Si la Commission européenne reconnaît l'urgence de la lutte
contre les changements climatiques, la nécessité de réduire notre
dépendance aux énergies fossiles et de relancer la compétitivité
des entreprises, elle semble cependant incapable de s'inscrire dans
une autre dynamique que celle de notre modèle énergétique actuel,
tout en admettant que ce modèle est onéreux et non durable.
« Ce qui nous inquiète particulièrement, c'est l'attitude
adoptée par la Commission européenne en matière d'énergies
renouvelables, pour lesquelles elle envisage une révision des
mesures existantes et ce, au détriment des investissements dans ce
secteur prometteur, commente Fawaz Al Bitar de la campagne
Climat/Energie de Greenpeace. La 'Renewable Energy Roadmap' propose
d'imposer un objectif global pour les renouvelables applicable
indifféremment aux secteurs de l'électricité, des transports et à
celui du chauffage et de la réfrigération. Il s'agit d'une rupture
avec l'option d'objectifs par secteur qui a pourtant démontré toute
son efficacité. »
La Commission tente par ailleurs d'accorder un ballon d'oxygène
au charbon (la technologie la plus polluante et la moins efficace)
en misant sur des techniques de capture et de stockage du carbone
(CCS) applicables à la production d'électricité mais qui n'ont pas
encore fait leurs preuves. Ces techniques ne seront pas testées
correctement avant une dizaine d'années et dans l'hypothèse où leur
efficacité serait démontrée, il faudrait encore dix ans avant de
généraliser leur application.
« La Commission ignore les coûts financiers liés à la capture et
au stockage du carbone, les risques d'échec, notamment suite à des
fuites. En envisageant ces possibilités, elle détourne l'attention
des investisseurs d'options propres comme les renouvelables et
l'efficacité énergétique. Ces options nous garantissent par
ailleurs une plus grande indépendance énergétique. »
L'emballage de l'Energy Package a le mérite d'accentuer la
nécessité pour les pays développés de réduire leurs émissions de
gaz à effet de serre de 30% à l'horizon 2020. Cependant, il est
loin d'être établi que la Commission recommande cet objectif pour
la réduction de ses propres émissions. Cela fait maintenant une
décennie que l'Union européenne préconise de maintenir
l'augmentation de la température planétaire sous les 2 degrés
Celsius. Pour y arriver, c'est précisément de 30% qu'il faudrait
réduire nos émissions de gaz à effet de serre (d'ici 2020).
Certains états membres ont d'ores et déjà suggéré l'adoption de cet
objectif. Il s'agit de l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Italie,
la France et la Suède.
« Si l'on en croit la rumeur, la Commission recommanderait la
réduction d'à peine 20% de nos gaz à effet de serre d'ici à 2020.
Si cela devait être confirmé, l'Europe commettrait une erreur
scientifique et politique. L'Union européenne indiquerait ainsi
qu'elle n'est pas prête à prendre les mesures qui s'imposent pour
lutter efficacement contre les changements climatiques et leurs
impacts dévastateurs, poursuit Mahi Sideridou, de la cellule
européenne de Greenpeace. L'Union perdrait son temps en futilités
sans voir qu'il y a le feu au lac planétaire… »
En matière de nucléaire, la Commission européenne propose de
nouvelles négociations liées aux questions de sécurité et réitère
sa position selon laquelle le nucléaire -sujet à bien des
controverses - doit être envisagé au niveau des états membres. Pour
Greenpeace, le nucléaire reste une ressource énergétique polluante,
dangereuse et onéreuse et il n'y a pas d'autre issue que
d'envisager rapidement son phase out.
Katharine Mill, responsable presse, Greenpeace bureau européen, +32 (0)2 274 1903 / +32 (0)496 156 229