En cas de construction d’un barrage sur le Rio Tapajós, le cœur de la forêt amazonienne subira des dégâts considérables. Ces quatre photos montrent pourquoi.

Les Mundurukus

Cela fait des siècles que les Mundurukus vivent dans le bassin du Rio Tapajós. Ils sont entrés en contact avec les conquistadors portugais pour la première fois dans le courant de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. C’étaient de grands guerriers que les Portugais redoutaient, et c’est encore le cas aujourd’hui. La seule différence, c’est qu’aujourd’hui ils se battent avec des mots plutôt qu’avec des armes, nous explique le Cacique (chef de village) Juarez.

Cela fait déjà plus de trente ans que ce peuple réclame la reconnaissance officielle de son territoire afin d’éviter la construction d’un barrage et de pouvoir transmettre sa culture d’une grande richesse et son mode de vie aux générations à venir. Les Mundurukus disposent aujourd’hui d’une école et de rapides bateaux à moteur, et ils se connecteraient bien volontiers à internet.

De temps à autre, les plus jeunes organisent une fête et mettent la musique à fond : ils doivent bien se détendre de temps en temps, eux aussi. Ils sont fiers que les Mundurukus jouent un rôle important dans la conservation de la forêt amazonienne. En effet, bien souvent, leur disparition s’accompagne de celle de la forêt. Une raison suffisante pour les soutenir dans leur combat !

Biodiversité

La forêt amazonienne et ses rivières abritent un véritable trésor de biodiversité. Beaucoup d’animaux sont farouches et. Pour le moment, il y a tant de monde dans le village des Mundurukus qu’ils ne sont guère faciles à voir. Les poissons qui vivent dans la rivière, par exemple, se font très discrets. Au village, on voit beaucoup d’araignées et d’énormes sauterelles. Il y a aussi un petit cochon sauvage qui nous rend régulièrement visite, et certains enfants ont pour camarades de jeu de petits singes titis, ou callicèbes. De grands singes hurleurs vivent dans la forêt, mais nous ne pouvons que les entendre. Ils font beaucoup de bruit, surtout la nuit. La journée, ce sont les perroquets qui font un joyeux vacarme.

Le cycle de vie de pratiquement tous ces animaux est étroitement lié à la forêt ou au niveau de la rivière, qui dépend des saisons et qui serait radicalement modifié par la construction d’un barrage. Nombre d’entre eux auront donc vraiment du mal à survivre si un barrage est construit sur le Rio Tapajós.

Amazonie

Quelle expérience unique que de me retrouver au pied de ces arbres gigantesques au beau milieu de la fabuleuse forêt amazonienne, la plus grande forêt tropicale du monde ! Cet écosystème est remarquable, mais aussi fragile. Ainsi, lorsqu’il est sérieusement affecté par des coupes, par exemple pour réaliser de grands travaux d’infrastructures comme la construction d’une centrale hydro-électrique, non seulement il ne peut plus remplir son rôle d’habitat pour l’homme et les animaux, mais il ne peut plus non plus stocker le CO2, et la forêt se transforme en une source d’émissions de gaz à effet de serre.

La disparition de la forêt amazonienne a donc également des conséquences catastrophiques pour la lutte contre le réchauffement de notre planète. C’est pourquoi les Mundurukus trouvent qu’il est très important de placer des pancartes indiquant les limites de leur territoire, là où des bûcherons illégaux ont déjà pénétré sur leurs terres, ce qui présage bien souvent des coupes de grande ampleur.

Rio Tapajos

Pour les Mundurukus, mais aussi pour les communautés traditionnelles non autochtones qui vivent sur ses berges, le Rio Tapajós est une source de vie, à bien des égards. Ils y attrapent du poisson pour survivre, ils s’y lavent et la rivière leur fournit (et à nous aussi) de l’eau potable ainsi qu’un moyen de transport très important. Nous aussi, nous nous déplaçons en bateau pour atteindre les endroits où, avec eux, nous notons les limites de leur territoire et nous les marquons. Mais la construction d’un barrage de retenue risque d’isoler les communautés locales les unes des autres, alors que la rivière joue justement un rôle si important en les reliant. De plus, d’importantes manipulations du bassin hydrographique de la rivière, par exemple la création d’un réservoir, entraîneraient pour les Mundurukus la perte d’une partie de leur territoire. Quand on est ici, il est bien difficile d’imaginer que ce village plein de vie serait alors rayé de la carte.

Signez la pétition et aidez à sauver le coeur de l'Amazonie >> http://grnpc.org/IgOli

An Lambrechts habite à Gand et est chargée de mission forêts depuis août 2008. Elle a travaillé pour des projets internationaux visant les négociations climatiques, le bassin du Congo et l’Indonésie et assure en ce moment la coordination internationale du projet "bois amazonien". "Combiner campagne et lobby d’une part avec action et mobilisation d’autre part est ce qui m’a attirée chez Greenpeace depuis le début. Et mon envie de continuer à développer ce modèle n’a fait que grandir depuis".