Réaction de Greenpeace au brulôt de Guy Chevrette

Blablabla, les gars… et on recontinue à couper

Communiqué de presse - 25 juillet, 2007
Greenpeace est étonnée de l’emportement dont vient de faire preuve l’actuel président-directeur-général du CIFQ et ancien ministre des Ressources naturelles du Québec, Guy Chevrette.

« Guy Chevrette cherche à se poser en défenseur des travailleurs du Québec », lance Mélissa Filion, responsable de la campagne forêt boréale de Greenpeace. « Or, c'est Guy Chevrette lui-même qui crie sur tous les toits depuis des mois qu'il faut fermer des usines au Québec pour consolider l'industrie. C'est lui qui promouvoit ces fermetures pour assurer plus de profits aux compagnies. Guy Chevrette fait aujourd'hui de la petite relation publique sur le dos des travailleurs du Québec. Ces manœuvres ont manifestement pour but de masquer l'immense responsabilité des compagnies forestières dans les actuelles pertes d'emplois des travailleurs du Québec ».

À propos de la science

En effet, comme le souligne un rapport scientifique publié par Greenpeace et réalisé par le chercheur indépendant Hugo Asselin, le 12 avril dernier, la crise forestière est liée principalement à l'incurie des compagnies forestières et ce, sur une période prolongée de plusieurs années. On peut apprendre à la lecture de ce rapport, qui avait pour but d'explorer les facteurs invoqués lors des crises passées et actuelles dans l'industrie forestière au Québec, que chaque crise est pire que la précédente puisque les problèmes structurels de l'industrie forestière sont ignorés et n'ont jamais été résolues par l'industrie elle-même. En fait, l'industrie forestière québécoise n'a pas profité des années de grands profits, pendant lesquelles elle a surexploité nos forêts, pour investir dans la modernisation de ses équipements, dans le développement de nouveaux produits, l'exploration de nouveaux marchés et l'aménagement écosystémique des forêts.

Bien sûr si la hausse du coût du pétrole, la vigueur du dollar canadien et les baisses des prix du bois d'œuvre et du papier journal font aussi partie des facteurs invoqués pour expliquer ces crises, le rapport de Greenpeace note encore une fois que si le coût de la fibre est élevé, c'est en grande partie à cause de cette industrie. En effet, l'explosion des coûts de transport et de manutention sont attribuables à des pratiques d'aménagement forestier inappropriées. Sur une période de 30 ans, ces pratiques ont multiplié par deux la distance à parcourir entre la forêt et l'usine et ont réduit de moitié le volume moyen des arbres récoltés. « Résultat de cette incurie : cela coûte aujourd'hui plus cher pour aller chercher du bois qui est deux fois plus loin afin de récolter des arbres deux fois plus petits », affirme Mélissa Filion.

À propos des travailleurs

« Si Monsieur Chevrette veut davantage de science que nous venons de lui en donner, il devrait collaborer à ce qu'on détermine scientifiquement ce qui doit être protégé au Québec avant de laisser l'industrie couper nos dernières forêts intactes, ce que le forestier en chef n'a pas réalisé lors de ses derniers calculs de possibilité forestière ». L'industrie forestière, selon Greenpeace, fait donc preuve d'une incurie outrancière quand à la responsabilité qu'elle peut avoir envers les travailleurs du Québec et envers la protection de la forêt boréale du Québec. « En ignorant de prendre les dispositions nécessaires, lorsque c'était le moment, pour maintenir leur compétitivité, les industriels de la forêt ont pris en otage les travailleurs des régions du Québec », ajoute Mélissa Filion.

Greenpeace accepte l'invitation du pdg du CIFQ, Guy Chevrette, d'aller rencontrer les travailleurs du Québec, « d'autant plus que c'est en raison des politiques de cet ex-ministre des Ressources naturelles que la forêt québécoise a été surexploitée et que les travailleurs du Québec en paient aujourd'hui durement le prix », signale Mélissa Filion. Rappelons qu'il y a dix ans, le 25 novembre 1997, alors qu'il était ministre des Ressources naturelles, Guy Chevrette avait servi un sérieux avertissement aux entreprises qui n'investissent pas assez pour moderniser leurs installations. «Plus jamais il ne sera considéré comme acceptable que l'on ferme des usines en faisant valoir qu'il faille accepter des règles du marché, alors qu'on a négligé d'investir pour maintenir la compétitivité de ces infrastructures», a-t-il déclaré. Les temps ont bien changé, semble-t-il.

Greenpeace est de plus fortement préoccupée par l'attitude d'Abitibi-Consolidated, devenu depuis ce matin Abitibi-Bowater, qui a déclaré dans l'édition du 21 janvier dernier du Progrès Dimanche, que cette compagnie « favorise l'embauche de personnes détentrices d'un diplôme d'études professionnelles (DEP) en pâtes et papiers avant les anciens travailleurs de ses usines fermées ».

À propos de la rigueur

Greenpeace tient à préciser qu'elle ne lance pas d'avis de boycott des compagnies forestières, mais qu'elle sensibilise et informe les clients de ces compagnies ainsi qu'elle alerte l'opinion publique du manque de protection de la forêt boréale. « De plus en plus, les consommateurs de produits forestiers et les clients des compagnies forestières accordent leur préférence aux compagnies qui présentent les meilleurs bilans environnementaux », reprend Mélissa Filion. « Ces consommateurs et ces clients recherchent plus de stabilité sur les marchés, et moins de controverse. Si l'industrie forestière québécoise n'adopte pas de meilleures pratiques environnementales, c'est sa sécurité économique qui est en jeu. C'est la force qu'elle peut avoir pour se donner des avantages concurrentiels sur des marchés forts compétitifs et de plus en plus sensibles à l'environnement. »

Enfin, Guy Chevrette, qui demande plus de science, semble manquer gravement de rigueur lorsqu'il affirme que Greenpeace ne fait rien contre l'exploitation de la forêt boréale en Russie et qu'il «aimerait bien les voir en Russie avec leur banderole ». À titre d'exemple, le 21 avril 2005, trois grimpeurs ont accroché au pont Novoarbatsky de Moscou une bannière pour protester contre un assouplissement réglementaire russe permettant aux compagnies forestières russe de couper encore davantage leur forêt boréale.
[contenus de Greenpeace Russie en anglais]

Rappelons lui aussi que Greenpeace mène campagne dans toutes les plus importantes régions forestières du monde tels que l'amazonie brésilienne, la forêt du Congo, les forêts d'Indonésie, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, des îles Solomon, de Thaïlande, les forêts boréales du Canada, de la Finlande, de la Suède, de la Norvège, de la Russie, du Mexique, du Chili, de l'Argentine et des Etats-Unis et, plus récemment, dans la forêt du Grand-Ours en Colombie-Britannique.

Pour plus de renseignements  :

Mélissa Filion, responsable campagne Forêt boréale, Greenpeace : 514-581-8216

Jocelyn Desjardins, Communications - Relations publiques, Greenpeace : 514-212-5749

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