S’il y a bien une chose que personne ne souhaite dans la forêt boréale, c’est d’avoir les doigts qui gèlent. Et par -37 degrés, ce n’est pas toujours facile.

Thermometre

Moi qui me pensais bien équipée pour mon expédition dans la Nation crie de Waswanipi, dans le territoire des Eeyou Istchee au centre du Québec, j’ai rapidement compris que mes bottes d’hiver et mes gants chauds ne feraient pas l’affaire. Mes hôtes ont ri en jetant un oeil à mes bottes d’hiver flambant neuves, dont l’efficacité est vantée jusqu’à -40. Puis, ils m’ont montré leurs propres chaussures, dont l’épaisseur de la doublure en feutre, elle, est faite pour ce climat.

Emmitouflés pour résister aux températures extrêmes, les Cris ont des manteaux et des pantalons ultra-modernes, réalisés dans des matériaux hautement techniques, façonnés de manière à conserver la chaleur tout en laissant s’échapper le froid et l’humidité. Ici, s’afficher avec des vêtements de marque n’a rien à voir avec le style, c’est une question de survie.

Leurs mitaines, cependant, dont chacun a une paire, sont différentes. Elles sont encore réalisées de manière traditionnelle par les femmes, avec les fourrures rapportées de la chasse par les hommes.

Cousues et brodées à la main, elles sont incroyablement douces et chaudes. Et… magnifiques. D’emblée, j’ai voulu mettre la main sur une paire. Alors que je leur demandais où ils avaient obtenu ces mitaines, les membres de la communauté m’ont expliqué, chacun à leur tour,qu’elles avaient été confectionnées par leurs mères ou leurs grand-mères pour leur famille.

Mitaines cries

Mitaines cries faites à la main

Oh.

J’ai donc demandé si quelqu’un accepterait d’en faire une ou deux paires supplémentaires et que je serais heureuse d’en acheter.

Bien sûr que c’était possible!

Les jours suivants, ma collègue et moi nous sommes rendues compte à quel point ces mitaines traditionnelles sont adaptées à la vie à Waswanipi. Les mains sont toujours au chaud et au sec et les mitaines sont suffisamment résistantes pour travailler dehors, récolter du bois et préparer le feu.

De retour à Waswanipi, nous discutons avec quelques grand-mères, les artisanes de ces fameuses mitaines. Malheureusement, aucune paire en extra ne semble traîner dans les fonds de tiroirs.

Quand partez-vous? Dans 3 jours?

À voir leur expression, c’est évident : le temps est trop court pour nous en fabriquer deux paires.

Le dernier soir avant notre départ, nous nous réunissons tous autour d’un souper, pendant lequel nous nous remémorons, en riant, les histoires de notre excursion dans la Broadback pendant ce qui a du être la semaine la plus froide de l’année. Ou de la décennie. Ou du siècle: un vortex polaire additionné d’un cyclone!

Nous promettons de revenir; peut-être que la prochaine fois le temps sera plus clément et que nous pourrons faire une randonnée dans la forêt boréale. « Peut-être même que vous n’aurez pas besoin de mitaines », plaisantent-ils.

C’est à ce moment-là que, soudainement, Don arrive avec deux paquets cadeaux dans les bras.

Avec des mitaines. Des mitaines? DES MITAINES! Deux paires, une pour ma collègue, et une pour moi.

Des mitaines faites spécialement pour nous… ils rient. Ils avaient prévu cela depuis le début.

À moins, bien sûr, que nous ne les voulions pas.

Comme si...

Aidez-nous à travailler avec les Premières Nations, telles que les Cris de Waswanipi, pour protéger la forêt boréale.

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