Histoire naturelle de la Forêt du Grand Ours

Page - 11 octobre, 2006

De la mousse recouvre des rochers et des arbres tombés dans la forêt du Grand Ours.

Quand les glaciers se sont retirés après la dernière époqueglaciaire, ils ont laissé derrière eux un sol morcelé et complexe qui aservi d'assise à la magnifique la Forêt du Grand Ours. Depuis, la Forêta évolué paisiblement et, aujourd'hui encore, la région est exposée àtrès peu de phénomènes naturels néfastes. Les feux de forêt sont rareset seuls des épisodes de grands vents déracinent des groupes d'arbres àl'occasion. Cette stabilité explique en partie la grande diversitéd'espèces de plantes et d'animaux que l'on retrouve aujourd'hui dans laForêt du Grand Ours.

Cette forêt pluviale doit sonnom à ses plus célèbres habitants : les grizzlys, les ours noirs et lefameux « Spirit Bear », un ours blanc (de la famille de l'ours noir).Mais on y retrouve aussi des loups, des cerfs, des chèvres de montagne,des hirondelles blanches, des guillemots marbrés (une espèce menacée),des pics, des aigles, etc.

Les saumons sauvagesconstituent aussi un trait distinctif fondamental de la Forêt puisqu'ony retrouve cinq espèces qui servent en quelque sorte de trait d'unionentre la mer et la terre. Les saumons constituent une nourriture richeen énergie pour les ours, qui peuvent accumuler des réserves de graissesupplémentaires pour leur période d'hibernation. De même, desrecherches ont démontré que les louveteaux qui ont accès au saumon ontde meilleures chances de survie que leurs cousins qui vivent plus loindans les terres. Les saumons qui meurent et se décomposent en amont desrivières après la fraie apportent un engrais naturel à la forêt grâceau nitrogène puisé dans l'océan et à d'autres éléments nutritifscontenus dans leur corps.

La Forêt du Grand Ours estaussi une source de vie pour les animaux marins qui longent la côte :otaries, marsouins, phoques, épaulards, saumons roses, baleines,etc.

La richesse biologique de la Forêt du Grand Oursest également synonyme de richesse culturelle. En effet, des groupesautochtones habitent cette région depuis des milliers d'années. Ils ontpour nom Kwakwaka'wakw, Heiltsuk, Wuikinuxv, Nuxalk, etKitasoo/Xai'xais. Plus au nord, ce sont les Tsimshian, Metlakatla,Gitkxaahla, Gitga'at, Lax Kw'alaams, Kitsumkalum, Nisg'a et Haisla. Lesîles Haida Gwaii (Îles-de-la-Reine-Charlotte) sont le territoiretraditionnel de la nation Haida. Au coeur de la de la Forêt du GrandOurs, on retrouve un des plus anciens villages côtiers connus, Namu,dont l'histoire remonte à près de 14 000 ans.

L'abondance de ressources qui caractérise la Forêtdepuis des milliers d'années a permis le développement de sociétés trèsorganisées, de réseaux commerciaux élaborés et de manifestationsartistiques impressionnantes (le style artistique de certains groupesest d'ailleurs réputé mondialement).

L'arrivée desEuropéens a eu des conséquences dévastatrices pour les autochtones decette région : épidémies, appropriation des ressources, tentatives decolonisation et d'assimilation des Premières Nations, etc. Plusrécemment, la gestion non écologique du territoire et la coupe de boisintensive ont fait peser une menace supplémentaire sur le mode de vieet la survie à long terme des Premières Nations de la Forêt du GrandOurs.

Aujourd'hui, les Premières Nations continuent àse battre pour protéger leurs terres ancestrales. La résolution duproblème des droits sur ces territoires traditionnels constitued'ailleurs toujours un important débat sur la scène politiqueprovinciale et fédérale.