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Evacuation of Rongelap Islanders to Mejato by crew of the Rainbow 
Warrior. Rongelap was contaminated with radioactive fall out from 
American nuclear tests in the Pacific.

Evacuation of Rongelap Islanders to Mejato by crew of the Rainbow Warrior. Rongelap was contaminated with radioactive fall out from American nuclear tests in the Pacific.

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Opération Exode : MISSION HUMANITAIRE DU RAINBOW WARRIOR A RONGELAP

L'histoire de l'île de Rongelap est un bel exemple du mépris des autorités militaires pour les populations locales et l'environnement. En 1954, sur l'île de Bikini, une bombe de 15 mégatonnes, soit 1000 fois la puissance de la bombe lâchée sur Hiroshima, explose. Son nom de code, "Bravo".

Les populations des îles avoisinantes, dont l'île de Rongelap, positionnée directement sous les retombées, ne sont ni averties, ni évacuées avant l'essai. Des enfants jouent dehors alors qu'une fine poussière radioactive, telle de la neige, tombe du ciel. Certains souffrent très rapidement d'éruptions cutanées et de chute de cheveux. Ce n'est que trois jours après l'explosion que la Marine évacue les populations, puis les autorise trois ans plus tard à revenir, avec la promesse que le site n'est plus pollué. Mais pendant les décennies suivantes, des taux élevés de cancers de la thyroïde, de leucémies et de fausses-couches sont détectés; tandis que des nouveau-nés souffrent de retard de croissance, d'autres présentent diverses malformations. En 1985, conscients que leur île a été durablement contaminée et sacrifiée, les 308 habitants demandent à Greenpeace de les acheminer, avec leurs biens, à 195 kilomètres de là jusqu'à l'île inhabitée de Mejato, plus petite mais moins sujette à l'empoisonnement. Ce sera la dernière mission du Rainbow Warrior avant de rejoindre Auckland. Les photos prises par Fernando Pereira font le tour du monde. Ce n'est qu'en 1988, après des années d'obstruction de la part des militaires américains, qu'une enquête indépendante a pu être ouverte sur les effets de ces tests dans les îles Marshall.

Entre 1946 et 1958, l'armée américaine procède à 66 essais nucléaires dans les îles Marshall, en Micronésie. Au total, jusqu'en 1962, elle effectue 232 explosions atmosphériques dans la zone Pacifique.

Peter Willcox, capitaine du Rainbow Warrior en 85.
"L'évacuation des populations de Rongelap était une action extrêmement concrète et  déterminante pour la survie de tous les habitants. Nous l'avons menée à un rythme d'enfer durant les 5 ou 6 jours de l'opération. C'était une campagne passionnante et exaltante, l'une des expériences les plus fascinantes que j'ai jamais vécues, ça ne fait aucun doute. Nous étions vraiment en train d'accomplir quelque chose d'utile."

Tony de Brum vivait aux îles Marshall pendant les 12 années où l'armée américaine y a mené ses essais nucléaires. C'est un défenseur inlassable des intérêts de son peuple.
"Au milieu des années 90, des documents déclassifiés par l'administration américaine ont montré toute l'horreur de cette période (...) Plus grave, les conclusions de leurs études montrent que selon eux il n'y a pas de lien entre ces tirs et les maladies dont nous sommes victimes (le taux de cancers aux îles Marshall est actuellement deux fois supérieur à la moyenne mondiale). Outre cet aspect sanitaire, il ne faut pas oublier non plus que 48 ans après la fin des essais, les habitants de l'atoll de Rongelap (l'atoll le plus proche de la zone de tir lors de l'opération Bravo) n'ont toujours pas pu revenir sur leurs terres ancestrales. Ces populations sont donc non seulement malades mais également en exil et déracinées. Lorsque nous parlons de l'importance de la non-prolifération des armes au niveau mondial, nous devons également inclure les aspects sanitaires et médicaux ainsi que les destructions sociales et culturelles (notamment les évacuations forcées) dont sont victimes les communautés indigènes qui paient un prix démesuré pour le développement, les tirs et le stockage des ces armes. Voilà pourquoi un nombre relativement réduit de décideurs mondiaux n'a pas le droit de détruire les modes de vies et habitats de communautés entières, quelle que soit leur taille, en prétextant qu'ils contribuent à la "sécurité globale". Les communautés indigènes ont le droit de vivre de manière saine et sereine et je refuse qu'une personne décide de mettre en jeu ma sécurité pour assurer la sienne."
Extraits de son discours prononcé le 11 mai 2005 lors de la conférence pour la révision du Traité de Non Prolifération.

Oscar Temaru, aujourd'hui président de la Polynésie française, a débuté son combat contre les essais nucléaires français en 1976. Il croise le chemin de Greenpeace pour la première fois à l'occasion d'une tournée de sensibilisation dans le Pacifique, et se bat aux côtés de l'organisation pour dénoncer les essais nucléaires dans le monde à plusieurs occasions. En 1995, il participe aux manifestations à bord du Rainbow Warrior II à Mururoa.
"La Polynésie a toujours critiqué les essais nucléaires français et ses dangers pour les hommes et l'environnement. En 1975, une grève gigantesque et un embargo des travailleurs en Australie et en Nouvelle-Zélande ont poussé la France à stopper les essais dans l'atmosphère pour les transférer sous terre. En 85,  lorsque le Rainbow Warrior a été coulé, j'étais maire de Fa'aa.. Je n'ai malheureusement pas été surpris car je connaissais la mentalité et l'arrogance du gouvernement français. En 1995, lorsque Jacques Chirac a décidé la reprise des essais à Moruroa et Fangataufa, des émeutes ont éclaté à l'aéroport. Le combat continue aujourd'hui car nous demandons à l'armée française qui contrôle ces deux atolls de nettoyer et réparer les dégâts occasionnés par les tirs."

Les cobayes du nucléaire

Les civils...
"A la lumière des documents d’époque récemment déclassifiés, nous ne pouvons ignorer le fait que les habitants de ces îles aient pu être utilisés par l’armée comme des cobayes permettant de mesurer l’impact des radiations." George Miller, sénateur démocrate, 1994.
A la suite des essais nucléaires atmosphériques dans le Pacifique, les Etats-Unis mettent en place un programme de surveillance médicale et environnementale des Iles Marshall et de leurs habitants. George Miller, sénateur démocrate, en est le responsable. Officiellement, les objectifs du programme sont de "répondre aux besoins médicaux des insulaires les plus touchés par les essais", de "contribuer au bien-être des insulaires par des stratégies scientifiques de réhabilitation des sites" et de "comprendre l'étendue des conséquences à long terme de l'exposition aux radiations ionisantes".

Mais, dans une lettre qu’il adresse au Président Clinton, George Miller met en lumière le fait que les habitants de ces îles aient pu servir de cobayes afin d’étudier l’impact des radiations. En juillet de la même année 1994, il écrit à la direction de l’Advisory Committee on Human Radiation Experiments (AEC) qu’il n’y a "aucun doute sur le fait que l’AEC ait planifié le retour des habitants dans leurs îles encore contaminées afin de mener des études sur leurs réactions physiologiques".

Les militaires...
Le 9 juin 2001, l'Association des Vétérans des Essais Nucléaires Français et leurs familles (AVEN) voit le jour. Ses objectifs : recenser les personnels civils et militaires ayant travaillé aux Centres d'Expérimentation du Sahara et du Pacifique, accéder à leurs dossiers médicaux militaires en levant le secret défense et créer une commission de suivi des essais nucléaires. Première victoire le 7 juin 2005 lorsque le tribunal de Tours accorde une pension à vie à l'ex-caporal chef André Mézières atteint d'une polymyosite suite à sa participation entre février 1962 et mars 1964 aux tirs nucléaires dans le Sahara. Seconde victoire le 13 juin 2005 : Michel Cariou, ex-officier, obtient gain de cause devant le tribunal des pensions militaires de Brest qui décide de lui allouer une pension d'invalidité. En poste à Moruroa entre 1966 et 1972, il a contracté un cancer de la thyroïde après avoir participé à 31 tirs nucléaires. 200 plaintes sont en cours d'examen actuellement alors que plus de 150 000 militaires ont participé aux campagnes nucléaires en Algérie et en Polynésie.

Même scénario en Polynésie avec l'association Moruroa e tatou, créée le 4 juillet 2001. Elle compte à ce jour plus de 1000 membres, tous des anciens travailleurs de Moruroa et Fangataufa. Nombre d’entre eux sont décédés prématurément et plus nombreux encore sont ceux qui subissent de graves problèmes de santé, cancers et autres maladies. Moruroa e tatou veut aussi alerter les responsables sur les risques sanitaires auxquels ont été exposés les populations de Polynésie et plus particulièrement celles des îles et atolls habités proches des anciens sites d'essais. A partir du 2 juillet 1966, la France a procédé à 46 essais atmosphériques dans le ciel polynésien et à 147 tirs souterrains dans le "ventre" des atolls de Moruroa et Fangataufa.