Pour sa première mission, le 28 avril 1978, le fameux navire met le cap vers la Mer du Nord. L'Islande, l'URSS et le Japon font obstruction à la mise en place d'un moratoire mondial sur la chasse à la baleine. Début juin, le navire amiral de Greenpeace se lance à la poursuite d'un premier baleinier. Il s'interpose six heures durant, secoué par des vagues de trois mètres de hauteur, entre un banc de baleines et les harpons du "Hvalur 7". L'opération dure un mois. L'année suivante, Greenpeace réitère son expédition, avec un scénario identique. Mais cette fois, la Marine islandaise réplique en envoyant deux canonnières qui neutralisent le bateau et son équipage. Deux mois plus tard, alors que les militants reviennent à la charge, le "Rainbow Warrior" est de nouveau arrêté malgré sa position dans les eaux internationales. Les canots pneumatiques sont confisqués et rendus uniquement après intervention du Ministère britannique des Affaires étrangères. Les médias s'emparent de l'affaire et le débat devient public.
Dans le courant de l'été de cette même année, Greenpeace envoie le
"Rainbow" à la recherche des baleiniers opérant le long de la côte
ouest de l'Espagne. Une compagnie espagnole tue des espèces menacées
pour les vendre au Japon. Greenpeace empêche des chasseurs d'opérer
lorsque deux corvettes de la Marine arrivent pour mettre fin à son
action. On intime l'ordre au navire de Greenpeace de rester au port ;
mais la nuit venue, le "Rainbow Warrior" en profite pour s'échapper et
rejoindre le Portugal.
Lorsqu'en juin 1980 les pneumatiques du célèbre navire empêchent
l'"Isba III" de quitter Vigo pour aller chasser, la Marine espagnole
lance deux de ses navires de guerre à l'assaut du "Rainbow". Le
vaisseau principal de Greenpeace est alors placé sous mandat d'arrêt,
transféré à la base navale d'El Ferrol et sa cabine radio est scellée.
Immobilisé pendant cinq longs mois, une pièce essentielle à son bon
fonctionnement ayant été subtilisée par les forces de l'ordre,
l'équipage organise à son bord des conférences illustrées de diapos,
profitant de l'occasion pour tenter de rallier des partisans à leur
cause. Finalement, à force de ruse et de volonté, la pièce vitale du
bateau est secrêtement réinstallée. Dans la nuit du 8 novembre, le
"Rainbow" quitte le port en catimini, échappe aux les forces de l'ordre
et finit par atteindre Jersey.
1978, un zodiac du Rainbow Warrior poursuit un baleinier Islandais.
Lors de sa première expédition dans le Pacifique, en 1982, le "Rainbow
Warrior" arrive à point nommé pour faire pression sur le gouvernement
péruvien: la Commission Baleinière Internationale vient, en effet, de
voter en juin l'arrêt de la chasse commerciale à la baleine dans les
trois ans, mais l'Union Soviétique, le Japon, la Norvège et le Pérou
rejettent ledit moratoire. Des activistes de Greenpeace enchaînent
leurs canots à l'arrière du baleinier le "Victoria 7", ainsi qu'aux
lance-harpons quand le capitaine, lui, grimpe jusqu'à la vigie pour y
installer une banderolle. Les activistes frôlent l'inculpation pour
piratage, passible de 20 ans d'emprisonnement. Mais ils sont relâchés
contre une amende de 3000 dollars, et le bateau, placé sous garde
armée, est libre deux semaines plus tard.
Le 18 juillet 1983, le "Rainbow" pénètre sans autorisation dans les
eaux territoriales soviétiques. La CBI a donné son aval à certaines
populations autochtones d'URSS de tuer des baleines grises (spécimen
rare et protégé). Mais cette reprise de la chasse, selon des méthodes
traditionnelles, n'est pas destinée qu'à satisfaire les besoins privés
des chasseurs... Plus précisément, Greenpeace soupçonne la station
baleinière de Lorino, en Sibérie, de tuer ces baleines pour fournir de
la nourriture bon marché aux élevages de vison. L'action qu'organise
Greenpeace en réaction à cela fait beaucoup de bruit. Les militants
entreprenent de filmer et de photographier la station baleinière, tout
en distribuant des tracts aux ouvriers, pour le moins surpris par cette
soudaine intrusion. Six membres de l'équipage du navire de Greenpeace
sont immédiatement arrêtés par les militaires qui prennent en chasse le
"Rainbow Warrior", ainsi qu’un activiste embarqué dans un canot
pneumatique avec pour mission de traverser le détroit de Bering et
d'acheminer le film en Alaska. Le canot est renversé du fait des
manoeuvres très dangereuses d’un hélicoptère et l’activiste est arrêté.
Après quelques heures, les navires soviétiques abandonneront la
poursuite du "Rainbow". Récupérée par les médias, l'affaire déclenche
une vague de protestations partout dans le monde, entraînant finalement
la libération rapide des activistes.