Les changements climatiques, l'exploitation croissante et beaucoup d'autres facteurs menacent l'Arctique.

Les changements climatiques

L’Arctique se réchauffe plus rapidement que le reste de la planète et subit actuellement certains des plus grands chocs climatiques de la Terre. L’un des effets les plus notables du réchauffement est la diminution de l’épaisseur, de l’étendue et de l’âge de la banquise. Une glace plus mince et plus jeune fond beaucoup plus rapidement. Par conséquent, les chercheurs prédisent que l’océan Arctique pourrait être complètement libre de glace en été, et ce, d’ici 30 ans.

Aurore boréale audessus des monts Richardson, Yukon, Canada. 12/01/2011 © Bernd Roemmelt / Greenpeace

Cette situation est problématique, car la banquise soutient tout l’écosystème marin de l’Arctique. Les peuples et la faune de cette région subissent de plein fouet les contrecoups de sa fonte. Bon nombre d’espèces polaires dépendent de la présence de glace pour survivre. Les ours polaires en sont le meilleur exemple, mais c’est aussi le cas des phoques annelés qui passent la plus grande partie de leur existence sur la banquise. Plusieurs autres espèces pourraient être également affectées par la fonte des glaces.

L’Arctique est aussi l’une des régions où les effets du réchauffement climatique sont les plus désastreux. Puisque ses vastes étendues blanches cèdent leur place à des eaux plus sombres, les rayons solaires ne sont plus réfléchis dans l’espace, ce qui contribue à hausser la température de la planète. Un autre problème majeur réside dans les grandes quantités de gaz méthane présentes dans le sol gelé en permanence de la toundra. Lorsque le pergélisol fond, le méthane (un des gaz à effet de serre les plus nocifs) se répand dans l’atmosphère, accélérant ainsi le réchauffement climatique. Les scientifiques nous préviennent que la fonte du pergélisol pourrait libérer dans l’atmosphère plus de carbone que ce qu’on peut se permettre d’y ajouter si l’on veut limiter la hausse de la température globale moyenne à 1,5 degré Celsius.

Par ailleurs, la fonte des glaciers situés sur la terre ferme, comme au Groenland, contribuera à la hausse du niveau de la mer. L’expédition scientifique menée par Greenpeace à l’été 2012 a démontré que ces glaciers reculent plus rapidement que jamais depuis quelques années.

Il s’agit là de facteurs que les humains ne peuvent contrôler. Par contre, si nous tentons de résoudre la crise du climat, il faut le faire avant que les effets ne deviennent irréversibles.

Les détonations sismiques

Les détonations sismiques (aussi appelées « levés sismiques » ou « tests sismiques ») sont utilisées pour établir la présence de pétrole et de gaz sous le fond marin. Les bateaux affectés à ce travail traînent en haute mer un certain nombre de canons à air comprimé qui s’activent toutes les dix secondes, produisant un bruit assourdissant qui secoue la colonne d’eau et le fond marin. Cette opération peut durer des semaines, selon l’étendue du secteur que l’on veut cartographier. Des microphones sous-marins sont aussi traînés derrière le bateau pour enregistrer les ondes sonores qui ont rebondi contre les différentes couches géologiques du fond marin, indiquant ainsi la présence probable de pétrole ou de gaz.

Les détonations sismiques menacent la vie marine, déjà vulnérable aux impacts des changements climatiques. Les canons à air comprimé produisent des sons tellement forts qu’ils peuvent blesser de manière permanente et même tuer les mammifères marins qui se trouvent à proximité. Les baleines, par exemple, utilisent des sons pour se déplacer, communiquer entre elles, éviter les prédateurs et chercher leur nourriture. Une telle pollution sonore menacerait sérieusement leur survie.

L'exploitation pétrolière

Les grandes compagnies pétrolières souhaitent tirer parti de la disparition de la banquise pour déployer leurs activités en Arctique et tenter d’exploiter les ressources pétrolières qui s’y trouvent. C’est une triste ironie : si notre civilisation ne brûlait pas autant de carburants fossiles comme le pétrole et le gaz, ces compagnies ne pourraient s’aventurer en Arctique. Il est dans leur intérêt d’alimenter ce cercle vicieux d’extraction de carburants fossiles et réchauffement climatique le plus longtemps possible, et pour y réussir ils ont besoin de renforcer notre dépendance au pétrole. Quand les gouvernements et les compagnies investissent des milliards de dollars dans la prospection pétrolière en Arctique au lieu d’améliorer le transport collectif ou de demander aux constructeurs automobiles d’atteindre de nouvelles cibles d’efficacité, ils nous gardent esclaves du pétrole et ne font qu’empirer la situation.

Les forages en Arctique comportent des risques incommensurables. La glace à la surface de la mer et les conditions climatiques extrêmes font en sorte que le nettoyage d’un éventuel -et fort probable- déversement est presque impossible. Les collisions entre les icebergs et les plateformes pétrolières sont une possibilité bien réelle. La méthode proposée par les compagnies pour éviter ce type d’accident n’est pas à la hauteur de la menace : des bateaux-citernes feraient fondre l’iceberg qui approche à l’aide de l’eau à pression.

En décembre 2013, Gazprom a commencé à forer dans la mer de Pechora, devenant ainsi la première société à extraire du pétrole à des fins commerciales dans les eaux de l’Arctique. Greenpeace était sur place pour protéger cette région, et elle a confronté Gazprom à peine trois mois avant le début des forages. À la suite de la tentative d’accrocher une banderole à la plateforme pétrolière Prirazlomnaya, les autorités russes ont réprimé notre manifestation pacifique avec des tirs. Le lendemain, elles ont saisi illégalement notre bateau Arctic Sunrise dans des eaux internationales et ont arrêté tout le monde à bord : les 28 membres de l’équipage et deux journalistes. Plus connus comme « Les 30 de l’Arctique », ces 30 femmes et hommes courageux ont passé des mois en prison jusqu’à ce qu’ils soient amnistiés par le président russe, à la suite des pressions internationales inouïes et grâce à la mobilisation de millions de sympathisants, militants des droits de la personne, récipiendaires du prix Nobel et autres figures prééminentes qui ont réclamé leur libération.

L'exploitation accrue

Au fur et à mesure que la banquise fond, il est possible d’effectuer davantage de prospection. Si on trouve des dépôts de pétrole, une exploitation s’ensuit inévitablement. Les géologues sont d’avis qu’un tiers des réserves mondiales de pétrole brut sont situées sous les fonds marins. Malheureusement, les sociétés et les gouvernements n’ont pas encore tiré de leçons des catastrophes pétrolières précédentes. Au contraire, les pays arctiques essaient en ce moment d’étendre le plus loin possible leur souveraineté sur les fonds marins.

Gros plan du pétrole encore bien présent plus de 15 ans après la marée noire causée par l'Exxon Valdez.

Des mers sans glace permettront aussi aux navires de circuler librement. Or, l’augmentation du trafic maritime signifie davantage de risques d’échouements ainsi que de déversements accidentels de pétrole et de produits chimiques. Le froid, l’obscurité et le faible nombre de postes de recherche et de sauvetage font en sorte que le moindre accident aura des conséquences à très long terme sur l’environnement. À cet effet, il ne peut y avoir de meilleure preuve que la marée noire causée par l’échouement de l’Exxon Valdez. Vingt ans après cette catastrophe, du pétrole brut émerge encore de sous les roches du golfe du Prince-William.

Le pétrole peut irriter la peau de certaines espèces polaires et diminuer leur résistance au froid. Les plumes des oiseaux peuvent s’imbiber de pétrole et les empêcher de voler. De plus, le risque pour ces espèces d’ingérer du pétrole et d’inhaler des vapeurs toxiques est très élevé.

La pollution diffuse

Une loutre de mer dans un centre de réhabilitation après la marée noire causée par l'Exxon Valdez.

Une grande partie des composés chimiques qui polluent l’Arctique proviennent d’ailleurs. Les courants marins et aériens transportent des polluants émis en Asie, en Europe et en Amérique du Nord, lesquels sont ensuite absorbés par la faune et la flore.

Par exemple, la présence de mercure dans les animaux chassés et consommés par les peuples autochtones dépasse actuellement les normes d’innocuité alimentaire généralement acceptées. De plus, ces niveaux de mercure constituent un facteur de risque supplémentaire pour les espèces animales déjà grandement menacées.

Les polluants organiques persistants, comme le DDT, le DDE et d’autres types de pesticides aboutissent souvent dans l’Arctique.

En somme, la tragédie de l’Arctique relève du fait que les dommages engendrés par le réchauffement climatique et la pollution transfrontalière sont des problèmes créés à des milliers de kilomètres de distance, et que les peuples nordiques sont pratiquement impuissants devant la destruction de leur environnement.