Skip navigation.
Un vendeur de fruits et legumes biologiques dit non aux OGM.

Un vendeur de fruits et legumes biologiques dit non aux OGM.

Agrandir

L'agriculture biologique fait ses preuves

L'agriculture biologique, sortant enfin de l'ombre, est depuis quelque temps proie à de nombreuses critiques de la part d'experts  et d'organisations favorisant l'agriculture industrielle. On accuse l'agriculture biologique d'être moins productive et moins efficace, donc de ne pas détenir la capacité de nourrir la planète. On a même affirmé qu'une adoption généralisée de l'agriculture biologique conduirait à une déforestation planétaire massive, car il faudrait alors d'immenses superficies agricoles supplémentaires pour combler les baisses de rendements. On accuse également l'agriculture biologique de ne pas pouvoir démontrer ses prétendus bénéfices et même d'épuiser la terre par un travail du sol trop intensif. Mais qu'en est-il vraiment?

L'agriculture biologique peut se définir comme un système de production encourageant l'entreprise agricole à gérer ses ressources de façon cyclique et à augmenter la fertilité ainsi que l'activité biologique du sol en accroissant la qualité et la quantité de la matière organique présente dans celui-ci. L'agriculture biologique vise donc à restreindre les apports de l'extérieur de la ferme en substituant aux engrais et aux pesticides synthétiques un environnement qui comprend une gamme très diversifiée d'espèces et une activité biologique importante (définition inspirée des normes biologiques de référence du Québec). En se basant sur cette définition, on ne peut s'étonner qu'un concept de production agricole qui tend à restreindre les apports d'intrants (fertilisants, pesticides, médicaments etc.) à l'intérieur de l'agro-écosystème s'attire les foudres du lobby de l'agriculture industrielle, qui elle, repose sur l'importation massive d'intrants à la ferme. Ce lobby accuse régulièrement les adeptes de l'agriculture biologique d'être idéologiques et de ne pas pouvoir prouver scientifiquement les prétendus avantages de ce type d'agriculture. Or, rien n'est plus faux. En fait, quoique la recherche sur l'agriculture biologique soit encore nettement insuffisante, de nombreuses études démontrent la pertinence de l'agriculture biologique par rapport à l'agriculture que l'on qualifie de conventionnelle.

Des rendements respectables

L'agriculture biologique ne donne pas de bons rendements. C'est une accusation classique qui provient soit d'une mauvaise foi, soit d'une analyse incomplète de la situation. Par exemple, les études qui évaluent les conséquences d'une diminution des intrants dans le système de production conventionnel ne représentent aucunement la réalité d'un système de production alternatif comme celui de l'agriculture biologique. De plus, les études qui concluent à une baisse de rendement après une transition à l'agriculture biologique qui s'est effectuée sur une courte période de temps, ne prennent pas en compte le fait que les rendements augmentent avec l'amélioration de la qualité du sol et des processus biologiques, ce qui peut prendre quelques années à se manifester.

Une production efficace

La plus longue recherche comparant l'agriculture conventionnelle et l'agriculture biologique, qui dure depuis 24 ans dans une station de recherche suisse, a démontré que l'agriculture biologique est plus efficace. En effet, même si l'étude tend à démontrer que les rendements en agriculture biologique sont légèrement plus bas, le système de production biologique, comparé à la production conventionnelle, offre plus de rendement par unité d'énergie et de fertilisant. Plus précisément, la consommation de fertilisants et d'énergie est réduite de 34% à 53% dans les parcelles biologiques. De plus, l'utilisation de pesticides fut réduite de 97% dans le système de production biologique.

Une étude de 6 ans aux États-Unis, dont les résultats furent publiés dans le réputé magazine Nature , démontra que la production biologique de la pomme était non seulement meilleure pour le sol et l'environnement, mais qu'elle obtenait des rendements similaires à la production conventionnelle, tout étant moins énergivore (et plus rentable!).

Des sols en meilleure condition

Un des principes fondateurs de l'agriculture biologique est d'améliorer la santé des sols. C'est un des avantages de l'agriculture bio qui est le plus facilement remarquable et également un des plus documentés. L'étude suisse mentionnée plus haut démontra que les sols en culture biologique abritent non seulement une plus grande quantité de micro-organismes, mais une plus grande variété de ceux-ci, notamment au niveau des mycorhizes, ces champignons microscopiques qui aident les plantes à prélever certains éléments nutritifs qui, autrement, sont sous une forme non-assimilable. L'étude démontra également que les vers de terre, si importants pour la fertilité des sols, sont en plus grand nombre dans les sols en culture biologique.

Une biodiversité accrue

Non seulement l'agriculture biologique favorise la biodiversité à l'intérieur des sols, tel que nous l'avons vu plus haut, mais elle favorise également la biodiversité dans les champs. En effet, une étude californienne sur la production de la tomate a révélé que la biodiversité des arthropodes retrouvée dans les champs biologiques était plus élevée d'un tiers que celle retrouvée dans les champs conventionnels. 3 Cette étude a également démontré que, alors qu'il n'y a pas de différence dans les populations des ravageurs de culture entre les champs conventionnels et les champs biologiques, les champs bio abritent une plus grande quantité et diversité de prédateurs naturels. Ceci est corroboré par le rapport d'un comité du parlement britannique qui fait état d'un plus grand nombre d'insectes et d'oiseaux sur les fermes biologiques.

Moins de pollution

L'agriculture moderne est une source majeure de pollution. En fait, au Canada, la pollution agricole est la plus importante source de pollution des milieux aquatiques, ce qui est notamment dû aux pesticides synthétiques et aux engrais solubles, qui ne sont pas utilisés en agriculture biologique. Au niveau de la pollution de l'eau, une étude suisse a conclu qu'il était moins coûteux de subventionner la conversion à l'agriculture biologique pour les agriculteurs riverains d'un lac que de défrayer les technologies de dépollution de ce même lac .

Le comité permanent de l'environnement et du développement durable de la chambre des communes du Canada mentionne dans un rapport que l'agriculture biologique cause moins de dommages à l'environnement pour au moins trois raisons :

  • Le fait de ne pas utiliser des pesticides et des engrais synthétiques élimine le danger éventuel de dommages à l'environnement.
  • L'absence d'engrais synthétiques force l'agriculteur à observer l'éthique de conservation des sols qui consiste à maintenir et à recycler les éléments nutritifs sur sa terre, réduisant ainsi le risque de pollution dans les alentours de sa ferme.
  • Enfin, l'accent est mis sur le recouvrement des sols en hiver (à l'aide de plantes fourragères, de céréales d'hiver et de cultures de couverture), ce qui améliore l'état du sol et diminue le risque d'érosion, de dégradation et de compaction. ³

Conclusion

Que ce soit au niveau de la protection des sols et de la biodiversité, ces deux éléments si importants à la vie sur terre, ou au niveau de la réduction de la pollution, de l'utilisation efficace des ressources, ainsi que des rendements abondants, l'agriculture biologique a su prouver sa pertinence par rapport à l'agriculture conventionnelle, ne serait-ce que pour mériter un intérêt accru de la part des agriculteurs et des décideurs gouvernementaux. Il faut reconnaitre que le secteur de l'agriculture biologique, étant laissé à lui-même au niveau de la production, de la mise en marché et de la recherche, est limité dans l'atteinte de son plein potentiel et ne peut ainsi rendre à la société tous les bénéfices qu'il peut potentiellement lui offrir. De plus en plus de consommateurs comprennent l'importance d'encourager le secteur de l'agriculture biologique. Il est maintenant temps que ce type d'agriculture holistique et écologique obtienne plus de support de la part de l'État, qui en récoltera par la suite les bénéfices.

La vraie révolution verte

19 décembre 2006

L’agriculture biologique et agroécologique dans le Sud

Téléchargez (pdf) (69 Kb)