Vous êtes ici :
Mais avant d’explorer les impacts de son extraction et de son utilisation, voyons tout d’abord ce que le gouvernement du Québec englobe dans ce qu’il considère comme de la biomasse forestière.
Avant tout, la biomasse c’est l’engrais de nos forêts, la banque de nutriments qui permet à la forêt de se régénérée suite à une perturbation (naturelle ou humaine). C’est grâce à la décomposition des feuilles et des branches, des troncs et des racines que le sol forestier permet la remise en productivité de la forêt suite à la coupe. À cette biomasse en décomposition s’associe une biodiversité impressionnante, allant d’une grande variété de champignons à plusieurs centaines d’espèces d’insectes décomposeurs, sans oublier les espèces d’oiseaux qui dépendent de ces insectes pour leur survie.
La biomasse en décomposition alimente le sol et permet en même temps de régulariser l’acidité et la composition chimique de celui-ci. Elle agit comme « agent neutralisant » contre les pluies acides encore très courantes dans le Sud du Québec. Ainsi un sol avec beaucoup de matière organique (provenant de la biomasse forestière en décomposition) aura un pouvoir tampon, contre l’acidité des pluies, beaucoup plus élevé qu’un sol où l’on a retiré la biomasse suite à la coupe forestière. De récentes études montrent que certaines régions du Québec (Abitibi, Outaouais, Laurentides et Chaudière Appalaches entre autre) sont très vulnérables à l’acidification des sols suite à la coupe forestière. Cette situation serait évidement aggravée si l’on extrayait de la biomasse suite à la coupe comme il est maintenant prévu dans les nouveaux programmes du gouvernement du Québec.
| Octobre 2007 | Programme de réduction de la consommation de mazout lourd. Comprend un volet de substitution du mazout par la biomasse. |
| Février 2008 | Livre Vert sur l’avenir du régime forestier québécois. Énonce une Stratégie de Développement Industriel en 4 axes, dont 2 basées sur la biomasse (filière énergétique et filière de bioraffinage). Le dossier est par la suite exclu du document de travail soumis en commission parlementaire en octobre 2008. |
| Juillet 2008 | Programme relatif à l’octroi d’un permis autorisant pour une certaine période la récolte annuelle de biomasse forestière dans les forêts du domaine de l’État. Autorise la récolte de biomasse en forêt, y compris des volumes non-alloués disponibles suite aux perturbations naturelles. |
| Septembre 2008 | Règlement sur l’énergie produite par cogénération à la biomasse. Appel d’offre pour 125 MW d’électricité produit par cogénération à la biomasse. L’énergie produite sera achetée par Hydro-Québec. |
| Les utilisations possibles de la biomasse forestière sont : | |
| Chauffage : | Combustion de copeaux, bûches densifiées, de bois mort, etc. C’est cette approche qui est préconisée dans le programme de remplacement du mazout lourd lancé en octobre 2007. Ce programme fait partie des stratégies du Québec pour diminuer ses émissions de GES. |
| Cogénération : | La combustion de la biomasse alimente des turbines pour produire de l’électricité, tout en permettant le chauffage et le fonctionnement des installations en usine. Le surplus énergétique est vendu à Hydro-Québec Distribution. Bien que certaines usines utilisent déjà les résidus industriels à des fins de cogénération, les nouveaux programmes gouvernementaux ouvrent la porte à la récolte massive de biomasse dans les forêts de l’État, une première ! Les appels d’offre actuels de 125 MW d’électricité impliquent la combustion de 300 000 tonnes de biomasse annuellement. La fin des appels d’offre est prévue pour l’automne 2008, tandis que le programme s’étend sur une période de cinq ans. |
| Bioéthanol : | Il est possible de produire du biocarburant avec la biomasse forestière en fermentant celle-ci et en la transformant en éthanol cellulosique. Procédé dit de « 2e génération », on investit beaucoup dans cette filière actuellement (sera probablement commercialement viable à grande échelle dans quelques années). Le seul producteur d’éthanol actuellement au Québec est à Varennes (maïs-grain), mais Enerkem ouvre sous peu une usine d’éthanol cellulosique en Estrie (5 M litres/an) : l’approvisionnement sera de vieux poteaux électriques et d’autres « matières premières disponibles » pour lesquels Enerkem sera payé pour utiliser. D’ici 2012, Québec vise une production de 400M litres d’éthanol par année. Environ 120M viendront de Varennes, le reste de biomasse agricole, forestière, et déchets urbains. 1 tonne de biomasse ≈ 400 litres d’éthanol cellulosique. Donc environ 700 000 tonnes de biomasse par année seraient nécessaires (agricole/forestier/urbain confondus) en 2012 pour atteindre les objectifs de production de bioéthanol de la province. |
Ainsi les programmes nouvellement lancés permettent, après la coupe forestière, d’aller récolter des volumes indéterminés (aucune limite n’est pour l’instant fixée) de biomasse en forêt publique et/ou d’utiliser les résidus industriels suite à la transformation en usine (sciures, écorces, etc.). Si la valorisation des résidus est définitivement souhaitable, la récolte en forêt est beaucoup plus risquée d’un point de vue environnemental, économique, et social. Bien que cette filière énergétique offre plusieurs potentiels intéressants, le gouvernement se lance actuellement à la hâte dans des programmes sans fixer de balises claires, ce qui alimente les préoccupations des communautés scientifiques et environnementales, tout en laissant planer un risque sur la viabilité économique du dossier. Explorons les risques et faiblesses associés à cette filière :
Le Québec est à l’aube de grands changements dans la façon dont on veut gérer notre forêt publique. La biomasse forestière peut y jouer un rôle fort intéressant si cette filière est mise en valeur dans un cadre respectueux de l’environnement. Pour se faire, voici les recommandations des spécialistes de Citoyens pour la nature :