Page - 6 juillet, 2009
Bien que le terme « pêche pirate » évoque des images de navires à l’abordage, d’or et d’aventure, la réalité est bien plus sombre pour les océans. Les pirates modernes sont ceux qui pêchent illégalement ou sans respecter la capacité de régénération des stocks. Les flottes de pêche pirate – plus précisément la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) – pillent nos océans avec, en ligne de mire, un seul objectif : des profits toujours plus élevés.
Des activistes de Greenpeace peignent les mots « poissons volés » sur la coque du navire Binar 4, au large de la Guinée. Ce navire était rempli de poissons pêchés dans les eaux de la Guinée. Greenpeace et la Fondation Justice environnementale ont suivi le Binar 4 de l’Afrique du Sud à l’Europe. Greenpeace demandait au gouvernement espagnol de confisquer la cargaison illégale du Binar 4.
Les flottes de pêche pirate sont souvent la propriété
d'entreprises secondaires pour brouiller leur identité et se
soustraire à l'obligation de rendre des comptes. Leurs navires
naviguent généralement sous « pavillon de complaisance », soit le
pavillon d'un pays percevant des impôts peu élevés ou ayant des
lois maritimes commerciales laxistes. En haute mer, dans les eaux
internationales, les navires sont tenus de respecter seulement les
lois du pays duquel ils battent pavillon, de même que tout accord
international signé par le pays. Certains pays sont très heureux de
vendre leur pavillon à des voyous. Ils se ferment alors les yeux
tandis que leurs bateaux pillent les océans à la recherche de
poissons commerciaux de grande valeur. Les navires non réglementés
naviguant sous ces « pavillons de complaisance » contribuent à la
crise actuelle dans nos océans et les tentatives de gestion ainsi
que les efforts de conservation des espèces en voie de disparition
ou sous surpêche sont minés.
Fait peu surprenant, la flotte mondiale de bateaux pirates
aurait doublé entre 1991 et 2001, alimentée par les profits à
réaliser sur le dos d'espèces de poissons de plus en plus rares.
Ces navires n'ont pas à payer les frais d'assurance, l'équipement
de sécurité, les permis et les programmes de surveillance du
commerce coûteux comme le font les navires légaux. Ils sont
également reconnus pour leurs équipages formés de « pirates zombies
», qui travaillent dans des conditions dangereuses pour des
salaires de crève faim. Les bateaux pirates sont souvent la
propriété d'hommes d'affaires futés, qui les exploitent dans un
réseau de navires de marchandises et d'entreposage, permettant à
ceux-ci de passer plus de temps en mer et leur donnant la capacité
de se dérober aux amendes et aux sanctions dans les ports, où les
contrôles ont le plus souvent lieu.
La nature même de la pêche pirate rend difficile toute
estimation des répercussions générales de celle-ci, qui cause
indubitablement de grands torts à nos océans. On estime que les
pirates prennent 25 % des prises totales de poissons, au moyen
d'une flotte de plus de 1 300 navires industriels. À l'heure où les
gouvernements tentent de restreindre les pêcheurs légaux, le nombre
de bateaux pirates augmente pour satisfaire à la demande des
consommateurs en poissons de grande valeur, comme le thon rouge, la
légine australe et l'hoplostète orange. En 2000, la surpêche dans
les réserves de légine australe aurait dépassé de 45 pour cent la
quantité de prises légales. En 2006, plus du tiers de la quantité
totale de thon pêché a été prise illégalement. Là où la pêche
pirate est la plus courante, la santé des réserves est
particulièrement difficile à déterminer, puisque les prises non
rapportées bousillent les données officielles. Les flottes pirates,
après avoir tout pêché dans une zone, se déplacent tout simplement
ailleurs, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien là aussi.
Le fait que les pavillons proviennent d'un pays et leur
propriétaire d'un autre pays nécessite une coordination mondiale.
Idem pour les filets de pêche qui envahissent la haute mer. Les
failles dans les lois internationales, qui permettent aux pays peu
scrupuleux de vendre leur pavillon pour réaliser un profit rapide,
doivent être éliminées. De plus, les ports et les marchés doivent
être fermés aux navires illégaux et à leurs prises.