Aquaculture

Publication - 8 avril, 2008
Telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, l’aquaculture n’est pas une solution à l’épuisement des réserves de poissons sauvages. Bien au contraire, cette industrie en pleine expansion au niveau mondial constitue une menace sérieuse pour la survie des écosystèmes marins et d’eau douce et pour la sécurité alimentaire des pays du Sud.

À mesure que les réserves de poissons sauvages continuent à dépérir, la demande pour les produits issus de l'aquaculture comme les crevettes, le saumon, le thon, le tilapia et d’autres poissons ne cesse de croître. À l’échelle mondiale, l’aquaculture est devenue le secteur de production alimentaire d’espèces animales connaissant la plus forte croissance et fournit près de la moitié de tout le poisson consommé par les humains. En 2005, la production mondiale de mariculture (l’aquaculture en milieu marin) se chiffrait à 18,9 millions de tonnes et la production en aquiculture (en eau douce) totalisait 28,9 millions de tonnes.

La demande croissante pour des fruits de mer à bas prix et en abondance a des conséquences dramatiques. Parmi les effets néfastes de l’aquaculture sur l’environnement et la société, on compte la destruction de l’habitat, la contamination des poissons sauvages par les poissons d’élevage, l’épuisement des réserves sauvages utilisées comme moulée, la modification de la chaîne alimentaire ainsi que les menaces à la sécurité alimentaire.

En effet, les répercussions sociales de l’aquaculture se font sentir de par le monde. Au Sri Lanka, 74 % des communautés côtières dans les régions d’élevage de crevettes n’ont plus d’accès direct à l’eau potable, en raison des baisses de niveau et de salinité de l’eau potable. Au Chili, les conditions de travail sont telles dans l’industrie du saumon qu’elles ont eu pour conséquence la mort de 50 personnes au cours des trois dernières années, de plus longues heures de travail conjuguées à de plus bas salaires, de même qu’un accroissement notable des plaintes pour harcèlement sexuel. Des chercheurs ont également relevé des abus aux droits humains dans onze pays où la culture de la crevette est pratiquée. Au Bangladesh seulement, environ 150 meurtres directement ou indirectement liés à l’aquaculture ont jusqu’à ce jour été commis.

Les Canadiens font face à un enjeu environnemental de taille dans ce secteur. Tandis que l’industrie de l’aquaculture a quadruplé de taille et de valeur en 15 ans, nos espèces marines et nos eaux éprouvent des problèmes sans cesse croissants. À titre d’exemple, des recherches récentes en Colombie-Britannique suggèrent que les infections de poux du saumon d’élevage causeront le déclin de 99 % de la population de saumon rose sauvage dans l’archipel de Broughton en seulement quatre générations. Les chercheurs ont également observé les effets dévastateurs que la pollution issue des excréments et des rejets de moulée des espèces en élevage peut avoir sur l’ensemble des écosystèmes au pays.

Ainsi, une ferme de saumons qui compte 200 000 spécimens libère une quantité de matière fécale aussi importante que les nutriments rejetés dans les eaux usées d’une localité de 65 000 personnes. Dans le nord-ouest du Pacifique, de nombreuses fermes de saumon contiennent quatre à cinq fois ce nombre de poissons. Très peu d’espèces peuvent survivre dans l’environnement aquatique privé d’oxygène que créent les déjections et rejets de moulée des poissons d’élevage et la biodiversité dans ces régions a diminué. Des recherches à proximité de fermes d’aquaculture de la baie de Fundy ont également révélé qu’après seulement cinq ans d’aquaculture, la diversité chutait de façon importante jusque dans un rayon de 200 mètres des unités de production.

Les effets ne s’arrêtent pas là. Par exemple, les mécanismes choisis par cette industrie pour éloigner les prédateurs et l’équipement opérationnel peuvent blesser les espèces ou les exclure de leur habitat naturel. De plus, les zones de pêche traditionnelle sont déplacées au gré de la construction de fermes d’élevage dans des habitats essentiels tels que les frayères, les routes de migration et les nourriceries. La pêche traditionnelle a été complètement interdite dans le bras Letang dans la baie de Fundy, qui contient les concentrations les plus élevées d’élevages de saumon au monde.

Greenpeace demande l’introduction d’un moratoire sur toute approbation de nouveau site d’aquaculture au Canada, un gel des niveaux de production en élevage en cages ouvertes, une réduction des niveaux actuels de production et un mouvement vers des systèmes fermés dans les eaux canadiennes. Greenpeace estime que les systèmes fermés, la culture de mollusque et les pêches industrielles ne peuvent être durables que si une approche de gestion écosystémique est privilégiée au pays, dans le cadre d’un réseau de réserves marines entièrement protégées couvrant 40 % des océans du monde.

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