- Que sont les sables bitumineux?
- Où en trouve-t-on au Canada? Dans le reste du
monde?
- Pourquoi les sables bitumineux sont-ils pires que
le pétrole ordinaire?
- Dans quelle mesure les sables bitumineux
contribuent-ils aux émissions de gaz à effet de serre du
Canada?
- À quel stade en est-on actuellement dans
l'exploitation des sables bitumineux?
- Quels sont les effets des sables bitumineux sur
les engagements du Canada en vertu du Protocole de Kyoto sur les
changements climatiques
- Pourquoi le Canada exploite-t-il les sables
bitumineux actuellement? Avons-nous besoin de cette
énergie?
1) Que sont les sables bitumineux?
Les sables bitumineux sont un mélange de sable, d'argile et d'un
pétrole brut très lourd, appelé bitume, qui ressemble à du goudron
et qui est trop dense pour s'écouler de lui-même. Afin d'extraire
ce pétrole du sol, on abat les arbres, on creuse une carrière dans
la couche de surface et l'on chauffe le mélange sous-jacent à la
vapeur pour que le bitume puisse s'écouler. Comme le bitume est un
type de pétrole de très mauvaise qualité, on doit ensuite le
traiter et le raffiner pour produire un pétrole brut de synthèse
qui pourra être utilisé comme combustible.
2) Où en trouve-t-on au Canada? Dans le reste du monde?
Les plus importantes réserves accessibles de sables bitumineux
sont situées dans le nord de l'Alberta, au Canada, dans une région
sauvage intacte qui compte des millions d'hectares de forêt
boréale. La ville la plus proche est Fort McMurray; plusieurs
petites localités sont situées en aval des projets d'exploitation
des sables bitumineux et les résidents de ces localités souffrent
des effets de la pollution causée par ces projets. Il y a aussi
d'importants gisements de sables bitumineux dans la ceinture
pétrolière de l'Orénoque, au Venezuela, et des gisements plus
petits au Moyen-Orient et aux États-Unis.
3) Pourquoi les sables bitumineux sont-ils pires que le pétrole
ordinaire?
Il faut d'énormes quantités d'eau et d'énergie polluante pour
produire la vapeur nécessaire afin d'extraire le pétrole des sables
bitumineux, et le traitement du bitume nécessite une quantité
additionnelle d'énergie polluante. Mais l'exploitation des sables
bitumineux ne se limite pas à une consommation excessive d'eau,
d'électricité, de charbon et de gaz naturel. Elle pollue l'air par
des émissions d'oxydes d'azote et de dioxyde de soufre, elle
contamine l'eau par des rejets de substances chimiques toxiques et
elle détruit des millions d'hectares de nature sauvage.
4) Dans quelle mesure les sables bitumineux contribuent-ils aux
émissions de gaz à effet de serre du Canada?
Le pétrole extrait de ces sables produit cinq fois plus
d'émissions de gaz à effet de serre (GES) que le pétrole ordinaire,
ou classique. On prévoit qu'en 2007, les émissions annuelles de GES
provenant des installations d'exploitation des sables bitumineux se
situeront entre 39,3 et 41,4 millions de tonnes d'équivalent de
CO2. Et l'on estime que d'ici 2011, ces émissions
annuelles dépasseront 80 millions de tonnes d'équivalent de
CO2, soit une quantité d'émissions plus importante que
celle produite aujourd'hui par toutes les voitures personnelles au
Canada.
5) À quel stade en est-on actuellement dans l'exploitation des
sables bitumineux?
Il y a présentement plus de 3 200 conventions de location de
terres pour l'exploitation des sables bitumineux, qui couvrent une
superficie plus vaste que l'île de Vancouver, et les gouvernements
et l'industrie pétrolière travaillent constamment à accroître ce
nombre. Des permis ont été attribués pour le détournement de
349 millions de mètres cubes d'eau par année de la rivière
Athabasca. La superficie qui pourrait éventuellement faire l'objet
de conventions de location comprend près de 150 000 kilomètres
carrés de forêt boréale - une superficie plus vaste que l'État de
la Floride et deux fois plus grande que le Nouveau-Brunswick. Les
installations actuelles d'exploitation des sables bitumineux
produisent tout juste un peu plus d'un million de barils par jour,
et cela cause déjà de vastes dommages. Il faut jusqu'à cinq barils
d'eau pour extraire un baril de bitume, et de 500 à 1 000 pieds
cubes de gaz naturel pour produire un baril de pétrole brut. Le
niveau d'eau de la rivière Athabasca a diminué de façon
perceptible, on rapporte des tumeurs étranges et des mutations dans
les poissons du lac Athabasca, et les gens qui vivent dans les
localités en aval ont constaté une hausse des taux de cancer et de
maladies telles que la sclérose en plaques. Le traitement des
sables bitumineux entraîne aussi le rejet dans l'air de quantités
massives d'oxyde d'azote, de dioxyde de soufre, de composés
organiques volatils et de particules; on sait que ces substances
causent des troubles respiratoires et des cancers.
6) Quels sont les effets des sables bitumineux sur les
engagements du Canada en vertu du Protocole de Kyoto sur les
changements climatiques?
Le Canada sera incapable de respecter ses engagements en vertu
de Kyoto si l'exploitation des sables bitumineux se poursuit. Nous
devons réduire nos émissions d'environ 280 millions de tonnes par
année pour respecter les cibles du Protocole de Kyoto. Les sables
bitumineux engendrent en ce moment des émissions d'environ
40 millions de tonnes de gaz à effet de serre par année, et ces
émissions doubleront probablement pour passer à 80 millions de
tonnes par année d'ici 2011. Cela rendra le respect de nos
engagements en vertu du Protocole carrément impossible.
7) Pourquoi le Canada exploite-t-il les sables bitumineux
actuellement? Avons-nous besoin de cette énergie?
La majeure partie du pétrole extrait des sables bitumineux est
envoyée aux États-Unis. Les Américains sont contents disposer d'une
source d'énergie « sûre » sur le continent nord-américain, ce qui
leur permet d'essayer de réduire leur dépendance envers le pétrole
du Moyen-Orient. Nous n'avons pas réellement besoin de cette
énergie, mais à cause de nos systèmes de transport inefficaces,
nous en consommons certainement beaucoup! Le Canada aurait pu
exploiter les sables bitumineux il y a longtemps, mais il a choisi
de ne pas le faire parce que le prix du pétrole était bas et le
coût de la production était élevé, ce qui n'aurait pas permis aux
sociétés pétrolières de réaliser des gros profits. Ces dernières
années, le prix du pétrole a grimpé et, avec l'évolution de la
technologie, les compagnies peuvent exploiter les sables bitumineux
à meilleur marché. Le gouvernement de l'Alberta offre aussi aux
sociétés pétrolières des stimulants énormes qui les incitent à se
lancer dans l'exploitation : de faibles taux de redevances qui
signifient que les compagnies peuvent empocher la majeure partie
des bénéfices, même si elles détruisent des terres qui
appartiennent aux Albertains.
Quelques chiffres sur les sables bitumineux de l'Alberta
- L'exploitation des sables bitumineux de l'Alberta est la source
de gaz à effet de serre qui connaît l'expansion la plus rapide au
Canada. À cause de cette exploitation, l'Alberta est à l'origine de
40 % des émissions canadiennes de gaz à effet de serre, même si
elle ne compte que 10 % de la population du pays.
- Pas moins de 70 % du pétrole brut extrait des sables bitumineux
est directement exporté aux États-Unis.
- L'exploitation des sables bitumineux aura des répercussions sur
une superficie correspondant à 23 % du territoire de l'Alberta -
une zone de forêt boréale intacte aussi grande que la Floride.
Jusqu'à présent, aucune des terres que les grandes sociétés
d'exploitation des sables bitumineux se vantent d'avoir « remises
en état » n'a été certifiée comme remise en état par le
gouvernement de l'Alberta.