Les arbres génétiquement modifiés

Publication - 10 mai, 2009
Les impacts négatifs sur l’environnement de la culture des plantes génétiquement modifiées (GM) sont bien connus. Mais les problèmes potentiels posés par la dissémination d’arbres GM dans l’environnement pourraient s’avérer encore plus graves, à cause de leur durée de vie plus longue et de leur plus grande capacité de propagation.

En fait, l’impact des arbres GM sur les forêts pourrait être aussi important que celui des coupes à blanc. Pourtant, malgré les mises en garde répétées des scientifiques concernant la vie sauvage, la biodiversité et les écosystèmes, le Canada continue à permettre les essais en champ d’arbres forestiers transgéniques. Nous craignons que ces essais soient un prélude à la commercialisation d’arbres GM, ce qui entraînerait des conséquences catastrophiques pour l’environnement.

Pour l’instant, la mise en marché d’arbres forestiers GM est limitée à la Chine, mais on a réalisé plus de 250 libérations expérimentales à travers le monde. Le Canada fait des essais en champ depuis 1997. La plupart des recherches sont menées par des entreprises privées des pays développés, et notamment par les grandes multinationales du secteur des pâtes et papiers.

Greenpeace prône l’interdiction des arbres GM. Entre-temps, nous demandons qu’on impose un moratoire mondial sur la commercialisation des arbres GM et sur les expériences à grande échelle. Greenpeace a déposé une étude adressée au comité scientifique de la Convention sur la biodiversité biologique qui démontre qu’il y a des risques écologiques sérieux associés aux arbres forestiers GM et que les dommages causés pourraient être incontrôlables et irréversibles.

Le principal danger des arbres GM, c’est qu’ils risquent d’envahir les territoires naturels et d’affecter de façon irréversible les arbres indigènes, de même qu’un grand nombre de plantes et d’animaux qui en dépendent. En effet, s’il est vrai que les arbres GM sont principalement destinés à l’usage en plantations, il serait naïf (et irresponsable) de croire qu’ils demeureront enfermés dans un territoire délimité. Les arbres produisent de très grandes quantités de graines et, même si la majorité tombent à proximité, il n’en demeure pas moins qu’un certain nombre de ces graines peuvent parcourir de très grandes distances. Le vent, les cours d’eau, les oiseaux les chauves-souris et les animaux terrestres peuvent transporter les graines et le pollen très loin de leurs arbres d’origine. Dans le cas des conifères, les distances atteignent facilement plusieurs dizaines de kilomètres. Dans le cas spécifique du pin, une espèce très répandue et visée par la recherche sur les arbres GM, le vent peut transporter les graines sur une trentaine de kilomètres. On voit donc que les arbres GM pourraient facilement étendre leur territoire d’origine. De plus, certaines de leurs nouvelles caractéristiques génétiques pourraient les rendre plus résistants, et donc plus envahissants, ce qui accentuerait encore le risque de destruction de la biodiversité et de déséquilibre des écosystèmes.

Pour répondre à ce problème de propagation incontrôlable, l’industrie propose la création d’arbres stériles (surnommés « Terminator »). Mais cette solution pose des problèmes encore plus graves puisque les petits mammifères, les oiseaux et les insectes ne pourraient alors plus se nourrir des graines, du pollen et du nectar des arbres. L’impact sur la biodiversité de la forêt serait terrible.

Les arbres se propagent aussi par bouturage et comme ils se reproduisent relativement facilement avec des espèces apparentées, les arbres GM transmettront inévitablement leurs gènes à leurs cousins indigènes, et leurs transgènes aux micro-organismes.   

Certains arbres forestiers transgéniques ont été mis au point pour résister aux insectes (notamment deux espèces de peupliers commercialisées en Chine). Il n’y a pas encore d’étude sur l’impact de ces arbres sur les autres organismes vivants. Par contre, de telles études ont été réalisées dans le cas des plantes GM de culture annuelle et on peut supposer que les conséquences seront semblables dans le cas des arbres. Ainsi, les plantes GM affectent notamment la flore bactérienne, les vers de terre et la respiration des sols. Les arbres modifiés pour résister aux insectes peuvent donner lieu à des scénarios encore plus catastrophiques. De plus, les feuilles qui tombent des arbres GM qui poussent près des lacs et des rivières pourraient avoir des conséquences imprévisibles sur la vie aquatique.

En raison de leur grande durée de vie, les arbres forestiers sont particulièrement vulnérables aux modifications génétiques. Certains vivent plus d’une centaine d’années et des problèmes imprévisibles pourraient survenir en cours de route. La longévité des arbres restreint ainsi la portée des études réalisées puisqu’elles ne peuvent pas évaluer les conséquences écologiques à long terme.

En plus de leurs impacts écologiques, les plantations d’arbres transgéniques auraient aussi des impacts sociaux. À cause de la mainmise économique et technologique des grandes entreprises, la foresterie transgénique risque d’entraîner le même type de conséquences que l’apparition de l’agriculture transgénique, c’est-à-dire une diminution du nombre de petits producteurs et une prise de contrôle par quelques grandes corporations. En fait, l’accès à la technologie génétique risque de donner encore plus de pouvoir décisionnel aux grandes entreprises forestières. En outre, à cause de la centralisation et de la mécanisation accrues propres aux grandes exploitations, les communautés locales risquent d’y perdre au change en matière d’emploi et de retombées économiques.

La compétition entre les producteurs de bois d’origine naturelle et bois d’origine transgénique pourrait aussi avoir des conséquences négatives si l’industrie transgénique décidait de couper les prix pour miner l’impact des incitatifs à la saine gestion des forêts naturelles. En pareils cas, les autochtones, qui sont souvent d’importants propriétaires de forêts naturelles, verraient leurs revenus s’amoindrir encore. Finalement, l’inévitable dissémination de graines d’arbres GM entraînerait des problèmes juridiques et économiques nouveaux, surtout dans les territoires composites où l’on retrouve à la fois des forêts publiques, des concessions forestières, des parcs et des terres à bois privées.

Pour mettre les Canadiens en garde contre les risques très concrets associés aux arbres GM, Greenpeace a présenté un rapport à l’Agence canadienne d’inspection des aliments. L’Agence mène actuellement une consultation concernant la tenue d’une prochaine série d’essais en champ  qui pourrait avoir lieu en aires ouvertes. 

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