On peut aussi lire dans ce rapport que l'agriculture
industrielle est un échec. Quant aux cultures OGM, les auteurs
concluent qu'elles ne permettront pas de résoudre les problèmes de
la pauvreté, de la faim ou des changements climatiques.
Quelque 60 délégations gouvernementales ont paraphé le rapport
final de l'Évaluation internationale de la science et de la
technologie agricoles (IAASTD) la semaine dernière à Johannesburg,
en Afrique du Sud. Parmi les pays représentés, seuls les
États-Unis, le Canada et l'Australie se sont abstenus de signer.
Bien que ces derniers aient participé en tant que parties prenantes
au processus de sélection des auteurs du rapport, ils le qualifient
de « partial » et remettent en question l'indépendance de ses
auteurs.
« Le gouvernement canadien préfère sans doute faire plaisir au
producteur d'OGM Monsanto, qui boycottait cette réunion et toute
l'étude, plutôt que faire la promotion d'une agriculture durable »,
affirme Éric Darier, responsable de la campagne Agriculture et OGM
de Greenpeace. « Or au Canada, l'opposition pourrait réussir à
faire adopter un projet de loi sur l'étiquetage obligatoire
des OGM (C-517). Tous les Canadiens doivent immédiatement agir
pour faire reculer le lobby des herbicides-pesticides-OGM ».
« Ce rapport est la preuve qu'il est possible de produire plus
d'aliments et de meilleure qualité sans anéantir le gagne-pain des
communautés rurales et nos ressources naturelles », affirme Benny
Härlin, aujourd'hui de Greenpeace International et autrefois membre
de l'organisme dirigeant l'IAASTD. « Les méthodes de l'agriculture
moderne mettent de l'avant la biodiversité et l'utilisation
intensive de la main-d'oeuvre. Plutôt que de combattre la nature,
leur mise en pratique se fait en harmonie avec elle. Le présent
rapport en appelle aux gouvernements et aux agences internationales
pour qu'ils redirigent tout en l'augmentant leur financement en
agriculture afin que celle-ci prenne un virage fermement
agroécologique qui en révolutionnera le caractère. »
La mise en place de transformations profondes des pratiques
culturales dans le but de combattre la flambée des prix des denrées
alimentaires de base, la faim, les inégalités sociales et les
catastrophes environnementales est réclamée dans ce rapport. On
admet aussi dans ce document le caractère extrêmement controversé
des cultures génétiquement modifiées et on y soutient qu'elles
n'aideront pas du tout à résoudre les graves problèmes que
représentent les changements climatiques, la diminution de la
diversité biologique, la faim et la pauvreté.
Les auteurs soutiennent que la satisfaction des besoins des
communautés locales et la solution à la présente crise alimentaire
passent par un rôle accru des petits agriculteurs et l'instauration
des méthodes agroécologiques, les savoirs traditionnels et locaux
ayant un rôle aussi important à jour que la science officielle. Il
s'agit là d'une rupture très nette par rapport au discours habituel
axé sur le modèle passe-partout de l'agriculture industrielle, dont
le recours intensif aux produits chimiques ravage
l'environnement.
Härlin ajoute cette mise en garde : « Pour les petits
agriculteurs pauvres, la dépendance envers la fluctuation des prix
mondiaux des denrées de base, la spéculation, les intrants
agricoles toxiques et les semences monopolisées par une poignée de
puissants acteurs multinationaux va s'avérer littéralement
fatale. »
L'Évaluation internationale de la science et de la technologie
agricoles, une organisation dont la Banque mondiale est
l'instigatrice, résulte de la collaboration de plusieurs parties
prenantes comprenant divers organismes dont l'Organisation des
Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, le Programme
des Nations Unies pour le développement, le Programme des Nations
Unies pour l'environnement, l'Organisation mondiale de la santé et
des représentants gouvernementaux, de la société civile, du milieu
des affaires et d'organismes scientifiques du monde entier.
L'objectif fondamental de l'IAASTD est de fournir les
renseignements dont les décideurs ont besoin pour structurer la
recherche et le développement en agriculture dans le sens d'une
réduction de la faim et de la pauvreté, d'une amélioration du
niveau de vie en milieu rural, et de la promotion du développement
durable.
Les documents finaux sont le Résumé directif à l'intention des
décideurs et le Rapport de synthèse. Les délégués gouvernementaux
présents à Johannesburg en ont négocié le contenu ligne par ligne.
Plus de 400 parmi les plus éminents experts internationaux en
sciences agricoles ont été choisis par tous les gouvernements,
entreprises et ONG participants afin de rédiger le rapport. Il
s'agit du compte-rendu le plus complet du savoir, de la science et
de la technologie agricoles. Le rapport aide les gouvernements, les
agences onusiennes et les bailleurs de fonds à établir leurs
priorités en matière d'agriculture et de développement. Les
gouvernements et les agences ont subséquemment une autre étape à
franchir : ajuster leurs programmes de financement et de recherche
et développements en conséquence. Pour plus de renseignements
visitez www.agassessment-watch.org.
Pour plus de renseignements :
Éric Darier, responsable de la campagne Agriculture,
Greenpeace : 514-605-6497
Jocelyn Desjardins, Relations publiques, Greenpeace :
514-212-5749