Page - 16 juin, 2008
L’océan entourant les rivages rocheux de Terre-Neuve regorgeait jadis de tant de morues que l’explorateur John Cabot raconte qu’elles bloquaient presque entièrement son bateau lors de son arrivée en 1497. Les Canadiens pêchaient traditionnellement dans les eaux près des côtes, dans de petites embarcations, utilisant des méthodes traditionnelles tels les pièges, pêchant à bord de doris ou utilisant de petits filets à mailles ou des palangres pour la pêche côtière. Pendant près d’un siècle, avant les années 1950, les prises annuelles moyennes des abondantes morues nordiques atteignaient les 250 000 tonnes.
Un chalutier usine espagnol pêche dans les eaux internationales des Grands Bancs. Ce type de bateau a systématiquement vidé les Grands Bancs de la morue. Les stocks de morue n’ont pas récupéré depuis qu’en 1992 un moratoire en a interdit la pêche dans la partie canadienne des Grands Bancs. C’est que les chalutiers peuvent toujours pêcher dans la partie internationale de ces Grands Bancs.
Pendant les années 1950 et 1960, un revirement de situation
allait se produire. L'avancement technologique apporté aux
chalutiers et leur puissance furent calqués sur les bateaux usines
de la chasse à la baleine, par lesquels les dernières populations
de baleines furent ravagées. Ces immenses chalutiers venaient de
pays lointains, attirés par ce qui semblait être une pêche prospère
et infinie. Ils pouvaient retirer des eaux une quantité incroyable
de poissons avec leurs immenses filets, transformant et congelant
leurs prises rapidement, travaillant jour et nuit, par beau temps
ou mauvais temps. En seulement une heure, ils pouvaient pêcher
jusqu'à 200 tonnes de poissons, soit le double des prises moyennes
qu'un bateau du 16e siècle pouvait rapporter en une saison
entière.
En 1968, les prises de morue augmentèrent considérablement
jusqu'à 800 000 tonnes, bien qu'il était évident que ce taux de
pêche était non durable. Jusqu'en 1975, les prises annuelles
diminuèrent de 60 %. La pression exercée par ces pêches entraîna
aussi une baisse des prises d'autres poissons benthiques. La
solution proposée par le Canada fut d'élargir les limites de pêche
des bateaux, passant de 19 à 322 kilomètres hors des côtes, puis
d'investir et de financer la construction de chalutiers usines. À
court terme, les prises augmentèrent et l'industrie redevint
prospère.
Les prises de morues demeurèrent stables tout au long des années
1980, notamment parce que les bateaux les plus imposants, puissants
et sophistiqués pourchassaient les quelques poissons encore
présents. Le long des côtes, les pêcheurs traditionnels avaient
déjà remarqué que leurs prises diminuaient, mais le gouvernement
préférait tendre la main aux compagnies de l'industrie de la pêche,
lesquelles affirmaient qu'il n'y avait aucun problème. Vers la fin
des années 1980, les mises en garde des scientifiques ne furent pas
entendues. La réduction du taux de prises aurait causé la perte de
plusieurs emplois, ce qui ne pouvait politiquement être
accepté.
Le plus bas taux de morues nordiques jamais observé fut atteint
en 1992, alors que 99 % des stocks étaient épuisés. Le gouvernement
fut obligé d'imposer l'arrêt de la pêche à la morue à Terre-Neuve,
ce qui priva des dizaines de milliers de gens de leur emploi et
ravagea plusieurs communautés de pêcheurs. Malgré l'arrêt de la
pêche, les stocks de morues ne sont toujours pas rétablis et il
n'est pas certain qu'ils se rétabliront un jour, compte tenu des
changements survenus dans les écosystèmes des Grands Bancs de
Terre-Neuve après des décennies de pêche industrielle. Les
chalutiers pêchent toujours la morue dans les eaux internationales
du Grand-Banc et la pêche à la morue est parfois encore permise
selon les années.