Sous l'impulsion de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International, un nouveau Code forestier a été adopté au Cameroun en 1994. Plus de dix ans après cette réforme, la plus grande partie de la forêt dite « productive » est vouée à l'exploitation industrielle du bois, mais la contribution de ce secteur à la réduction de la pauvreté reste négligeable. Dans les zones d'exploitation, la pauvreté demeure très élevée et les infrastructures de base (routes, écoles, installations sanitaires,...) se trouvent souvent dans un état pitoyable.
Malgré les garde-fous mis en place, le manque de transparence, la corruption et l'impunité continuent à caractériser le secteur du bois camerounais. En réalité, ce qu'on appelle « aménagement forestier » s'apparente au Cameroun à une forme de destruction légalisée.
De plus, de nombreuses concessions ont été attribuées de manière illégale et bon nombre d'entreprises exploitent la forêt sans disposer d'un plan approuvé par les autorités.
L'abattage industriel n'a pas rempli ses promesses au Cameroun. D'urgence, ce modèle de développement destructeur doit faire place à des activités durables, permettant de créer des revenus pour l'État tout en bénéficiant aux communautés locales.
Témoignages
Anatole Dobo – chef forestier à Libongo
« Avant, il n’y avait pas de route ici. Maintenant, les routes ouvrent
la porte au braconnage parce qu’il y a un marché commercial pour la
viande de brousse. Deux routes forestières mènent à Libongo. Nous
faisons notre travail mais le poste forestier de MBoy, au nord, n’est
pas bien équipé, c’est une véritable passoire et un village de
braconniers. Nous avons un problème de manque de personnel et pas de
réunion de coordination. Éliminer le braconnage est impossible. ».
Anatole Dobo – chef forestier à Libongo
4 décembre 2006
Chef Baka Théodore Ndjubé
« Il y a six ans, il pleuvait très fort et on nous a chassé en
pleine nuit de notre campement. Depuis, nous habitons ici (hors des
limites du village) dans la misère. Seules deux ou trois personnes
travaillent à Libongo pour faire le ménage et reviennent dormir le
soir ».
Chef Baka Théodore Ndjubé
4 décembre 2006 - Libongo
Chefferie de Kika
« Après 30 ans d’exploitation forestière que reste-t-il à Kika ?
Rien. Nous n’avons pas d’électricité, un puit de surface pour l’eau
alors que nous avons besoin d’un forage pour régler nos problèmes
d’approvisionnement en eau. Nos maisons se dégradent. Nous n’avons pas
les moyens d’acheter les tôles pour les toits. Nos filles se sont
prostituées et ont apporté la maladie. Nos fils ont quitté le village
pour gagner leur vie. L’alcoolisme est devenu un problème. Nous
n’avons pas de retraite et pas de pension. L’économie du village a
chuté ».
Chefferie de Kika
6 décembre 2006
Yeye Sadrak, Baka
« Si on va en forêt, on te tape. La forêt est fermée pour nous.
Dans la forêt, il y a beaucoup de nourritures gratuites – les ignames
(tubercules sauvages riches en amidon), le miel, le porc-épic, le
hérisson, le lièvre. Maintenant, on souffre ! »
Yeye Sadrak, Baka
9 décembre 2006 - Mambalé
André Nomo, directeur
École publique d’Otele-Mawa
« C’est la commune qui recrute les enseignants et je n’ai rien à
dire. On m’a donné deux aide-enseignants avec un diplôme d’études
primaires pour enseigner aux élèves du primaire. Je suis le seul à
avoir une formation. Ici nous avons 121 élèves dont 30 Baka. Le
bâtiment en ciment, qui date de 1985, est une construction de l’État.
Quand il pleut, on le libère parce qu’il suinte ».
André Nomo, directeur
École publique d’Otele-Mawa
10 décembre 2006 – Commune de Salapombé
Hélène Aye Mondo, Fondatrice du CADDAP
« Jusqu’à maintenant le Baka a su garder sa culture et fait la
différence entre sa culture et le développement mais il est en train
de perdre sa forêt ».
Hélène Aye Mondo
Fondatrice du CADDAP
Centre d’action pour le développement durable des autochtones pygmées
12 décembre 2006