Pour un moratoire de coupe

Publication - 10 mai, 2008
Le 31 janvier 2007, Greenpeace a demandé officiellement au gouvernement du Québec d’adopter sans plus tarder un moratoire de coupe et de développement industriel en forêt boréale intacte, le temps que le Québec se dote d’un véritable réseau d’aires protégées.

Il ne reste plus que 15 % de forêt intacte au Québec en forêt commerciale. Il y a donc urgence d’agir… mais un manque de volonté politique. Il importe de prendre le temps d’évaluer ce qu’on doit protéger avant que les arbres des futures aires protégées ne soient coupés par l’industrie. Parce qu’à l’heure actuelle, il n’y a que 2,9 % des forêts au sud de la limite nordique de coupe qui sont protégées.

De plus, la grandeur moyenne des aires protégées au Québec est, en ce moment, de moins de 100 km2. Par exemple, le mont Orford fait 58,37 km2 et le parc de la Gaspésie fait 802 km2. La fragmentation des forêts fait du caribou des bois et du carcajou des espèces menacées. Il est donc essentiel de conserver de grandes étendues de plusieurs milliers de km2 pour protéger la biodiversité et pour permettre à ces territoires de faire face à de grandes perturbations naturelles, tels les feux de forêt ou les changements climatiques. Cela peut aussi servir de référence, ou témoin, pour mieux comprendre et gérer les forêts.

En repoussant sans cesse la mise en place de la Stratégie québécoise sur les aires protégées et en n’annonçant aucun plan sur la protection de la biodiversité québécoise, le gouvernement du Québec met la forêt boréale et tout l’avenir du secteur forestier  en péril.

En agissant de la sorte, le Québec va à l’encontre du rapport Coulombe et de la Convention des Nations Unies sur la biodiversité biologique signée par Jean Charest, actuel premier ministre, lors du sommet de la Terre de Rio en 1992, alors qu’il était Ministre de l’Environnement du Canada. Selon cette entente internationale, ces pays doivent créer, d’ici 2010, un réseau de grandes aires protégées permettant de maintenir l'équilibre écologique planétaire.

Le gouvernement du Québec affirme protéger 5,8 % du territoire. Mais il compte, à tort, deux grandes aires de mises bas (d’accouchement) du caribou forestier et une aire protégée sur l’île d’Anticosti. Ces territoires ne sont pas conformes aux normes internationales définies par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le développement industriel et la coupe forestière y sont tolérés. Pour mettre fin à ces imprécisions, le gouvernement doit absolument publier le registre sur les aires protégées, tel que le stipule la Loi sur la conservation du patrimoine naturel. En Colombie-Britannique, le gouvernement a annoncé l’an dernier la création de plus de 2 millions d’hectares d’aires protégées, la majorité d’entre elles dans la forêt pluviale du Grand Ours.

Greenpeace demande donc au gouvernement du Québec d’adopter un moratoire sur une étendue de près de 113 000 km2 en forêt commerciale, et de près de 180 000km2 en forêt au nord de la limite nordique de coupe. Ces territoires incluent notamment l’habitat du caribou forestier. Cet arrêt momentané des coupes en forêt boréale intacte va permettre au gouvernement d’évaluer et de mettre en place des politiques publiques pour la protection de la forêt boréale.

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