Entretien avec Marelle Pereira fille du photographe Fernando Pereira assassiné par les services secrets français.
Née en 1977, elle vit aux Pays-Bas.
"Je me souviens de ce jour où nous
avons accompagné mon père à l'aéroport avec ma mère et mon frère. Papa
m'avait demandé de prendre bien soin de maman et m'avait promis qu'il
reviendrait très vite à la maison. Jamais je n'aurais pu imaginer que
c'était la dernière fois que le voyais. Il a disparu derrière les
grandes portes de la salle d'embarquement Je me souviens que plus tard,
alors que nous nous promenions dans les bois, nous faisions signe, mon
frère et moi, à tous les avions qui passaient au-dessus de nos têtes,
au cas où mon père serait dans l'un d'eux."
Quel sentiment éprouvez-vous à l'égard des agents responsables de la mort de votre père ?
Dominique Prieur a écrit un livre dans lequel elle explique qu'elle
n'était pas d'accord avec la mission à laquelle elle a participé. Si
elle n'était pas d'accord, elle aurait pu refuser. Mon père a fui son
pays d'origine, le Portugal pour ne pas avoir à se battre en Angola. Il
était contre cette guerre, il s'est révolté et a décidé de ne pas y
participer.
Mitterrand a promis, en 1985, que
justice serait faite jusqu'au plus haut niveau. Que pensez-vous de
cette promesse aujourd'hui ?
Nombre d'agents secrets s'en sont sortis sans être inquiétés. Dominique
Prieur et Alain Mafart ont été jugé et condamné à 10 ans de prison mais
au bout de 3 ans, ils étaient relâchés. Lors de leur retour en France,
ils ont été traités en héros. Ils ont même été décorés. Pour notre
famille, cela reste incompréhensible. Des gens ont été récompensés pour
avoir tué quelqu'un qui militait pour la protection de notre
environnement.
20 ans après, toujours pas d'excuses
La famille de Fernando Pereira a reçu de la part du gouvernement
français une indemnisation dont le montant, de part et d'autre, est
tenu secret. Mais 20 ans après la mort de Fernando Pereira, sa famille
attend toujours des excuses de la part de la France.
"Nous
n'avons jamais reçu d'excuses que ce soit par écrit ou de vive voix.
Nous attendons toujours. Cela nous aurait aidé... même si nous ne
pardonnerons jamais." - Marelle Pereira, fille de Fernando Pereira.
Le 7 novembre 85, soit 4 mois après l'attentat, Paul Quilés, ministre
de la défense envoie une lettre à la famille de Fernando Pereira.
A aucun moment il s'excuse au nom de la France, il émet juste un regret
:
"Le
gouvernement français regrette vivement cette conséquence déplorable
d'un acte qu'il condamne. J'ai donné instruction à l'avocat, chargé de
cette affaire, d'entrer immédiatement en rapport avec les proches de M.
Pereira afin que toutes les mesures soient prises pour leur venir en
aide. Ces dispositions témoignent du souci du président de la
république et du gouvernement que sa famille reçoive, dans la mesure du
possible, une juste et équitable réparation."
Depuis, la famille Pereira n'a plus jamais eu le moindre échange avec l'état français.