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La "nouveauté" depuis le Sommet de la Terre à Rio en 1992 est qu'on a pris conscience de la double contrainte avec laquelle l'humanité doit composer pour survivre : d'une part, le caractère limité des ressources disponibles sur la planète ; d'autre part, la nécessité de stopper les rejets de polluants dans l'atmosphère ou dans les eaux et de l'accumulation de déchets dont on ne peut gérer le devenir à long terme.
Nier cette double contrainte nous conduit à perturber de manière irréversible les grands équilibres géophysiques et écologiques de la planète. L'humanité est donc coincée entre ce qu'elle ne peut plus prélever et ce qu'elle ne doit plus rejeter dans le milieu qui l'a hébergée et nourrie jusqu'à maintenant !
Dans l'histoire industrielle moderne, la production de biens et de services destinés à améliorer le quotidien des humains a vite été supplantée par un autre concept : la création de richesses par et pour ceux qui avaient la possibilité de contrôler les moyens de production. Du contrôle des moyens de production, au contrôle des capitaux nécessaires au développement de la production, il n'y avait qu'un pas que le capitalisme moderne a aisément franchi. Les puissances financières, les actionnaires grands et petits n'ont aujourd'hui d'autre attente qu'un retour rapide sur leur investissement. De fait, ils sont fort peu préoccupés des conséquences à long terme des activités générées par la mobilisation de leur capital. Déforestation, effet de serre, appauvrissement des océans, pollution des nappes phréatiques ne sont alors que des préoccupations d'écologistes qu'on dit ringards ou, pire, des contraintes technologiques handicapant la rentabilité de l'entreprise. Par essence, le productivisme est donc prédateur, bien plus que gestionnaire. Il faut aller vite pour accumuler beaucoup. A l'inverse, la reconstitution des ressources naturelles, la restauration d'un milieu exploité pendant une certaine période ou le retour à l'équilibre d'un écosystème perturbé par une pollution industrielle nécessitent du temps, beaucoup de temps !
Cette frénésie d'accumulation entretient, autant qu'elle s'en nourrit, une série de mythes : la consommation à tous crins qui serait la source du bonheur, le progrès technique et scientifique qu'on ne peut arrêter et qui par nature est générateur de bien-être, l'idée que la production de richesses pour quelques-uns servira un jour tous les autres y compris les plus pauvres...
L'observation "froide" de la marche du monde apporte la preuve de l'ineptie de ces considérations :
- 800 millions de personnes dans le monde souffrent de sous-nutrition ou de malnutrition.
- 30.000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque jour de maladies pour lesquelles existe un traitement ou une solution.
- Un quart de la population mondiale vit avec moins de 1 dollar US par jour et même si la tendance constatée depuis une décennie se confirme, il faudra un demi siècle pour réduire cette "extrême pauvreté".
- La poursuite "sans changement" des activités humaines émettrices de gaz à effet de serre conduira à une augmentation de 2 à 4°C de la température moyenne de la planète dans un siècle.
- Il ne reste sur la planète que 20% des forêts primaires existantes avant le début de l'ère industrielle et le rythme de dégradation de ces écosystèmes laisse penser qu'ils pourraient disparaître en moins d'un siècle.
- Les ressources halieutiques s'épuisent dangereusement parce que les niveaux de prélèvement dépassent largement les capacités de reconstitution de ces ressources.
Au-delà des signes alarmants attestant la dégradation des conditions de vie sur la planète le fait le plus marquant des dernières décennies est probablement l'aggravation des inégalités entre les plus nantis et les plus démunis :
- Un citoyen américain émet 20 fois plus de gaz à effet de serre qu'un ressortissant Indien.
- Un européen consomme 20 fois plus d'eau qu'un Ghanéen.
- La production de déchets ménagers et industriels est concentrée dans les pays riches.
- En 1998, les 29 pays de l'OCDE ont consacré 520 milliards de dollars à la recherche et au développement, soit plus que la production économique totale des trente pays les plus pauvres de la planète.
- 2 milliards d'habitants n'ont toujours pas l'électricité.
- Il y a plus d'une ligne téléphonique pour deux habitants dans la zone OCDE, quand on recense une ligne pour 200 habitants dans les pays les moins avancés. Ainsi 79% des internautes vivent dans cette zone OCDE qui ne regroupe que 14% de la population mondiale.
- L'aide au développement plafonne à 56 milliards de dollars en 1999, quand le service de la dette des pays en développement (destinataire de cette aide) atteint 78 milliards de dollars en 2000.
Dont acte !
Remarque : la plupart de ces chiffres émanent du rapport 2001 du PNUD qui n'est pas à proprement parler un organisme subversif...