« Guy Chevrette cherche à se poser en défenseur des travailleurs
du Québec », lance Mélissa Filion, responsable de la campagne forêt
boréale de Greenpeace. « Or, c'est Guy Chevrette lui-même qui crie
sur tous les toits depuis des mois qu'il faut fermer des usines au
Québec pour consolider l'industrie. C'est lui qui promouvoit ces
fermetures pour assurer plus de profits aux compagnies. Guy
Chevrette fait aujourd'hui de la petite relation publique sur le
dos des travailleurs du Québec. Ces manœuvres ont manifestement
pour but de masquer l'immense responsabilité des compagnies
forestières dans les actuelles pertes d'emplois des travailleurs du
Québec ».
À propos de la science
En effet, comme le souligne un rapport scientifique publié par
Greenpeace et réalisé par le chercheur indépendant Hugo Asselin, le
12 avril dernier, la crise forestière est liée principalement à
l'incurie des compagnies forestières et ce, sur une période
prolongée de plusieurs années. On peut apprendre à la lecture de ce
rapport, qui avait pour but d'explorer les facteurs invoqués lors
des crises passées et actuelles dans l'industrie forestière au
Québec, que chaque crise est pire que la précédente puisque les
problèmes structurels de l'industrie forestière sont ignorés et
n'ont jamais été résolues par l'industrie elle-même. En fait,
l'industrie forestière québécoise n'a pas profité des années de
grands profits, pendant lesquelles elle a surexploité nos forêts,
pour investir dans la modernisation de ses équipements, dans le
développement de nouveaux produits, l'exploration de nouveaux
marchés et l'aménagement écosystémique des forêts.
Bien sûr si la hausse du coût du pétrole, la vigueur du dollar
canadien et les baisses des prix du bois d'œuvre et du papier
journal font aussi partie des facteurs invoqués pour expliquer ces
crises, le rapport de Greenpeace note encore une fois que si le
coût de la fibre est élevé, c'est en grande partie à cause de cette
industrie. En effet, l'explosion des coûts de transport et de
manutention sont attribuables à des pratiques d'aménagement
forestier inappropriées. Sur une période de 30 ans, ces pratiques
ont multiplié par deux la distance à parcourir entre la forêt et
l'usine et ont réduit de moitié le volume moyen des arbres
récoltés. « Résultat de cette incurie : cela coûte aujourd'hui plus
cher pour aller chercher du bois qui est deux fois plus loin afin
de récolter des arbres deux fois plus petits », affirme Mélissa
Filion.
À propos des travailleurs
« Si Monsieur Chevrette veut davantage de science que nous
venons de lui en donner, il devrait collaborer à ce qu'on détermine
scientifiquement ce qui doit être protégé au Québec avant de
laisser l'industrie couper nos dernières forêts intactes, ce que le
forestier en chef n'a pas réalisé lors de ses derniers calculs de
possibilité forestière ». L'industrie forestière, selon Greenpeace,
fait donc preuve d'une incurie outrancière quand à la
responsabilité qu'elle peut avoir envers les travailleurs du Québec
et envers la protection de la forêt boréale du Québec. « En
ignorant de prendre les dispositions nécessaires, lorsque c'était
le moment, pour maintenir leur compétitivité, les industriels de la
forêt ont pris en otage les travailleurs des régions du Québec »,
ajoute Mélissa Filion.
Greenpeace accepte l'invitation du pdg du CIFQ, Guy Chevrette,
d'aller rencontrer les travailleurs du Québec, « d'autant plus que
c'est en raison des politiques de cet ex-ministre des Ressources
naturelles que la forêt québécoise a été surexploitée et que les
travailleurs du Québec en paient aujourd'hui durement le prix »,
signale Mélissa Filion. Rappelons qu'il y a dix ans, le 25 novembre
1997, alors qu'il était ministre des Ressources naturelles, Guy
Chevrette avait servi un sérieux avertissement aux entreprises qui
n'investissent pas assez pour moderniser leurs installations. «Plus
jamais il ne sera considéré comme acceptable que l'on ferme des
usines en faisant valoir qu'il faille accepter des règles du
marché, alors qu'on a négligé d'investir pour maintenir la
compétitivité de ces infrastructures», a-t-il déclaré. Les temps
ont bien changé, semble-t-il.
Greenpeace est de plus fortement préoccupée par l'attitude
d'Abitibi-Consolidated, devenu depuis ce matin Abitibi-Bowater, qui
a déclaré dans l'édition du 21 janvier dernier du Progrès Dimanche,
que cette compagnie « favorise l'embauche de personnes détentrices
d'un diplôme d'études professionnelles (DEP) en pâtes et papiers
avant les anciens travailleurs de ses usines fermées ».
À propos de la rigueur
Greenpeace tient à préciser qu'elle ne lance pas d'avis de
boycott des compagnies forestières, mais qu'elle sensibilise et
informe les clients de ces compagnies ainsi qu'elle alerte
l'opinion publique du manque de protection de la forêt boréale.
« De plus en plus, les consommateurs de produits forestiers et les
clients des compagnies forestières accordent leur préférence aux
compagnies qui présentent les meilleurs bilans environnementaux »,
reprend Mélissa Filion. « Ces consommateurs et ces clients
recherchent plus de stabilité sur les marchés, et moins de
controverse. Si l'industrie forestière québécoise n'adopte pas de
meilleures pratiques environnementales, c'est sa sécurité
économique qui est en jeu. C'est la force qu'elle peut avoir pour
se donner des avantages concurrentiels sur des marchés forts
compétitifs et de plus en plus sensibles à l'environnement. »
Enfin, Guy Chevrette, qui demande plus de science, semble
manquer gravement de rigueur lorsqu'il affirme que Greenpeace ne
fait rien contre l'exploitation de la forêt boréale en Russie et
qu'il «aimerait bien les voir en Russie avec leur banderole ». À
titre d'exemple, le 21 avril 2005, trois grimpeurs ont accroché au
pont Novoarbatsky de Moscou une bannière pour protester contre un
assouplissement réglementaire russe permettant aux compagnies
forestières russe de couper encore davantage leur forêt
boréale.
[contenus de Greenpeace Russie en anglais]
Rappelons lui aussi que Greenpeace mène campagne dans toutes les
plus importantes régions forestières du monde tels que l'amazonie
brésilienne, la forêt du Congo, les forêts d'Indonésie, de
Papouasie-Nouvelle-Guinée, des îles Solomon, de Thaïlande, les
forêts boréales du Canada, de la Finlande, de la Suède, de la
Norvège, de la Russie, du Mexique, du Chili, de l'Argentine et des
Etats-Unis et, plus récemment, dans la forêt du Grand-Ours en
Colombie-Britannique.
Pour plus de
renseignements :
Mélissa Filion, responsable campagne Forêt boréale, Greenpeace :
514-581-8216
Jocelyn Desjardins, Communications - Relations publiques,
Greenpeace : 514-212-5749