Exposition d’art ou de déchets? Même sur une plage en plein cœur d’une toute nouvelle réserve marine mondiale à Hawaiï, la pollution gagne du terrain.
Nous avions tort. Les répercussions des humains sur les océans
du monde ont créé une situation critique. Aujourd'hui, les
déversements de pétrole, les rejets en mer, les écoulements
agricoles, urbains et industriels, l'exploitation minière en mer et
les déchets marins sont répandus partout dans le monde, si bien que
les océans vierges n'existent plus. Les sources terrestres seraient
responsables d'environ 44 pour cent des polluants pénétrant dans la
mer, les sources atmosphériques, d'environ 33 pour cent. En
revanche, le transport maritime ne serait responsable que d'environ
12 pour cent.
Les grands déversements de pétrole découlant d'accidents en mer
ravagent la vie sauvage, les plages, le tourisme et les pêches de
la région. En réalité, de petits déversements de pétrole se
produisent chaque jour. De l'entretien constant des bateaux et des
voitures au forage en mer, en passant par les déversements de
pétrole relativement secondaires, notre dépendance envers le
pétrole s'étend à nos océans. L'impact des déversements de pétrole,
grands ou petits, dépend de la sensibilité du milieu, du type de
pétrole et de l'étendue des dégâts. Au cours d'un récent accident
au large de la côte nord-est de l'île de Vancouver, un camion
transportant 10 000 litres de diesel a été renversé dans la réserve
écologique de Robson Bight, une réserve d'épaulards. Le camion,
intact à 350 mètres sous le niveau de la mer est une bombe à
retardement dans un habitat pourtant délicat et voué justement à
être protégé contre ce genre de problèmes.
Toutefois, il n'y a pas que le pétrole qui abîme nos océans. Les
eaux usées domestiques, déversements industriels, écoulements
urbains, accidents, explosions, rejets en mer, fertilisants et
pesticides agricoles, exploitation minière et déversements
radioactifs flottent dans nos océans, infectant tous les niveaux de
la chaîne alimentaire. La population de bélugas dans l'estuaire du
Saint-Laurent est malheureusement reconnue pour le niveau de
toxines mesuré dans leurs corps. L'estuaire draine certaines des
régions les plus industrialisées au monde : les Grands Lacs. En
outre, la vallée du Saint-Laurent accueille de considérables
activités agricoles. Les épaulards du Saint-Laurent enregistrent le
plus haut taux de cancer chez tous les cétacés, représentant la
moitié de tous les cas rapportés au monde. Les bélugas morts
présentent régulièrement un grand nombre de tumeurs et de lésions
et sont si contaminés au mercure, au plomb, PCB, DDT et autres
toxines que leurs corps sont traités comme des déchets
toxiques.
Les répercussions de la pollution varient. Les éléments
nutritifs de fertilisants et de pesticides utilisés en agriculture
industrielle sont souvent emportés par les voies navigables puis
dans l'océan. L'excès d'éléments nutritifs stimule la prolifération
de végétaux planctoniques, qui est aussi causée par les remontées
naturelles d'eau froide riche en éléments nutritifs. Bien que cette
prolifération soit parfois inoffensive, les végétaux rouges ou brun
toxique peuvent être nuisibles pour les mollusques et poissons,
causant l'apparition de crises d'empoisonnement marin paralysant
chez les humains. Toutefois, même les végétaux verts non toxiques
peuvent être nuisibles.
Lorsque les gros végétaux meurent et se décomposent, ils
utilisent l'oxygène dans l'eau, créant des « creeping dead zones »
(CDZ), où il n'y a pas assez d'oxygène dissout dans l'eau pour
soutenir la vie marine. L'Île-du-Prince-Édouard se bat contre des
quantités alarmantes de poissons morts (mortalité massive) dans ses
fleuves. Depuis 1994, pas moins de 27 cas de mortalité massive ont
été liés aux écoulements agricoles, comprenant un grand nombre de
saumons et de truites juvéniles, au centre de la lucrative pêche
sportive de l'Î.-P.-É.
Un loueur de canots nage parmi des débris en plastique qui ont été jetés dans la Baie de Manille, aux Philippines.
Comme il n'est pas biodégradable, il se brise simplement en
particules de plus en plus petites, qui sont ensuite ingérées par
un éventail d'espèces marines, allant du plancton aux tortues de
mer. À mesure que le plastique s'accumule dans leur système
digestif, les animaux sont graduellement étouffés ou affamés. De
plus, le plastique agit comme une éponge pour certaines des pires
toxines, les polluants organiques persistants (POP), s'ajoutant au
fardeau toxique de la vie marine.
Cent millions de tonnes de plastique sont produites chaque
année. De ce nombre, 10 pour cent se retrouvent à l'océan. À mesure
que les produits de plastique sont poussés par les vagues et le
courant, ils gravitent vers des endroits plus calmes de l'océan,
créant des zones de fortes concentrations de déchets flottants.
Dans le Pacifique Nord, un « tourbillon d'ordures » bien documenté
dont la taille représenterait 2 fois la partie continentale des
États-Unis tourbillonne lentement.
On estime qu'il y a six kilogrammes de déchets pour chaque
kilogramme de plancton! Les déchets errants constituent également
un problème grave. De l'équipement de pêche jeté ou perdu flotte
sur les océans, continuant à accrocher et à noyer les cétacés et
les tortues de mer pendant des années. Tandis que les déchets se
promènent dans les courants, divers organismes montent à bord et
naviguent vers des habitats où ils peuvent rapidement devenir
nuisibles.
L'ironie veut que la grande majorité de ces déchets provienne de
sources terrestres. Environ 80 pour cent de ceux-ci tirent leurs
origines de la terre, tandis que les 20 pour cent restants viennent
de navires commerciaux, de plaisance ou militaires ainsi que de
plateformes pétrolières et gazières en haute mer.