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Les sables bitumineux sont un mélange de sable, d’argile et d’un pétrole brut très lourd, appelé bitume, qui ressemble à du goudron et qui est trop dense pour s’écouler de lui-même. Afin d’extraire ce pétrole du sol, on abat les arbres, on creuse une carrière dans la couche de surface et l’on chauffe le mélange sous-jacent à la vapeur pour que le bitume puisse s’écouler. Comme le bitume est un type de pétrole de très mauvaise qualité, on doit ensuite le traiter et le raffiner pour produire un pétrole brut de synthèse qui pourra être utilisé comme combustible.
Les plus importantes réserves accessibles de sables bitumineux sont situées dans le nord de l’Alberta, au Canada, dans une région sauvage intacte qui compte des millions d’hectares de forêt boréale. La ville la plus proche est Fort McMurray; plusieurs petites localités sont situées en aval des projets d’exploitation des sables bitumineux et les résidents de ces localités souffrent des effets de la pollution causée par ces projets. Il y a aussi d’importants gisements de sables bitumineux dans la ceinture pétrolière de l’Orénoque, au Venezuela, et des gisements plus petits au Moyen-Orient et aux États-Unis.
Il faut d’énormes quantités d’eau et d’énergie polluante pour produire la vapeur nécessaire afin d’extraire le pétrole des sables bitumineux, et le traitement du bitume nécessite une quantité additionnelle d’énergie polluante. Mais l’exploitation des sables bitumineux ne se limite pas à une consommation excessive d’eau, d’électricité, de charbon et de gaz naturel. Elle pollue l’air par des émissions d’oxydes d’azote et de dioxyde de soufre, elle contamine l’eau par des rejets de substances chimiques toxiques et elle détruit des millions d’hectares de nature sauvage.
Le pétrole extrait de ces sables produit cinq fois plus d’émissions de gaz à effet de serre (GES) que le pétrole ordinaire, ou classique. On prévoit qu’en 2007, les émissions annuelles de GES provenant des installations d’exploitation des sables bitumineux se situeront entre 39,3 et 41,4 millions de tonnes d’équivalent de CO2. Et l’on estime que d’ici 2011, ces émissions annuelles dépasseront 80 millions de tonnes d’équivalent de CO2, soit une quantité d’émissions plus importante que celle produite aujourd’hui par toutes les voitures personnelles au Canada.
Il y a présentement plus de 3 200 conventions de location de terres pour l’exploitation des sables bitumineux, qui couvrent une superficie plus vaste que l’île de Vancouver, et les gouvernements et l’industrie pétrolière travaillent constamment à accroître ce nombre. Des permis ont été attribués pour le détournement de 349 millions de mètres cubes d’eau par année de la rivière Athabasca. La superficie qui pourrait éventuellement faire l’objet de conventions de location comprend près de 150 000 kilomètres carrés de forêt boréale – une superficie plus vaste que l’État de la Floride et deux fois plus grande que le Nouveau-Brunswick. Les installations actuelles d’exploitation des sables bitumineux produisent tout juste un peu plus d’un million de barils par jour, et cela cause déjà de vastes dommages. Il faut jusqu’à cinq barils d’eau pour extraire un baril de bitume, et de 500 à 1 000 pieds cubes de gaz naturel pour produire un baril de pétrole brut. Le niveau d’eau de la rivière Athabasca a diminué de façon perceptible, on rapporte des tumeurs étranges et des mutations dans les poissons du lac Athabasca, et les gens qui vivent dans les localités en aval ont constaté une hausse des taux de cancer et de maladies telles que la sclérose en plaques. Le traitement des sables bitumineux entraîne aussi le rejet dans l’air de quantités massives d’oxyde d’azote, de dioxyde de soufre, de composés organiques volatils et de particules; on sait que ces substances causent des troubles respiratoires et des cancers.
Le Canada sera incapable de respecter ses engagements en vertu de Kyoto si l’exploitation des sables bitumineux se poursuit. Nous devons réduire nos émissions d’environ 280 millions de tonnes par année pour respecter les cibles du Protocole de Kyoto. Les sables bitumineux engendrent en ce moment des émissions d’environ 40 millions de tonnes de gaz à effet de serre par année, et ces émissions doubleront probablement pour passer à 80 millions de tonnes par année d’ici 2011. Cela rendra le respect de nos engagements en vertu du Protocole carrément impossible.
La majeure partie du pétrole extrait des sables bitumineux est envoyée aux États-Unis. Les Américains sont contents disposer d’une source d’énergie « sûre » sur le continent nord-américain, ce qui leur permet d’essayer de réduire leur dépendance envers le pétrole du Moyen-Orient. Nous n’avons pas réellement besoin de cette énergie, mais à cause de nos systèmes de transport inefficaces, nous en consommons certainement beaucoup! Le Canada aurait pu exploiter les sables bitumineux il y a longtemps, mais il a choisi de ne pas le faire parce que le prix du pétrole était bas et le coût de la production était élevé, ce qui n’aurait pas permis aux sociétés pétrolières de réaliser des gros profits. Ces dernières années, le prix du pétrole a grimpé et, avec l’évolution de la technologie, les compagnies peuvent exploiter les sables bitumineux à meilleur marché. Le gouvernement de l’Alberta offre aussi aux sociétés pétrolières des stimulants énormes qui les incitent à se lancer dans l’exploitation : de faibles taux de redevances qui signifient que les compagnies peuvent empocher la majeure partie des bénéfices, même si elles détruisent des terres qui appartiennent aux Albertains.