Pêche « pirate »

Publication - 7 mai, 2008
Bien que le terme « pêche pirate » évoque des images de navires à l’abordage, d’or et d’aventure, la réalité est bien plus sombre pour les océans. Les pirates modernes sont ceux qui pêchent illégalement ou sans respecter la capacité de régénération des stocks. Les flottes de pêche pirate – plus précisément la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) – pillent nos océans avec, en ligne de mire, un seul objectif : des profits toujours plus élevés.

Les flottes de pêche pirate sont souvent la propriété d’entreprises secondaires pour brouiller leur identité et se soustraire à l’obligation de rendre des comptes. Leurs navires naviguent généralement sous « pavillon de complaisance », soit le pavillon d’un pays percevant des impôts peu élevés ou ayant des lois maritimes commerciales laxistes. En haute mer, dans les eaux internationales, les navires sont tenus de respecter seulement les lois du pays duquel ils battent pavillon, de même que tout accord international signé par le pays. Certains pays sont très heureux de vendre leur pavillon à des voyous. Ils se ferment alors les yeux tandis que leurs bateaux pillent les océans à la recherche de poissons commerciaux de grande valeur. Les navires non réglementés naviguant sous ces « pavillons de complaisance » contribuent à la crise actuelle dans nos océans et les tentatives de gestion ainsi que les efforts de conservation des espèces en voie de disparition ou sous surpêche sont minés.

Fait peu surprenant, la flotte mondiale de bateaux pirates aurait doublé entre 1991 et 2001, alimentée par les profits à réaliser sur le dos d’espèces de poissons de plus en plus rares. Ces navires n’ont pas à payer les frais d’assurance, l’équipement de sécurité, les permis et les programmes de surveillance du commerce coûteux comme le font les navires légaux. Ils sont également reconnus pour leurs équipages formés de « pirates zombies », qui travaillent dans des conditions dangereuses pour des salaires de crève faim. Les bateaux pirates sont souvent la propriété d’hommes d’affaires futés, qui les exploitent dans un réseau de navires de marchandises et d’entreposage, permettant à ceux-ci de passer plus de temps en mer et leur donnant la capacité de se dérober aux amendes et aux sanctions dans les ports, où les contrôles ont le plus souvent lieu.

La nature même de la pêche pirate rend difficile toute estimation des répercussions générales de celle-ci, qui cause indubitablement de grands torts à nos océans. On estime que les pirates prennent 25 % des prises totales de poissons, au moyen d’une flotte de plus de 1 300 navires industriels. À l’heure où les gouvernements tentent de restreindre les pêcheurs légaux, le nombre de bateaux pirates augmente pour satisfaire à la demande des consommateurs en poissons de grande valeur, comme le thon rouge, la légine australe et l’hoplostète orange. En 2000, la surpêche dans les réserves de légine australe aurait dépassé de 45 pour cent la quantité de prises légales. En 2006, plus du tiers de la quantité totale de thon pêché a été prise illégalement. Là où la pêche pirate est la plus courante, la santé des réserves est particulièrement difficile à déterminer, puisque les prises non rapportées bousillent les données officielles. Les flottes pirates, après avoir tout pêché dans une zone, se déplacent tout simplement ailleurs, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien là aussi.

Le fait que les pavillons proviennent d’un pays et leur propriétaire d’un autre pays nécessite une coordination mondiale. Idem pour les filets de pêche qui envahissent la haute mer. Les failles dans les lois internationales, qui permettent aux pays peu scrupuleux de vendre leur pavillon pour réaliser un profit rapide, doivent être éliminées. De plus, les ports et les marchés doivent être fermés aux navires illégaux et à leurs prises.

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