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Que contient l'Entente concernant la Forêt du Grand Ours conclue en février 2006? 

La portée des ententes sur la forêt pluviale du Grand Ours dépasse la protection d'une seule vallée ou l'établissement d'une entreprise commerciale durable - des victoires qui mériteraient d'être célébrées en soi. En menant sa campagne, Greenpeace s'était donné de vastes objectifs d'une grande portée visionnaire englobant 21 millions d'acres, le territoire traditionnel de 17 Premières nations, ainsi qu'une région importante sur le plan économique pour de nombreux intervenants, notamment cinq grandes sociétés forestières multinationales. Pour assurer le succès et la durabilité de la conservation de la forêt pluviale du Grand Ours dans ce paysage politique, économique et environnemental complexe, il fallait non seulement protéger l'écosystème, mais également insuffler un changement parmi les forces économiques multinationales, respecter les cultures autochtones, ainsi que renforcer les efforts d'intendance et l'économie des collectivités.

Le 7 février 2006, le gouvernement de la Colombie-Britannique ratifiait les accords conclus par suite de négociations menées avec les Premières nations, qui incluent ce qui suit :

•  En quadruplant les zones protégées actuelles, l'Entente permet de soustraire le tiers de la région à l'abattage. Ce réseau de zones protégées forme ainsi la plus grande étendue de forêt pluviale tempérée protégée en région côtière de l'histoire du Canada et équivaut à cinq fois la superficie de l'île du Prince-Édouard.

•  La proportion de superficie protégée, soit 33 % de la forêt pluviale du Grand Ours, est importante à l'échelle de la planète. Si nous comparons ce pourcentage à la partie de la Forêt du Grand Ours anciennement protégée (7 %), ou encore à ce qui se fait dans l'ensemble de la C.-B. (12,5 % seulement), au Canada (à peine 6,3 %) ou dans le monde (10,8%), les gains sont manifestes. À titre de référence, on peut comparer ces chiffres à ceux des zones protégées les plus reconnues, comme le territoire du Costa Rica (25 %) et la Grande barrière corallienne (33 %).

•  Les études démontrent que le réseau de zones protégées couvre plus de 55 % des estuaires, 54 % des terres humides, environ 30 % de l'habitat de l'autour des palombes, du grizzly, du guillemot marbré, du cerf mulet et de la grenouille-à-queue, 34 % de ce qui reste des forêts anciennes ainsi que 39 % des forêts matures. En tout, 40 % des segments de cours d'eau salmonicoles répertoriés sont entièrement inclus dans le système d'aires protégées proposé.

•  Le réseau d'aires protégées proposé englobe moins de secteurs rocheux et glacés et beaucoup plus de forêts de basse altitude de grande valeur que ce qu'on retrouve dans l'ancien système de parcs de la C. B. La toundra alpine occupe 29 % de la superficie protégée par l'ancien système alors qu'en vertu de ce qui est proposé dans l'Entente concernant la Forêt du Grand Ours, elle s'étendrait sur 15 % seulement des aires protégées. (Note : 20 % de la forêt pluviale du Grand Ours est classée toundra alpine).

• L'engagement d'adopter petit à petit des mesures et une structure favorables à la mise en œuvre de la gestion écosystémique d'ici 2009. Si le gouvernement et l'industrie se conforment au guide de gestion écosystémique adopté (Ecosystem-based Management – EBM – Handbook), jusqu'à 70 % des écosystèmes et des espèces de la Forêt du Grand Ours bénéficieront d'une certaine forme de protection en tout temps.

•  Des fonds de soixante millions de dollars provenant d'organismes privés et philanthropiques, doublés par les contributions de la province et du fédéral, seront versés aux Premières nations en fonction des résultats écologiques générés par leurs plans d'occupation des sols. En outre, jusqu'à 80 000 000 $ d'investissements éthiques seront mis à la disposition des communautés autochtones et non autochtones qui sont associées à l'économie actuelle de la forêt pluviale du Grand Ours. Ce financement inclut un fonds de dotation (qui génère des revenus à perpétuité) pour la conservation, qui sera dédié uniquement à des activités scientifiques et d'intendance, dont des projets de restauration et la gestion de la conservation, ce qui inclut les emplois de vigiles forestiers et la restauration des cours d'eau. Un fonds de développement économique et des investissements éthiques seront consacrés à des entreprises durables sur le plan écologique telles que le tourisme, la production d'énergie de substitution, les produits forestiers non ligneux et l'aquaculture de mollusques et de crustacés. Cela, pour permettre aux collectivités de la région de se tourner vers une nouvelle économie plutôt que de s'en remettre aux sociétés multinationales qui ont choisi d'investir dans la région (telles que les sociétés d'aquaculture et les forestières).

Maintenant que le tiers de la forêt pluviale est à l'abri de la scie à chaîne et qu'on prévoit appliquer les principes écosystémiques aux deux autres tiers, est-ce que le travail de Greenpeace est terminé?

L'Entente concernant la Forêt du Grand Ours annoncée en février 2006 représente à ce jour la mesure la plus énergique qui ait été prise pour protéger l'avenir de la forêt pluviale, même si pour l'instant elle est uniquement sur papier. Cette entente est capitale du fait qu'elle a été signée par les Premières nations et le gouvernement provincial et qu'elle a été paraphée par toutes les parties intéressées. Elle représente le plus important programme de protection de la forêt pluviale de toute l'histoire du Canada. Cela dit, en vertu de l'Entente, les parties se sont engagées à mettre en œuvre ces changements considérables dans les trois prochaines années de sorte que si 33 % de la forêt pluviale est protégée de la coupe, sa santé générale n'est pas encore assurée.  

Greenpeace est membre du groupe de travail sur la gestion écosystémique, groupe en cours de formation, qui doit guider la mise en œuvre de la gestion écosystémique et veiller à ce qu'elle soit fondée sur les meilleures avancées scientifiques dont nous disposons. La prochaine étape appartient au gouvernement provincial, qui doit légiférer sur la première phase des nouvelles pratiques d'exploitation forestière, qu'on appelle la « gestion écosystémique », ce qu'il s'est engagé à faire avant octobre 2006. Pour l'instant, l'industrie forestière tarde à élaborer un plan sur la façon de mettre en œuvre l'Entente et continue, dans certains cas, d'exploiter la forêt « comme si de rien n'était »

Il est de suprême importance que Greenpeace continue de presser activement l'industrie forestière et le gouvernement de respecter leurs promesses. La vraie mesure du succès, c'est sur le terrain qu'elle se manifestera : par les changements qui seront apportés et des écosystèmes sains à jamais.