Vue des étangs de résidus en direction sud près des installations de traitement de Syncrude, au nord de Fort McMurray (Alberta).
Des étangs de résidus toxiques
Pendant le processus de séparation du bitume et du sable, on
mélange une grande quantité d'eau au sable et, une fois le pétrole
extrait, il faut entreposer les résidus - le mélange restant d'eau,
de sable, d'argile et de bitume résiduel - dans un lieu stable pour
qu'ils puissent se décanter et que les matières solides se séparent
de l'eau. Les installations utilisées pour ce stockage sont des
étangs de résidus. Pour chaque mètre cube de bitume extrait, de
trois à cinq mètres cubes de résidus doivent être stockés; ces
étangs sont donc si énormes qu'on peut les voir à l'œil nu à partir
de l'espace. D'autres types d'eaux usées sont aussi stockés dans
des bassins de retenue artificiels, notamment les eaux d'égout,
l'eau de refroidissement et l'eau qui est entrée en contact avec du
coke, des asphaltènes, du soufre ou des métaux lourds. Cette
technique est censée prévenir la contamination des nappes d'eau
souterraines et des réseaux de rivières, mais l'efficacité de son
application a été mise en doute.
Pourquoi ces étangs sont-ils si toxiques?
Dans la plupart des installations minières, on doit utiliser des
produits chimiques puissants pour séparer le minerai du sable ou de
la roche dans lesquels il est incrusté. Par exemple, pour extraire
de l'or ou du cuivre, on se sert souvent d'arsenic et de cyanure;
les résidus sont donc extrêmement toxiques. Dans le cas des sables
bitumineux, on emploie du naphta et de la paraffine, mais ces
produits sont censés être séparés de l'eau avant que celle-ci ne
soit pompée dans les étangs de résidus.
Toutefois, les sous-produits du pétrole lui-même sont dangereux
: on sait qu'ils tuent les microorganismes qui seraient normalement
présents dans une rivière ou dans un milieu humide naturel. Selon
les scientifiques, le contaminant le plus dangereux dans les
résidus de sables bitumineux est l'acide naphténique, une
composante naturelle du pétrole qui se dissout et se concentre dans
l'eau chaude utilisée pour traiter le sable. Une exposition répétée
à l'acide naphténique peut avoir des effets néfastes sur la santé
des mammifères, notamment provoquer des troubles hépatiques et des
hémorragies cérébrales, et une exposition à de plus fortes
concentrations a des effets encore plus graves. Parmi les autres
composantes des résidus, on compte les hydrocarbures aromatiques
polycycliques alkyl-substitués, qui entraînent des malformations ou
même la mort chez les oiseaux qui y sont exposés.
Outre les substances chimiques toxiques contenues dans les
résidus, l'eau dans les étangs attire des bactéries méthanogènes,
qui produisent du méthane (un gaz à effet de serre). Les bulles de
méthane modifient la composition des résidus et leur présence
accroît la concentration de certaines autres substances toxiques
dans l'eau.
La mesure prise par les sociétés pétrolières face à ces dangers
consiste à tirer avec des canons à air autour des étangs de résidus
pour empêcher les oiseaux et les animaux de s'en approcher. Un
autre risque, plus grave, est la possibilité que ces étangs fuient
et que leur contenu pénètre dans les nappes d'eau souterraines de
la région et dans la rivière Athabasca. À cela s'ajoute le risque
que les sociétés interrompent leurs activités dans la région (si le
pétrole s'épuise ou si les marges bénéficiaires diminuent) et
qu'elles cessent d'entretenir les installations.
La pollution de l'eau
Les acides naphténiques sont persistants et difficiles à
éliminer de l'environnement. Les installations d'exploitation des
sables bitumineux rejettent ces acides en fortes concentrations et
les gens qui vivent en aval ont de vives inquiétudes à propos de la
contamination de l'eau, des poissons et des animaux sauvages. La
contamination par le mercure constitue un autre risque; en effet,
lorsque les milieux humides recouvrant les sables bitumineux sont
asséchés, de fortes concentrations de mercure peuvent être libérées
et contaminer les plans d'eau environnants.
Récemment, des gens qui habitent à Fort Chipewyan (une
collectivité des Premières Nations située en aval des projets
d'exploitation des sables bitumineux) ont commencé à faire
connaître publiquement leurs inquiétudes quant aux effets de la
pollution de l'eau sur leur santé. Depuis que l'exploitation des
sables bitumineux s'est accélérée ces dernières années, ils ont
constaté dans leur collectivité une incidence accrue de cancers et
de maladies telles que le lupus et la sclérose en plaques.