à effet de serre de l'ordre de -6% sous les
niveaux de 1990 d'ici 2012;
- Le dépôt d'un nouveau cadre financier satisfaisant pour le
transport en commun;
- Le dépôt d'une politique énergétique cohérente avec les
objectifs de Kyoto;
- L'abandon du projet de l'autoroute 25;
- Des délais raisonnables de consultations publiques sur le
projet de Loi 118 sur le Développement durable et la stratégie
énergétique Politique énergétique québécoise.