Les dangers du CANDU-6 en résumé

Page - 1 décembre, 2008

Informations de base

  • Énergie atomique du Canada limitée (EACL) a conçu le réacteur CANDU-6 au début des années 1970. Le CANDU-6 est le seul réacteur qui a été vendu par EACL.
  • Neuf CANDU-6 ont été vendus dans le monde : deux en Chine, un en Argentine, quatre en Corée du Sud et deux en Roumanie. Deux réacteurs ont été construits au Canada : un à Point Lepreau, au Nouveau-Brunswick, et un au site de Gentilly-2, à Québec.
  • Même si EACL fait actuellement la promotion de son prototype ACR (Advanced CANDU Reactor), le CANDU-6 occupe toujours une place centrale dans le plan d'affaires d'EACL, qui souhaite vendre des réacteurs CANDU à l'Argentine, à la Roumanie et à la Turquie, entre autres.
  • Les plus grandes opportunités d'affaire pour EACL se trouvent dans la réfection de réacteurs CANDU-6, comme celui de la centrale Gentilly-2, au Québec.
  • En 2006, l'Ontario a abandonné le projet de construire un réacteur CANDU-6 parce que sa conception ne correspond pas aux normes de sécurité modernes.
  • Le CANDU-6 comporte des risques hors du commun en ce qui a trait à la sécurité et à la prolifération de l'arme nucléaire. Le soutien du Canada à la mise en marché de ce réacteur archaïque d'EACL et à la réfection de centrales en exploitation devrait être remis en question.

Un défaut du design CANDU : la réactivité positive

  • Le premier accident nucléaire majeur du monde est survenu en 1952, lorsqu'un réacteur NRX d'EACL a subi une violente augmentation de puissance, causant une explosion d'hydrogène et la fusion d'assemblages combustibles.
  • Une des causes centrales de l'accident du NRX était la « réactivité positive », ce qui signifie la tendance qu'a la puissance du réacteur à augmenter, potentiellement jusqu'à une explosion (p. 19).
  • À la suite de l'accident du NRX, la plupart des organismes de réglementation et des vendeurs dans le monde ont décidé de bannir les réacteurs ayant une réactivité positive à cause des dangers inhérents à ce type de design. Toutefois, l'industrie nucléaire et les organismes de réglementation canadiens ont décidé de tolérer ce défaut de conception afin de ne pas nuire au design CANDU (p. 19-20).
  • La survie d'EACL dépend de la décision des organismes de réglementation canadiens de continuer ou non à accepter une réactivité positive. S'ils maintiennent cette décision, ils seront à contre-courant des autres organismes dans le monde (p. 29).
  • En 1972, EACL a construit un prototype de réacteur, Gentilly-1, près de Trois-Rivières, au Québec. L'amplitude de réactivité positive de Gentilly-1 était si grande que le réacteur ne pouvait pas fonctionner de manière stable. On se souciait du fait que les structures de confinement ne résisteraient pas à une augmentation violente de puissance causée par l'échec du système d'arrêt. La centrale Gentilly-1 a été fermée en 1977 (p. 20).
  • À la suite du fiasco de Gentilly-1, les organismes de réglementation nucléaire canadiens n'ont pas interdit la réactivité positive, et ce, en dépit du fait qu'il a été démontré qu'un réacteur CANDU courant pouvait subir une violente augmentation de puissance. À la place, on a demandé que tous les nouveaux réacteurs CANDU soient munis de deux systèmes d'arrêt d'urgence indépendants, ce qui, encore une fois, s'éloigne de l'approche adoptée par la plupart des autres organismes de réglementation.
  • La capacité des systèmes d'arrêt des CANDU à fonctionner en cas d'accident n'a pas été démontrée par des tests ou par expérience (p. 21). On peut difficilement se fier à l'efficacité estimée des systèmes d'arrêt des réacteurs CANDU en cas d'accident, car la modélisation implique des incertitudes significatives dans de telles situations (p. 23).
  • Les réacteurs CANDU et le RBMK de Tchernobyl ont tous une réactivité positive. Cela a été un facteur important dans la catastrophe survenue à Tchernobyl en 1986 (p. 38).
  • L'accident de Tchernobyl a poussé les organismes de réglementation canadiens à réévaluer leurs positions en ce qui a trait aux dangers causés par la réactivité positive des réacteurs CANDU. Le travail a été fait très lentement. Des études ont finalement démontré un degré élevé d'incertitude par rapport aux présupposés sur lesquels sont fondées les évaluations de la sécurité des réacteurs CANDU (p. 20).
  • En 2005, en prévision de la construction de nouveaux réacteurs, la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a proposé un nouveau cadre de réglementation pour l'autorisation d'exploitation de réacteurs. Celui-ci, basé sur des normes de sécurité internationales, favorisait les réacteurs ayant une réactivité négative (p. 29).
  • EACL s'est plaint du fait que l'application de normes internationales nuirait à la promotion du CANDU-6 à l'échelle internationale et aurait un effet négatif sur l'exploitation des réacteurs CANDU au Canada (p. 29).
  • Si les normes de sécurité internationales modernes étaient appliquées rigoureusement, un réacteur à réactivité positive tel que le CANDU-6 ne pourrait être construit (p. 29).
  • En 2008, EACL a été forcé d'abandonner le projet de construire deux petits réacteurs MAPLE à Chalk River parce que ceux-ci présentaient une réactivité positive incontrôlable (p. 7).
  • En 2001, EACL a commencé à promouvoir davantage le prototype ACR au Canada, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Contrairement au CANDU-6, l'ACR est conçu pour avoir une réactivité négative, ce qui correspond aux exigences actuelles pour l'exploitation (p. 7). Pour ce faire, l'ACR utilise de l'uranium faiblement enrichi au lieu de l'uranium naturel, et de l'eau légère comme réfrigérant.

La vulnérabilité du CANDU-6 par rapport au terrorisme

  • Le CANDU-6 a été conçu avant le 11-Septembre et n'est pas fait pour résister à une attaque terroriste.
  • En 2006, l'Ontario a abandonné le projet de construire un nouveau CANDU-6 à cause des modifications exigées pour se plier aux normes de sécurité post-11-Septembre (p. 9).
  • Alors que les exigences de robustesse pour résister à des attaques terroristes ne cessent d'augmenter depuis le 11-Septembre, il devient évident que le CANDU-6 ne pourrait se plier aux normes actuelles si celles-ci étaient rigoureusement appliquées (p. 36).

La prolifération des armes nucléaires et le CANDU-6

  • L'utilisation par le CANDU-6 d'uranium naturel le rend attrayant pour les pays qui souhaitent acquérir de la matière fissile (plutonium ou uranium naturel) afin de l'utiliser dans des armes nucléaires sans avoir besoin d'équipement d'enrichissement.
  • Le fait que le CANDU-6 se serve du rechargement de combustible en marche rend plus difficiles la détection et la prévention du détournement de combustible épuisé en vue d'une utilisation dans des armes atomiques (p. 24).
  • L'Inde a produit du plutonium, qui a servi dans des tests d'armes nucléaires en 1974, dans le réacteur CIRUS qui lui avait été fourni par le Canada et qui utilisait de l'uranium naturel (p. 23).
  • On soupçonne que le Pakistan a utilisé son réacteur canadien KANUPP pour produire du plutonium à des fins militaires (p. 23-24).
  • De trois à quatre kilogrammes de plutonium suffisent pour produire une bombe atomique (p. 13).
  • Les réacteurs canadiens auront produit 170 000 kilogrammes de plutonium d'ici à 2010 (p. 13).
  • EACL voudrait vendre d'autres réacteurs CANDU-6 à des pays comme la Turquie, l'Inde et la Jordanie. Ces pays sont susceptibles de vouloir les acquérir afin de détourner du combustible épuisé des réacteurs afin de produire des armes nucléaires.

La prolongation de l'exploitation d'un réacteur CANDU et la faiblesse d'un organisme de réglementation

  • La réfection et la prolongation de l'exploitation des réacteurs CANDU-6, par exemple celui de la centrale nucléaire québécoise Gentilly-2, sont peu viables économiquement et dépendent des contraintes de réglementation imposées et des modifications exigées par la CCSN (p. 33).
  • La CCSN a significativement abaissé ses nouveaux critères de sécurité, par rapport à la première proposition datant de 2005, en tenant compte des défauts de conception de réacteurs en exploitation au Canada (p. 28-29).
  • Le fait que la CCSN ait imposé les normes de sécurité internationales en 2006 dans le cas d'une pré-autorisation d'exploitation pour un CANDU-6 a créé des tensions entre la CCSN et le gouvernement fédéral, car cela a eu un impact négatif sur la capacité d'EACL de maintenir sa part de marché en Ontario (p. 9).
  • La présidente de la CCSN, Linda Keen, a par la suite été démise de ses fonctions par le gouvernement Harper étant donné la manière dont elle a géré la soi-disant crise des radio-isotopes.
  • Hydro-Québec a décidé d'aller de l'avant avec la réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2 avant même d'avoir mené les études de sécurité exigées par la CCSN. Le coût estimé de la réfection de la centrale est donc exposé à un « risque lié à la réglementation » significatif si la CCSN en vient à appliquer sévèrement les exigences de réglementation actuelles (p. 32).
  • L'approche de la CCSN par rapport à la prolongation de l'exploitation de Gentilly-2 a été improvisée et a reposé sur des négociations secrètes avec les exploitants de réacteurs portant sur la rigueur avec laquelle les normes modernes devraient être imposées (p. 32-34). Dans un tel contexte, la CCSN semble être plus apte à défendre les intérêts économiques des exploitants de centrales nucléaires qu'à appliquer rigoureusement les normes de sécurité.

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