Pollution de l’eau

Publication - 4 mai, 2008
Les installations d’exploitation des sables bitumineux consomment une énorme quantité d’eau qui devient contaminée et qui doit être stockée dans d’immenses réservoirs de résidus. Cela a le double effet d’épuiser les sources d’eau locales et de créer de dangereux risques de pollution de l’environnement et des localités avoisinantes.

Des étangs de résidus toxiques

Pendant le processus de séparation du bitume et du sable, on mélange une grande quantité d’eau au sable et, une fois le pétrole extrait, il faut entreposer les résidus – le mélange restant d’eau, de sable, d’argile et de bitume résiduel – dans un lieu stable pour qu’ils puissent se décanter et que les matières solides se séparent de l’eau. Les installations utilisées pour ce stockage sont des étangs de résidus. Pour chaque mètre cube de bitume extrait, de trois à cinq mètres cubes de résidus doivent être stockés; ces étangs sont donc si énormes qu’on peut les voir à l’œil nu à partir de l’espace. D’autres types d’eaux usées sont aussi stockés dans des bassins de retenue artificiels, notamment les eaux d’égout, l’eau de refroidissement et l’eau qui est entrée en contact avec du coke, des asphaltènes, du soufre ou des métaux lourds. Cette technique est censée prévenir la contamination des nappes d’eau souterraines et des réseaux de rivières, mais l’efficacité de son application a été mise en doute.

Pourquoi ces étangs sont-ils si toxiques?

Dans la plupart des installations minières, on doit utiliser des produits chimiques puissants pour séparer le minerai du sable ou de la roche dans lesquels il est incrusté. Par exemple, pour extraire de l’or ou du cuivre, on se sert souvent d’arsenic et de cyanure; les résidus sont donc extrêmement toxiques. Dans le cas des sables bitumineux, on emploie du naphta et de la paraffine, mais ces produits sont censés être séparés de l’eau avant que celle-ci ne soit pompée dans les étangs de résidus.

Toutefois, les sous-produits du pétrole lui-même sont dangereux : on sait qu’ils tuent les microorganismes qui seraient normalement présents dans une rivière ou dans un milieu humide naturel. Selon les scientifiques, le contaminant le plus dangereux dans les résidus de sables bitumineux est l’acide naphténique, une composante naturelle du pétrole qui se dissout et se concentre dans l’eau chaude utilisée pour traiter le sable. Une exposition répétée à l’acide naphténique peut avoir des effets néfastes sur la santé des mammifères, notamment provoquer des troubles hépatiques et des hémorragies cérébrales, et une exposition à de plus fortes concentrations a des effets encore plus graves. Parmi les autres composantes des résidus, on compte les hydrocarbures aromatiques polycycliques alkyl-substitués, qui entraînent des malformations ou même la mort chez les oiseaux qui y sont exposés.

Outre les substances chimiques toxiques contenues dans les résidus, l’eau dans les étangs attire des bactéries méthanogènes, qui produisent du méthane (un gaz à effet de serre). Les bulles de méthane modifient la composition des résidus et leur présence accroît la concentration de certaines autres substances toxiques dans l’eau.

La mesure prise par les sociétés pétrolières face à ces dangers consiste à tirer avec des canons à air autour des étangs de résidus pour empêcher les oiseaux et les animaux de s’en approcher. Un autre risque, plus grave, est la possibilité que ces étangs fuient et que leur contenu pénètre dans les nappes d’eau souterraines de la région et dans la rivière Athabasca. À cela s’ajoute le risque que les sociétés interrompent leurs activités dans la région (si le pétrole s’épuise ou si les marges bénéficiaires diminuent) et qu’elles cessent d’entretenir les installations.

La pollution de l’eau

Les acides naphténiques sont persistants et difficiles à éliminer de l’environnement. Les installations d’exploitation des sables bitumineux rejettent ces acides en fortes concentrations et les gens qui vivent en aval ont de vives inquiétudes à propos de la contamination de l’eau, des poissons et des animaux sauvages. La contamination par le mercure constitue un autre risque; en effet, lorsque les milieux humides recouvrant les sables bitumineux sont asséchés, de fortes concentrations de mercure peuvent être libérées et contaminer les plans d’eau environnants.

Récemment, des gens qui habitent à Fort Chipewyan (une collectivité des Premières Nations située en aval des projets d’exploitation des sables bitumineux) ont commencé à faire connaître publiquement leurs inquiétudes quant aux effets de la pollution de l’eau sur leur santé. Depuis que l’exploitation des sables bitumineux s’est accélérée ces dernières années, ils ont constaté dans leur collectivité une incidence accrue de cancers et de maladies telles que le lupus et la sclérose en plaques.