Communiqué de presse - 20 novembre, 2005
Greenpeace demande au ministre de l’Agriculture, Andy Mitchell :« Instaurez une politique agricole écologiquement et socialement durable »
Le ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire Canada,
Andy Mitchell, organise une consultation nationale sur les Sciences
et l'innovation en agriculture. Greenpeace demande au ministre de
presser le pas pour prendre le virage écologique et d'instaurer
plus de transparence au niveau des politiques agricoles.
« La saga entourant le blé GM (génétiquement modifié) de
Monsanto illustre bien ce qui peut se produire lorsque le
gouvernement fédéral se préoccupe plus des intérêts du milieu des
affaires que de l'intérêt public. Le gouvernement ne saurait être à
la fois juge et partie en matière de sécurité alimentaire »,
affirme Éric Darier, responsable de la campagne OGM pour
Greenpeace. « Plutôt que d'être au service des grandes entreprises,
les politiques agricoles et la recherche devraient plutôt favoriser
les intérêts des agriculteurs et la protection de l'environnement.
»
En juin 2005, Greenpeace a forcé la publication en Allemagne
d'une étude sur l'alimentation des rats faite par Monsanto pour
appuyer sa demande d'autorisation d'un maïs transgénique, le
MON863. Grâce à l'Article 25 de La Directive européenne 2001/18/CE,
qui permet au public d'avoir accès à toutes les données
scientifiques sur lesquelles se basent les autorités politiques
pour prendre des décisions, Greenpeace a révélé que les chercheurs
de Monsanto admettaient eux-mêmes, qu'il existait des effets «
significatifs » dans le sang et les organes des rats nourris au
maïs transgénique MON63. Ce même MON63 est autorisé au Canada et le
gouvernement fédéral a refusé d'en réévaluer l'autorisation.
« Au lieu de mettre en place de bonnes pratiques vraiment
scientifiques comme la transparence, l'évaluation indépendante par
des pairs et la duplication des résultats, il existe au Canada une
culture du secret commercial excessive entre les entreprises qui
veulent obtenir une autorisation et le gouvernement qui évalue les
données », explique Éric Darier. « Sans transparence et possibilité
d'évaluation scientifique indépendante, le processus d'autorisation
des OGM ne fait que semer le doute au sein du public qui se demande
ce qu'on tente de lui cacher ».
En 2001, le Rapport du groupe d'experts scientifiques de la
Société Royale du Canada, faisait 58 recommandations au
gouvernement fédéral, afin que celui-ci instaure vraiment le
principe de précaution et mette en oeuvre des études scientifiques
indépendantes sur les OGM. Le Rapport de la Société Royale avait
prouvé très clairement que le présupposé de « l'équivalence en
substance » suivi par le gouvernement ne s'appuyait pas sur des
pratiques scientifiques rigoureuses et que l'industrie et le
gouvernement s'en servent au contraire pour ne pas entreprendre les
recherches scientifiques approfondies indispensables pour prouver
l'innocuité des OGM avant leur commercialisation. Il est déplorable
de constater que presque aucune des 58 recommandations mises de
l'avant par la Société Royale n'aient été mises en pratique.
Par conséquent, Greenpeace adresse au ministre Andy Mitchell les
recommandations suivantes :
- Réorientation de la recherche publique en faveur d'une
agriculture socialement et écologiquement durable, sans OGM, en
mettant notamment l'accent sur l'agriculture biologique. Pourquoi
ne pas prévoir affecter, d'ici 2008, 20 % de tous les fonds publics
de recherche agricole à une agriculture biologique (non
transgénique) socialement et écologiquement durable ? On devrait
ensuite augmenter ce financement de 2% de point par année jusqu'en
2023 pour atteindre un objectif de 50%.
- Instauration effective de toutes les recommandations mises de
l'avant par la Société Royale du Canada en 2001 , et remplacer
notamment la doctrine de l' « équivalence en substance » par une
révision scientifique par des pairs complète et indépendante, le
public devant avoir pleinement accès aux données portant sur les
risques et les dangers que les cultures et les aliments OGM peuvent
éventuellement causer à l'environnement, à l'agriculture et à la
santé AVANT d'en autoriser la commercialisation, de manière à
rendre opérationnel le principe de précaution. Établissement de
comités scientifiques pluridisciplinaires permettant d'assurer que
les analyses portant sur tout le cycle de vie des OGM soient
pleinement intégrées à une évaluation complète des produits
transgéniques.
- Mise en vigueur du droit du public à un plein accès à toutes
les évaluations environnementales des OGM (incluant la santé
humaine), tel que prescrit par la convention Aarhus , et limitation
du secret commercial à un strict minimum. Le Canada devrait
ratifier la convention Aarhus sans plus attendre.
- Financement et promotion de la recherche publique sans
partenariat avec le secteur privé, afin de favoriser et de mettre
en pratique un vaste programme de recherche d'inspiration
scientifique privilégiant l'intérêt public, indépendant des
intérêts de la grande entreprise. (Ré)Établissement de centres de
recherches agronomiques financés par le secteur public, dotés de
réseaux locaux d'experts que les agriculteurs pourront consulter
afin de pouvoir évaluer d'une manière critique les prétentions
mises de l'avant par les firmes agrochimiques et semencières et
d'offrir des solutions de rechange socialement et écologiquement
durables.