Un corail géant pris dans les mailles d’un filet de chalutage de fond, au nord-ouest de la Nouvelle-Zélande. Ce corail, plus grand que les deux hommes qui essaient de le dégager de son filet, avait plus de 500 ans. Il a été détruit par l’une des pratiques de pêche les plus destructrices qui soit, le chalutage de fond. Il a été rejeté à la mer par le même navire néo-zélandais qui l’avait « accessoirement » pris.
Elle l'aplanit. Elle en élimine les caractéristiques naturelles
qui normalement permettent aux animaux de la mer de vivre, de se
reposer, de se cacher. Elle endommage ou anéantit les habitats
marins, les colonies coralliennes ou les récifs d'éponges.
Certaines espèces benthiques (c.-à-d. vivant tout au fond de
l'océan) perdent de leur résistance aux perturbations naturelles
alors que d'autres ne parviennent jamais à récupérer en raison de
leur long cycle de vie, surtout lorsque les ravages ont lieu en eau
froide dans des écosystèmes profonds.
Les montagnes sous-marines, par exemple, correspondent à ce type
d'écosystème. S'élevant à au moins un kilomètre au-dessus du fond
marin avoisinant, les montagnes sous-marines constituent des
trésors écologiques exceptionnels par leur impressionnante
diversité biologique : les colonies coralliennes d'eau froide aux
couleurs intenses y abondent, ainsi que les des plumes de mer, les
éponges, les coraux fouets de mer, les araignées de mer et les
crustacés dont l'apparence rappelle les homards. Parmi les espèces
qui dépendent des montagnes sous-marines, plusieurs ne se
rencontrent nulle part ailleurs, et on croit que certaines espèces
ont pour tout habitat une ou deux montagnes sous-marines
particulières! On ne fait que commencer à découvrir ce qui se cache
au sein de ces écosystèmes aux caractéristiques exceptionnelles,
mais ce qu'on en sait indique que les espèces marines mettent
beaucoup de temps à se rétablir après le passage des chaluts. Ils y
mettent des dizaines voire des centaines d'années, si tant est
qu'elles y parviennent un jour.

Utilisés surtout pour capturer les espèces benthiques, les chaluts
de fond sont de larges filets en forme de cône gardés ouverts à
l'entrée, attrapant toutes les espèces sur leur chemin lorsqu'ils
sont traînés sur le fond de la mer. L'équipement de fond du chalut
est conçu pour optimiser le contact avec le fond pour permettre un
rendement maximal et un mouvement libre le long du plancher
sous-marin, et de réduire l'impact sur l'équipement. Le chalutage
de fond à des effets dévastateurs sur le plancher sous-marin, sur
les espèces qui y habitent et sur leur habitat.
Les espèces benthiques ne sont pas les seules à être soumises à
ces agressions. En effet, le chalutage de fond a pour effet
d'altérer en permanence toute la structure alimentaire marine en
créant un milieu plus favorable aux petites espèces qu'aux grandes.
Résultats : des espèces marines moins variées et des populations à
la baisse. La pratique du chalutage de fond ne fait pas la
différence entre les nombreuses espèces ayant une valeur
commerciale et les prises accessoires comme les tortues de mer qui
se nourrissent, frayent ou se déplacent à proximité des fonds
marins.
Le chalutage de fond se pratique dans les eaux canadiennes
depuis des siècles. Depuis la Première Guerre mondiale, les pêches
industrielles par chalutage de fond ont augmenté. De 1995 à 2000,
les chaluts de fonds ont raclé les fonds marins du Canada sur une
superficie atteignant environ 38 320 kilomètres carrés.
(1) Pendant cette même période, 100 pour cent de la
superficie se situant de 150 à 500 mètres de profondeur le long de
l'île de Vancouver avait été chalutée, comme ce fut le cas pour la
majeure partie des fonds marins situés au large de la côte
Pacifique.
Par ailleurs, de 1980 à 2000 (2), les pêcheurs
chalutiers ont exercé leurs activités sur une superficie atteignant
38 % du plateau bordant l'océan Atlantique. Le stress que ce
chalutage a exercé sur l'écosystème marin des Grands Bancs et de sa
périphérie (s'ajoutant à la surpêche) a conduit à l'effondrement
des stocks de morue. Des études publiées par Pêches et Océans
Canada ont reconnu l'existence des dégâts engendrés par le
chalutage de fond. Elles ont par exemple montré que quelques
passages de chaluts suffisent à altérer la composition des
populations. (3) Malgré cette admission par le
ministère, nos précieux écosystèmes marins et leurs espèces
continuent de faire les frais d'une mauvaise gestion.
En 2006, dans une tentative de préserver les écosystèmes marins
de dommages supplémentaires, Greenpeace a uni sa voix à celles de
centaines d'autres ONG, scientifiques et gouvernements pour
réclamer de l'Assemblée générale de l'ONU la tenue d'un moratoire
sur le chalutage pélagique. Bien que l'Assemblée n'ait pas souscrit
à leur demande, les ONG ont par la suite pressé les organisations
régionales de gestion des pêches d'instaurer pleinement la
résolution présentée devant les Nations Unies. Les ONG ont demandé
que des mesures soient imposées pour protéger, d'ici décembre 2008,
les coraux et les autres écosystèmes fragiles du chalutage de fond
hauturier.
Plusieurs organisations de gestion des pêches ont fait des pas
importants vers la protection des écosystèmes de haute mer. Lors de
sa réunion intersessionnelle de mai 2008, l'Organisation des Pêches
de l'Atlantique nord-ouest (OPANO) a convenu de conduire d'ici la
fin de l'année des études d'évaluation environnementale sur toutes
les activités de chalutage de fond en haute mer relevant de sa
compétence, et d'interdire les activités halieutiques dans les
zones où les dommages aux coraux, aux éponges et autres espèces
pélagiques ne pourraient être évités (lien avec le communiqué de
l'OPANO).