Page - 26 juin, 2009
Des filets de taille industrielle mesurant jusqu’à deux kilomètres de diamètre (comme les filets maillants, chaluts ou sennes coulissantes) capturent tout ce qui est plus gros que la taille de leur maille, tandis que les palangres laissent pendre des milliers d’hameçons appâtés dans l’eau, attirant n’importe quel passant affamé, y compris les oiseaux marins en plongée.
Greenpeace analyse les prises accessoires d’un bateau de pêche belge. Après deux heures de pêche, ce bateau a rejeté à la mer 11,000 poissons ou autres créatures marines mortes qu’il avait pris accessoirement dans ses filets. Le chalutage de fond est si intense dans la mer du Nord que la biodiversité marine est en danger.
On estime que 3,3 millions de requins meurent chaque année à
cause des palangres, tandis que l'emmêlement est la première cause
de mortalité chez les petits cétacés (comme les marsouins, les
dauphins et les baleines), avec une mort toutes les deux minutes.
Des centaines de milliers de tortues de mer et d'oiseaux marins
sont également tués dans les palangres et pris dans les filets, qui
capturent de nombreuses espèces en voie de disparition ou gravement
menacées. Si la tendance se maintient, les caouannes du Pacifique,
qui vivent dans l'océan depuis des millions d'années, figureront
sur la liste des espèces disparues d'ici les 5 à 30 prochaines
années.
Les petits organismes sont également touchés. Le
chalutage de fond décime les coraux abyssaux d'eaux froides.
Ainsi, des invertébrés comme l'étoile de mer, le crabe, les oursins
et les éponges sont ramassés à la tonne dans les secteurs de pêche
qui cible les poissons des grandes profondeurs comme le homard, la
plie et le flétan. S'ils sont arrachés des fonds marins, les coraux
ne survivent pas. En outre, les espèces délicates comme les éponges
et les oursins ne survivent souvent pas à l'écrasement que provoque
le nombre effarant de poissons dans les filets.
Même les espèces ciblées sont touchées par les prises
accessoires, puisque les jeunes poissons sont pris avec les vieux
avant d'être rejetés parce qu'ils ne satisfont pas aux exigences de
taille et de longueur, conçues a priori pour protéger la prochaine
génération de la réserve. Malheureusement, une fois qu'ils sont
retirés des filets et rejetés à l'eau vers des prédateurs à
l'affût, la plupart ne survivent pas.
Les prises accessoires nuisent également au rétablissement des
espèces protégées. Dans l'Atlantique Nord, le chalutage prend au
filet des quantités impressionnantes de morue juvénile, minant les
efforts déployés pour rétablir les réserves décimées de morue de
l'Atlantique. À titre d'exemple, dans les Grands Bancs de
Terre-Neuve, la pêche à la morue est interdite. Toutefois, en 2003,
90 % de la biomasse aurait été capturée sous forme de prise
accessoire lors de la pêche d'autres poissons benthiques. Les
populations de saumon quinnat dans le nord-est du Pacifique sont
aussi affligées, 160 000 poissons ayant été accessoirement pris
lors de la pêche à la goberge en Alaska l'an passé. Cette masse de
prises accidentelles a causé l'effondrement d'une pêche de
subsistance puisqu'un nombre insuffisant de poissons retournent à
l'océan pour se reproduire.
Par ailleurs, des méthodes pour réduire les prises accessoires
existent : dispositifs pour éloigner les tortues, types d'appâts
spéciaux, types de mailles qui permettent aux espèces non ciblées
de s'échapper et crochets ou sonars spéciaux permettant d'éviter
que ces dernières soient prises. Toutefois, le manque d'éducation
et de participation des pêcheurs et des gestionnaires des pêches
cause la perte d'organismes marins, jetés par-dessus bord et
laissés pour morts.