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Nous savons, et c'est d'ailleurs largement explicité dans le guide ("Changements climatiques : équité et solidarité internationale", fruit de la réflexion et du travail de 14 ONG et associations écologistes, humanitaires, de développement, de solidarité internationale et anti-globalisation.) présenté lors de ce séminaire, que les populations les plus pauvres, notamment des pays en développement, sont aussi les plus vulnérables aux changements climatiques.
Mais ce sont aussi celles qui n'ont pas accès, ou dans de mauvaises conditions, aux services énergétiques indispensables à l'amélioration de leurs conditions de vie.
Les moyens à mettre en oeuvre sont connus et même officiellement inscrits dans nombre de textes :
- Sobriété et efficacité énergétique afin de découpler développement et consommation d'énergie.
- Développement des énergies renouvelables, propres et durables pour satisfaire les besoins.
La mise en oeuvre de cette politique énergétique soutenable est urgente, au Nord comme au Sud même si les pays partent de situations très diverses. Les pays industrialisés qui portent la responsabilité historique de l'accroissement des émissions de gaz à effet de serre doivent diviser par 4 leurs émissions d'ici 2050 et donc s'engager dans une profonde décarbonisation de leurs économies.
Les pays en développement ont bien entendu des situations très variées, mais ils font face à des enjeux combinés :
- Fournir l'accès aux services énergétiques aux personnes les plus défavorisées.
- Ne as "carboniser" leurs économies trop vite, malgré de très fortes croissances économiques pour certains d'entre eux.
Les décisions structurantes pour les consommations d'énergie et les émissions futures se prennent dès aujourd'hui. Quand un pays décide de ses infrastructures de transport ou d'un programme d'électrification rurale, quand une ville s'attelle à son plan d'urbanisme ou décide de l'implantation d'un quartier d'affaire etc... ils font de l'effet de serre sans le savoir.
Il est donc impératif que les choix d'aujourd'hui aillent dans le bon sens pour éviter la généralisation du modèle de développement prédateur du Nord.
Pour que s'effectuent aujourd'hui les bons choix il faut plusieurs ingrédients :
- De l'échange de compétences entre Nord et Sud, Est et Ouest...
- Des transferts de technologies "propres"
- Du financement.
- Un cadre institutionnel favorable.
Compétences et savoir-faire
Aujourd'hui, on sait assez bien ce qu'il faut faire et comment. Les expériences de politiques nationales ou locales se multiplient, la société civile internationale, les experts ou associations de terrain communiquent de mieux en mieux. Beaucoup de choses sont encore à développer mais la connaissance existe et se diffuse, souvent de manière informelle, hors des circuits institutionnels ce que l'on peut bien entendu regretter.
Transferts de technologies
Que ce soit en matière d'efficacité énergétique ou d'énergies renouvelables, nous disposons aujourd'hui de solutions et de technologies accessibles et opérationnelles. La recherche continue et continuera, bien entendu ; à fournir des réponses de plus en plus intelligentes mais les meilleurs technologies actuelles, si elles étaient mises en place à grande échelle permettrait déjà de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre.
Le développement sur la base de technologies efficaces et propres est nécessaire et possible aujourd'hui.
Financement
La question du financement est, bien entendu, cruciale. Les technologies efficaces et propres sont souvent perçues comme beaucoup plus chères et donc inaccessibles aux pays en développement. On considère aussi généralement que la maîtrise de l'énergie et la recherche de la plus grande efficacité énergétique sont des préoccupations exclusives des pays riches et ne sauraient être financées en priorité.
Il est vrai, que certaines technologies, notamment de production d'énergies renouvelables affichent un coût plus élevé que les technologies traditionnelles, mais on oublie de préciser que ce différentiel peut se réduire voire s‘inverser selon les usages, par exemple l'électrification rurale avec des systèmes solaires photovoltaïques coûte généralement beaucoup moins cher que l'extension d'un réseau électrique ou le recours aux groupes électrogènes.
On oublie surtout de préciser, que les énergies traditionnelles ont bénéficié et continuent à bénéficier de subventions considérables, évaluées à plus de 250 milliards de dollars par an.
Par ailleurs, les investissements annuels dans le secteur de l'énergie se situent dans une fourchette allant de 350 à 500 milliards d'euros par an.
On peut conclure sur ce point que des flux financiers considérables et certainement suffisants existent mais qu'ils sont aujourd'hui particulièrement mal employés. En effet, institutions financières internationales et pays exportateurs de technologie conjuguent leurs efforts pour arroser les pays en développement de technologies sales et obsolètes. A titre d'exemple, la Banque Mondiale n'accordait dans les années 90 que 7% de ses prêts énergétiques à l'efficacité énergétique et aux nouvelles énergies renouvelables. Ce type de ratio se vérifie avec les Agences de Crédit Export (en France, la Coface) etc...
Le saupoudrage de programmes "propres" de transfert de technologies ne doit pas cacher cette triviale réalité.
En ce qui concerne la maîtrise de l'énergie, il est important de tordre le cou à l'idée reçue selon laquelle ce serait une préoccupation de pays riches aux ressources abondantes et donc plus enclins au gaspillage que des pays aux contraintes financières élevées.
En effet, il est encore plus primordial pour un pays ou un ménage aux ressources financières limitées de bien choisir ses investissements. La sobriété et l'efficacité énergétiques sont les solutions certainement les plus pertinentes pour limiter les dépenses énergétiques et justement libérer du financement pour le reste des besoins ! Les infrastructures énergétiques sont excessivement gourmandes en capital. Construire des centrales, des terminaux pétroliers ou gaziers, des réseaux de transports etc... est excessivement coûteux donc il est plus intelligent d'en faire le moins possible, et donc de faire de la maîtrise de l'énergie. A une échelle plus restreinte mais tout aussi pertinente, il vous faudra moins de panneaux solaires ou des groupes électrogènes moins puissants si une programme d'électrification rurale adopte des équipements efficaces. Les exemples abondent.
Une économie sobre en énergie est aussi bien moins dépendante.
Un cadre institutionnel favorable
Les Institutions Financières Internationales ne savent pas aujourd'hui traiter convenablement les projets diffus proposés par des acteurs modestes et préfèrent les grands travaux proposés par les multinationales dominantes. Ceci doit changer.
Les grandes agences internationales comme l'AIE commencent à comprendre mais ne sont pas encore vraiment compétentes.
Les Gouvernements du Nord font preuve d'une hypocrisie totale en favorisant les exportations de technologies dont ils ne voudraient plus chez eux, comme les centrales au charbon d'Alstom.
Une issue ?
La pression de la société civile commence à porter ses fruits. La première conférence internationale de niveau ministériel dédiée aux énergies renouvelables aura lieu à Bonn en juin prochain. Des pays en développement, sous la pression de leurs populations, commencent à privilégier les politiques énergétiques soutenables.
Un cas exemplaire : une centrale charbon sur l'île de Négros, pour qui, pour quoi ?
La compagnie CNPC (Central Negros Power Corporation) tente depuis 1997 de construire une centrale au charbon sur l'île de Négros aux Philippines, pour profiter des contrats avantageux offerts aux producteurs indépendants d'électricité. L'entreprise Alstom soutien ce projet car elle en fournirait les équipements. La compagnie détenait par ailleurs 30% du capital de CNPC en 1997.
Le projet actionnariat de la CNPC en 1997
Odgen energy 60% (retrait en février 2001 et faillite en avril 2002)
ABB Alstom Power 30% (retrait d'ABB en 2001, rôle d'Alstom power incertain)
Edison Global Inc. 10%
Puissance : 50MW soit 1,3 % de la capacité totale installée aux Philippines.
Production d'électricité prévue : 0,39 TWh par an (conso aux Philippines est de 35,19 TWh par an).
Consommation annuelle de charbon : 200 000 tonnes.
Emissions de CO2 : 9,9 millions de tonnes de carbone sur 25 ans.
Soit 396 000 tCO2/an soit l'équivalent des émissions annuelles de 445 000 philippins ou 45 500 français.
Une centrale inutile
Le potentiel en énergies renouvelables de la province de Négros est particulièrement important. Le gisement éolien est de 1987 MW et la valorisation de la biomasse pourrait représenter 118MW. La plus forte demande ne dépasse jamais les 113MW.
Ce potentiel n'est pas que théorique, des entreprises allemandes et danoises sont en train de monter un projet de ferme éolienne d'une capacité de 40MW. Une compagnie britannique est aussi sur le point de signer un contrat pour la construction d'une unité de valorisation de la biomasse de 54MW. Un autre projet biomasse de 23MW se profile aussi à l'horizon. La capacité de production d'électricité d'origine renouvelable pourrait donc atteindre 117MW d'ici quelques années. Alstom aurait pu avoir certains de ces contrats.
Une centrale controversée
La CNPC a déjà proposé son projet aux villes de Silay en 1997 et Bago en 1998. Les conseils municipaux de ces deux villes ont rejeté la proposition. Sur les huit localités concernées, six adoptent chaque année des résolutions contre sa construction. Plusieurs rassemblement de plus de 20 000 personnes ont eu lieu depuis 1997. L'église catholique demande au public de rejeter la centrale.
Les ministères de l'environnement et de l'industrie ont annulé les permis de la CNPC car ils avaient été obtenus de façon irrégulière.
Une victoire
Le 6 août 2002, après 5 ans de lutte des populations relayées par une ONG internationale, le Gouvernement de la Province annonce l'abandon définitif du projet et se déclare en faveur d'une politique énergétique 100% renouvelable.
Comme à Négros, la conjonction d'une lutte locale et d'une mobilisation internationale peuvent déboucher sur un avenir 100% renouvelable !
Dossier : Changements climatiques : équité et solidarité internationale