Les changements climatiques, l'exploitation croissante et beaucoup d'autres facteurs menacent l'Arctique.

Les changements climatiques

L'Arctique se réchauffe plus rapidement que le reste de la planète et subit actuellement certains des plus grands chocs climatiques de la Terre. L'un des effets les plus notables du réchauffement est la diminution de l'épaisseur, de l'étendue et de l'âge de la banquise. Une glace plus mince et plus jeune fond beaucoup plus rapidement. Par conséquent, les chercheurs prédisent que l'océan Arctique pourrait être complètement libre de glace en été, et ce, dès 2016.

Aurore boréale audessus des monts Richardson, Yukon, Canada. 12/01/2011 © Bernd Roemmelt / Greenpeace

Cette situation est problématique, car la banquise soutient tout l'écosystème marin de l'Arctique. Les peuples et la faune de cette région subissent de plein fouet les contrecoups de sa fonte. Bon nombre d'espèces polaires dépendent de la présence de glace pour survivre. Les ours polaires en sont le meilleur exemple, mais c'est aussi le cas des phoques annelés qui passent la plus grande partie de leur existence sur la banquise. L'Arctique demeure une région peu explorée, et il se peut qu'il y ait, sans que nous le sachions, beaucoup d'autres espèces également touchées.

L'Arctique est aussi l'une des régions où les effets du réchauffement climatique sont les plus désastreux. Puisque ses vastes étendues blanches cèdent leur place à des eaux plus sombres, les rayons solaires ne sont plus réfléchis dans l'espace, ce qui contribue à hausser la température de la planète. Un autre problème majeur réside dans les grandes quantités de gaz méthane présentes dans le sol gelé en permanence (pergélisol) de la toundra. Lorsque le pergélisol fond, le méthane (un des gaz à effet de serre les plus nocifs) se répand dans l'atmosphère, accélérant ainsi le réchauffement climatique.

Par ailleurs, la fonte des glaciers situés sur la terre ferme, comme au Groenland, contribuera à la hausse du niveau de la mer. L'expédition scientifique menée par Greenpeace à l'été 2012 a démontré que ces glaciers reculent plus rapidement que jamais depuis quelques années.

Il s'agit là de facteurs que les humains ne peuvent contrôler. Par contre, si nous tentons de résoudre la crise du climat, il faut le faire avant que les effets ne deviennent irréversibles.

L'exploitation pétrolière

Les grandes compagnies pétrolières souhaitent tirer parti de la disparition de la banquise pour déployer leurs activités en Arctique et tenter d'exploiter les ressources de pétrole qui s'y trouvent, en mer ou sur la terre ferme. En décembre 2013, Gazprom a commencé à forer dans la mer de Pechora, devenant ainsi la première société à extraire du pétrole dans les eaux de l'Arctique à des fins commerciales.

Greenpeace était au premier rang pour protéger la région et a confronté Gazprom trois mois seulement avant le début des activités de forage. La manifestation a été rapidement interrompue par des coups de feu et de l'intimidation après que des activistes aient tenté de déployer pacifiquement une bannière sur la paroi de la plateforme pétrolière Prirazlomnaya de Gazprom. La saisie illégale du navire Arctic Sunrise de Greenpeace ainsi que de tous les passagers et de son équipage s'est ensuivie. Maintenant connus sous le nom des 30 de l'Arctique, ces braves femmes et hommes ont été détenus pendant des mois. Puis, après que la société internationale ait exercé des pressions et que des millions de personnes, des organismes des droits de la personne, des lauréats du prix Nobel et plus encore aient démontré leur soutien, on leur a finalement accordé une amnistie.

Le forage pétrolier dans l'Arctique est sérieusement dangereux. La banquise et les conditions climatiques extrêmes rendent le nettoyage de déversements probables très difficile. Par exemple, la possibilité que des icebergs heurtent les plateformes de forage est bien réelle. Les mesures de prévention de l'industrie semblent dérisoires comparativement à l'ampleur de la menace. En effet, la solution consiste à utiliser des bateauxpompes pour arroser et faire fondre les icebergs qui s'approchent des plateformes.

Cette situation est d'une cruelle ironie. Si nous ne consommions pas autant de combustibles fossiles, comme le pétrole, les sociétés pétrolières n'auraient aucune raison d'investir dans l'Arctique. Il est donc dans leur intérêt d'entretenir ce cercle vicieux le plus longtemps possible, en prolongeant notre dépendance au pétrole. Les opérations de forage menées dans l'Arctique ne font qu'accentuer le problème, car elles n'incitent aucunement les fabricants automobiles à mettre en marché des véhicules moins énergivores, et n'encouragent pas les pouvoirs publics à développer les transports en commun.

L'arrivée des compagnies pétrolières dans l'Arctique menace des écosystèmes très fragiles.

Le gouvernement Harper développe l'infrastructure et accroît la présence militaire dans le Nord afin de faciliter les activités de forage dans l'Arctique canadien. Il utilise son poste à la présidence du Conseil de l'Arctique pour poursuivre le programme exploiteur de l'industrie pétrolière.

Lors d'une allocution prononcée en octobre 2013 pendant une réunion des hauts représentants de l'Arctique du Conseil de l'Arctique, la ministre de l'Environnement, Leona Aglukkaq, a réaffirmé son engagement d'accorder la priorité à l'établissement d'un forum sur les affaires circumpolaires, permettant à l'industrie d'avoir davantage de pouvoir à la table des décideurs.

L'exploitation accrue

Au fur et à mesure que la banquise fond, il est possible d'effectuer davantage de prospection. Si on trouve des dépôts de pétrole, une exploitation s'ensuit inévitablement. Les géologues sont d'avis qu'un tiers des réserves mondiales de pétrole brut sont situées sous les fonds marins. Malheureusement, les sociétés et les gouvernements n'ont pas encore tiré de leçons des catastrophes pétrolières précédentes. Au contraire, les pays arctiques essaient en ce moment d'étendre le plus loin possible leur souveraineté sur les fonds marins.

Gros plan du pétrole encore bien présent plus de 15 ans après la marée noire causée par l'Exxon Valdez.

Bien entendu, des mers sans glace permettront aux navires de circuler librement. Or, l'augmentation du trafic maritime signifie davantage de risques d'échouements ainsi que de déversements accidentels de pétrole et de produits chimiques. Le froid, l'obscurité et le faible nombre de postes de recherche et de sauvetage font en sorte que le moindre accident aura des conséquences à très long terme sur l'environnement. À cet effet, il ne peut y avoir de meilleure preuve que la marée noire causée par l'échouement de l'Exxon Valdez. Vingt ans après cette catastrophe, du pétrole brut refait encore surface de sous les roches du golfe du Prince-William.

Le pétrole peut irriter la peau de certaines espèces polaires et diminuer leur résistance au froid. Les plumes des oiseaux peuvent s'imbiber de pétrole et les empêcher de voler. De plus, le risque pour ces espèces d'ingérer du pétrole et d'inhaler des vapeurs toxiques est très élevé.

La pollution diffuse

Une loutre de mer dans un centre de réhabilitation après la marée noire causée par l'Exxon Valdez.

Une grande partie des composés chimiques qui polluent l'Arctique proviennent d'ailleurs. Les courants marins et aériens transportent des polluants émis en Asie, en Europe et en Amérique du Nord, lesquels sont ensuite absorbés par la faune et la flore.

Par exemple, la présence de mercure dans les animaux chassés et consommés par les peuples autochtones dépasse actuellement les normes d'innocuité alimentaire généralement acceptées. De plus, ces niveaux de mercure constituent un facteur de risque supplémentaire pour les espèces animales déjà grandement menacées.

Les polluants organiques persistants, comme le DDT, le DDE et d'autres types de pesticides aboutissent souvent dans l'Arctique.

En somme, la tragédie de l'Arctique se trouve dans le fait que les dommages engendrés par le réchauffement climatique et la pollution transfrontalière sont des problèmes créés à des milliers de kilomètres de distance, et que les peuples nordiques sont pratiquement impuissants devant la destruction de leur environnement.