Greenpeace réagit avec beaucoup de réserves au Livre vert que le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard, a rendu public ce matin. S’il est une bonne chose que le système des CAAFs soit abattu, Greenpeace craint que le manque de vision de conservation ayant mené au précédent régime forestier ne se propage à nouveau.
« Encore une fois, Québec entend distribuer presque entièrement
la ressource ligneuse sans même déterminer au préalable ce qui
devrait être protégé », déclare Mélissa Filion, responsable de la
campagne Forêt boréale de Greenpeace. « Aujourd'hui, Claude Béchard
a redistribué les cartes. Mais, en ne déterminant pas à l'avance ce
qui doit être protégé, il ressemble davantage à un croupier de
Texas Hold'em qui aurait retiré les as avant de distribuer ses
cartes. »
Si Greenpeace trouve des éléments positifs dans ce Livre vert,
qui délaisse le modèle où l'industrie était roi et maître et confie
aux régions une plus grande responsabilité sur leur gestion
forestière, celui-ci reste dangereusement muet quant à la
protection du Caribou forestier et la conservation du patrimoine
mondial que représentent les dernières forêts intactes du
Québec.
Le risque est d'autant plus grand que le Livre Vert ouvre la
porte à un zonage définitif du territoire. « L'objectif de 8%
d'aires protégées pour 2008 du Livre vert n'est rien d'autre qu'un
rattrapage à court terme », reprend Mélissa Filion. « D'autant plus
que le concept des aires protégées est pensé et conçu dans ce
document en fonction d'un zonage du territoire forestier et non pas
en fonction de la biodiversité ».
Greenpeace juge ambitieux et considérables certains changements
proposés à la gestion forestière. La vente aux enchère du bois, la
séparation entre l'aménagement forestier et la transformation, la
promotion du bois comme matériaux écologique, l'introduction des
zones prioritaires d'aménagement intensif, l'instauration d'un fond
pour les pratiques sylvicoles et le développement de la biomasse
forestière constituent toutes en effet de vastes projets de
politiques publiques. Certains de ces projets augmenteront sans
aucun doute la pression sur la forêt boréale alors même que le
statu quo est maintenu quant à sa protection. « Il s'agit là d'un
manque de vision flagrante de ne pas comprendre l'importance de
protéger avant de déterminer ce qui doit être coupé ».
De plus, d'ici à ce que le Livre vert ne devienne éventuellement
notre nouveau régime forestier, Québec liquide à jamais nos
vieilles forêts grâce à l'article 20 de la Loi 39, qu'il a mise en
place en catimini en décembre dernier. « Monsieur Béchard veut
inspirer confiance avec son Livre vert, mais c'est tout le
contraire qu'il a fait juste avant les Fêtes », affirme Mélissa
Filion. « Nous avons de sérieux doutes quant à la volonté de Québec
de protéger la forêt boréale. Renverser l'actuelle politique de
liquidation des vielles forêts serait déjà un bon début ».
Enfin, Greenpeace compte bien participer aux consultations
publiques qui auront lieu prochainement sur le Livre vert et
apporter différents éclairages en ce qui a trait à l'importance que
revêt la forêt boréale dans la lutte aux changements
climatiques.
Pour plus de
renseignements :
Jocelyn Desjardins, Communications/relations publiques -
Greenpeace : 514-212-5749
Mélissa Filion, Responsable de la campagne Forêt boréale -
Greenpeace : 514-581-8216