Un chalutier usine espagnol pêche dans les eaux internationales des Grands Bancs. Ce type de bateau a systématiquement vidé les Grands Bancs de la morue. Les stocks de morue n’ont pas récupéré depuis qu’en 1992 un moratoire en a interdit la pêche dans la partie canadienne des Grands Bancs. C’est que les chalutiers peuvent toujours pêcher dans la partie internationale de ces Grands Bancs.
AgrandirPendant les années 1950 et 1960, un revirement de situation allait se produire. L’avancement technologique apporté aux chalutiers et leur puissance furent calqués sur les bateaux usines de la chasse à la baleine, par lesquels les dernières populations de baleines furent ravagées. Ces immenses chalutiers venaient de pays lointains, attirés par ce qui semblait être une pêche prospère et infinie. Ils pouvaient retirer des eaux une quantité incroyable de poissons avec leurs immenses filets, transformant et congelant leurs prises rapidement, travaillant jour et nuit, par beau temps ou mauvais temps. En seulement une heure, ils pouvaient pêcher jusqu’à 200 tonnes de poissons, soit le double des prises moyennes qu’un bateau du 16e siècle pouvait rapporter en une saison entière.
En 1968, les prises de morue augmentèrent considérablement jusqu’à 800 000 tonnes, bien qu’il était évident que ce taux de pêche était non durable. Jusqu’en 1975, les prises annuelles diminuèrent de 60 %. La pression exercée par ces pêches entraîna aussi une baisse des prises d’autres poissons benthiques. La solution proposée par le Canada fut d’élargir les limites de pêche des bateaux, passant de 19 à 322 kilomètres hors des côtes, puis d’investir et de financer la construction de chalutiers usines. À court terme, les prises augmentèrent et l’industrie redevint prospère.
Les prises de morues demeurèrent stables tout au long des années 1980, notamment parce que les bateaux les plus imposants, puissants et sophistiqués pourchassaient les quelques poissons encore présents. Le long des côtes, les pêcheurs traditionnels avaient déjà remarqué que leurs prises diminuaient, mais le gouvernement préférait tendre la main aux compagnies de l’industrie de la pêche, lesquelles affirmaient qu’il n’y avait aucun problème. Vers la fin des années 1980, les mises en garde des scientifiques ne furent pas entendues. La réduction du taux de prises aurait causé la perte de plusieurs emplois, ce qui ne pouvait politiquement être accepté.
Le plus bas taux de morues nordiques jamais observé fut atteint en 1992, alors que 99 % des stocks étaient épuisés. Le gouvernement fut obligé d’imposer l’arrêt de la pêche à la morue à Terre-Neuve, ce qui priva des dizaines de milliers de gens de leur emploi et ravagea plusieurs communautés de pêcheurs. Malgré l’arrêt de la pêche, les stocks de morues ne sont toujours pas rétablis et il n’est pas certain qu’ils se rétabliront un jour, compte tenu des changements survenus dans les écosystèmes des Grands Bancs de Terre-Neuve après des décennies de pêche industrielle. Les chalutiers pêchent toujours la morue dans les eaux internationales du Grand-Banc et la pêche à la morue est parfois encore permise selon les années.