Le gouvernement Charest doit préciser s'il permettra l'existence
d'un dépotoir de déchets radioactifs à activité élevée au Québec, a
déclaré Greenpeace en réponse aux recommandations émises
aujourd'hui par la Société de gestion des déchets nucléaires
(SGDN), une organisation du gouvernement fédéral, qui a désigné le
Québec, l'Ontario et laSaskatchewan comme sites potentiels pour
l'aménagement de dépotoirs permanents de déchets radioactifs
produits au Canada.
En mai, le Bureau des audiences publiques sur l'environnement
(BAPE) a recommandé qu'Hydro-Québec soit autorisée à agrandir son
dépotoir temporaire de déchets radioactifs jusqu'en 2013. Il a en
outre recommandé que la société d'Etat reporte sa décision de
réaménager la centrale Gentilly-2 jusqu'à ce qu'un plan fédéral sur
l'établissement d'un dépotoir de déchets radioactifs permanent au
Canada soit mis en oeuvre. La seule centrale nucléaire au Québec,
Gentilly-2, qui a produit à ce jour plus de 2 500 tonnes de déchets
radioactifs à activité élevée, sera fermée en 2013, à moins que le
gouvernement Charest permette à Hydro-Québec d'allouer 2,3
milliards de dollars au réaménagement de la centrale. Au cours des
audiences du BAPE, les représentants du gouvernement québécois ont
réitéré leur appui aux politiques du gouvernement Bourassa qui, à
l'époque, s'était opposé à la création d'un dépotoir permanent de
déchets radioactifs au Québec.
« Vu que l'Etat québécois s'oppose depuis des années à
l'existence de dépotoirs de déchets radioactifs dans la province,
nous croyons qu'il est hypocrite, de la part du gouvernement
Charest, de permettre à Hydro-Québec de réaménager Gentilly-2 et de
continuer à produire encore plus de déchets radioactifs », a
déclaré Steven Guilbeault, directeur de Greenpeace au Québec.M.
Guilbeault a souligné que le premier ministre Charest a déclaré, au
cours de la campagne électorale de 2003, que le Parti libéral du
Québec « s'est prononcé contre le développement de l'énergie
nucléaire ». « Il n'existe aucun moyen d'assurer le confinement de
matières toxiques qui le resteront pendant un million d'années », a
déclaré Shawn Patrick Stensil, responsable de la campagne énergie
de Greenpeace. « Le réaménagement de Gentilly-2 signifierait que
l'on s'apprête à doubler le poids de la menace qui pèse sur les
générations futures du Québec. »
En 2002, le gouvernement Chrétien a cédé la responsabilité de la
Société de gestion des déchets nucléaires aux producteurs mêmes de
ces déchets - Ontario Power Generation, Hydro-Québec et la Société
d'Energie du Nouveau-Brunswick - et il a donné à la SGDN le mandat
de choisir l'une des trois options suivantes pour la gestion des
déchets radioactifs : le « stockage en formations géologiques
profondes, dans le Bouclier canadien »; le « stockage sur des sites
nucléaires »; ou le « stockage centralisé ».
Les recommandations de la SGDN combinent ces trois options
déficientes dans le cadre d'un projet "par étapes" de 24 milliards
de dollars, étalé sur 300 ans, qui prévoit une gestion des déchets
radioactifs qui passerait du stockage sur les sites des centrales
nucléaires au stockage centralisé, puis au stockage en formations
géologiques profondes. Le dépotoir de déchets radioactifs serait
situé dans l'une de ces trois provinces : au Québec, en Ontario ou
en Saskatchewan. Greenpeace critique la recommandation de la SGDN,
en déclarant qu'il ne s'agit pour la société que d'un moyen pour
détourner l'attention des médias d'une question épineuse : la
gestion des déchets radioactifs. La société, contrôlée par les
acteurs du secteur de la production nucléaire, refuse en outre de
prendre en considération le principe essentiel de tout programme
sensé de gestion des déchets radioactifs : leur élimination à la
source grâce à la fermeture de centrales nucléaires. Le conseil
d'administration d'Hydro-Québec doit rendre une décision sur
l'avenir de la centrale Gentilly-2 au cours de 2006.