« De biomasse… à biomascarade »

Page - 1 novembre, 2011
Traditionnellement, au Canada, la bioénergie forestière servait à la production locale (à petite échelle) de chaleur et d’électricité afin d’alimenter les usines de sciages et de pâtes et papiers en utilisant leurs résidus. Toutefois, l’industrie de la bioénergie forestière est en voie de se transformer en une méga entreprise qui menace l’intégrité des forêts et perturbe le climat planétaire. En l’absence d’audiences publiques, de balises scientifiques exhaustives ou de normes environnementales adéquates, les provinces ont commencé à allouer à la combustion de grands volumes de biomasse en provenance des forêts publiques, changeant radicalement la façon dont les forêts sont utilisées au Canada.

L’industrie de la bioénergie forestière n’utilisait jadis que des résidus industriels. Aujourd’hui, elle utilise de plus en plus des arbres entiers ainsi que des débris de coupes et des arbres incendiés ou malades. La quantité de bois et d’autres parties d’arbres coupés dans les forêts publiques canadiennes pourrait plus que doubler avec ces nouvelles politiques provinciales permissives en matière de bioénergie.

Une « ruée vers l’or vert » commence sans même que le public ne soit au courant. De nouvelles centrales électriques carburant à la biomasse forestière sont présentement en construction, de nouveaux projets de biocarburants forestiers sont en cours et l’exportation de granules de bois vers l’Europe croît exponentiellement. Cette nouvelle industrie s’appuie sur une rhétorique selon laquelle la biomasse forestière constitue une source d’énergie propre et inoffensive à l’égard du climat. Le rapport De biomasse… à biomascarade démontre que ces hypothèses « vertes » à la base de l’engouement pour la bioénergie sont erronées et doivent être revues.

L’exploitation des forêts à des fins énergétiques augmente les émissions de carbone et contribue aux changements climatiques pendant des décennies, voire des siècles, jusqu’à ce que les arbres en régénération soient parvenus à maturité. Au chapitre du climat, elle n’offre pas plus de bienfaits à court terme que la combustion de combustibles fossiles. D’énormes quantités de biomasses forestières sont nécessaires afin de produire de petites quantités d’énergie. Si la trajectoire actuelle perdure, l’essor de la bioénergie pourrait avoir des impacts écologiques majeurs sur la santé et la biodiversité de nos forêts. Elle pourrait aussi influer sur les quantités de bois dont disposent les utilisateurs traditionnels de produits forestiers, dont les scieries et les usines de pâtes et papiers.

Greenpeace espère remettre le secteur de la bioénergie forestière dans le droit chemin en soulignant l’importance de mettre l’accent sur les résidus industriels plutôt que de se fier directement sur les forêts.

L’Entente sur la forêt boréale canadienne : une partie de la solution

L’Entente sur la forêt boréale canadienne conclue entre 22 compagnies forestières et 9 groupes environnementaux dont Greenpeace offre une plateforme pour développer des solutions face à la foresterie et la conservation. Dans le cadre de cette entente, des opportunités existent pour développer un cadre des meilleures pratiques en matière d’utilisation de la biomasse forestière et entamer des analyses de cycle de vie complètes des produits forestiers et de la bioénergie.

Les politiques provinciales d’approvisionnement en biomasse forestière se sont transformées en biomascarade

  • Les provinces canadiennes ont récemment ouvert les forêts publiques à l’extraction à grande échelle de la biomasse forestière pour la production d’énergie, sans consultation publique ni balises environnementales adéquates.
  • Les politiques d’extraction de la biomasse incluent la récolte d’arbres dans des forêts intactes, la coupe d’arbres entiers sains, l’extraction des résidus de coupe forestière et la récolte d’arbres dans des zones d’épidémie et de feu de forêt.
  • La quantité de bois et d’autres parties d’arbres coupés dans les forêts publiques canadiennes pourrait plus que doubler avec ces nouvelles politiques provinciales.

Les fausses allégations de carboneutralité cachent des impacts climatiques majeurs

  • La combustion de la biomasse provenant des forêts naturelles – que ce soit pour l’électricité, le chauffage ou les biocarburants – n’est pas carboneutre, comme les gouvernements et les compagnies le prétendent. La science la plus récente montre que brûler des arbres contribue aux changements climatiques pendant des décennies, voir des siècles, jusqu’à ce que les arbres en régénération soient parvenus à maturité.
  • En comparaison aux centrales au charbon, pour produire la même quantité d’énergie, les centrales électriques à la biomasse forestière en Amérique du Nord émettent jusqu’à 150% de plus de CO2, 400% de plus de monoxyde de carbone irritant pour les poumons, et 200% de plus de particules fines qui causent l’asthme.
  • Les données scientifiques les plus récentes montrent que la combustion de biocarburants dérivés des forêts du sud de l’Ontario émettra substantiellement plus de GES que l’utilisation de gazoline pendant au moins un siècle.
  • Brûler de la biomasse en provenance de la forêt boréale est le pire type de biomasse pour le climat dû à la lenteur de la régénération forestière et de la fragilité des réservoirs de carbone existants.
  • Les émissions de CO2 provenant de la bioénergie forestière sont ignorées par les provinces et le gouvernement canadien parce qu’ils considèrent la combustion de biomasse comme carboneutre. En réalité, ces émissions – environ 40 mégatonnes de CO2 annuellement au Canada – dépassent celles du parc automobile canadien pour 2009.

Une production de bioénergie forestière à grande échelle précipitera le Canada vers un fiasco environnemental

  • En 2008 au Canada, seulement 3,4% de la production totale d’énergie primaire (chauffage et électricité) provenait des forêts. Or, l’équivalent en bois de tous les arbres coupés en 2008 au Manitoba, en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick (47 millions de mètres cubes) a dû être brûlé pour produire cette petite quantité d’énergie.
  • En moyenne, à 100% de sa capacité, une petite centrale à la biomasse de 30MW brûlera plus de 470 000 tonnes de bois par année, une quantité équivalente à celle qui serait obtenue par la coupe à blanc de 10 terrains de soccer de forêt quotidiennement.
  • Fournir 15% de la production électrique canadienne à partir de la biomasse forestière demanderait la combustion de l’équivalent de tous les arbres coupés en 2008 au Canada (147 millions de mètres cubes).
  • Plus de 560 000 arbres devraient être coupés chaque jour pour fournir le biocarburant (E85) nécessaire pour alimenter l’ensemble des voitures canadiennes. Annuellement, cela voudrait dire doubler la quantité de bois extraite des forêts canadiennes.
  • Les exportations de granules de bois du Canada vers l’Europe se chiffraient à 1,2 million de tonnes en 2010, une augmentation de 700% en moins de huit ans. Il est à prévoir que la capacité de la production canadienne de granules devrait être multipliée par dix d’ici 2020.

La bioénergie forestière doit rester à petite échelle

  • Les opérations de grande envergure de bioénergie forestière ne sont pas profitables sans subventions gouvernementales substantielles. Pourtant, l’industrie de la biomasse forestière génère 80% moins d’emplois que la foresterie « traditionnelle ». De plus, ce secteur se trouve en compétition avec les énergies réellement propres et renouvelables comme les mesures d’efficacité énergétique et les énergies éolienne, solaire et géothermique.
  • La combustion de résidus industriels, comme les sciures et les écorces, en remplacement des carburants fossiles pour des systèmes de chauffage locaux à petite échelle, constitue la façon la plus efficace d’utiliser la biomasse forestière.

Recommandations principales pour les gouvernements provinciaux :

  • Imposer un moratoire sur l’approbation de nouveaux projets bioénergétiques et procéder à une révision des projets existants, de leurs allocations en bois, et de leurs impacts sur les communautés, le climat et les forêts;
  • Interdire la récolte d’arbres entiers et exclure les arbres debout de ce qui est défini actuellement comme « biomasse forestière »;
  • Abandonner le faux concept de la « carboneutralité », effectuer des analyses complètes et indépendantes de cycle de vie et comptabiliser les GES chaque année afin d’inclure le délai de recapture du carbone dans l’évaluation des projets de bioénergie forestière;
  • Empêcher l’utilisation de la biomasse forestière pour la production unique d’électricité et assurer que la chaleur produite dans les installations de bioénergie forestière soit récupérée efficacement et localement
  • Augmenter l’investissement dans de meilleures alternatives comme les programmes d’efficacité énergétique, l’éolien, les énergies solaires et la géothermie compte tenu du rôle limité que peut jouer la bioénergie forestière;
  • Proscrire la production de biocarburant cellulosique obtenue directement de la biomasse des forêts;
  • Favoriser les produits forestiers de haute valeur ajoutée afin d’optimiser la création d’emplois, minimiser l’extraction de la ressource et développer des solutions durables pour les communautés forestières.

Thèmes