De nombreuses missions du "Rainbow" vont aussi concerner les déchets nucléaires. Plusieurs pays européens ont pris l'habitude pendant vingt ans de jeter leurs déchets radioactifs dans l'océan Atlantique, à 1000 kilomètres au large des côtes anglaises et à trois kilomètres de profondeur. En 1978, un navire anglais, le "GEM", s'apprête à y déverser 2000 tonnes de déchets ainsi que deux fûts de combustible nucléaire usagé provenant de sous-marins, allant à l'encontre de la Convention de Londres qui interdit l'immersion de déchets hautement radioactifs. Sur le lieu du largage, les deux fûts les plus dangeureux sont déjà immergés. Les zodiacs s'élancent vers la plate-forme de déversement et se placent dessous afin d'empêcher le reste du chargement. Deux barils de 600 kilos chacun sont néanmoins largués, et l'un d'entre eux, dans sa chute, vient percuter le canot et blesser, heureusement légèrement, le conducteur du canot. L'accident, dont les images firent le tour du monde, attire l'attention du public sur la question des déversements en mer.
Un an plus tard, le "Rainbow" passe une nouvelle fois à l'action contre
le même navire britannique; mais de puissantes lances anti-incendie
sont dirigées contre les militants et leurs zodiacs. L'action, filmée
et retransmise à la télévision, porte ses fruits. Quatre ans plus tard,
d'autres actions de Greenpeace ainsi que la pression des syndicats
entraînent un moratoire sur l'immersion des déchets radioactifs.
En 1980, le célèbre navire de Greenpeace s'installe au large du port
français de Cherbourg pour attendre le "Pacific Swan", un navire de
fret transportant du combustible irradié en provenance des réacteurs
japonais et destiné à être retraité à la Hague. Selon un rapport de
Greenpeace, ce type de cargaison représente un danger démesuré. En cas
d'incendie à bord, des milliers de vies alentour seraient mises
en péril par les émanations radioactives. Alors que le "Rainbow" prend
en chasse le dangereux navire et s'approche du quai, il est arrêté et
banni de France le jour suivant.
1980 : activistes de Greenpeace protestant contre le navire de transport nucléaire Pacific Fisher.
Dans le même temps, le "Pacific Fisher" doit amener à
Barrow-in-Furness, au Royaume-Uni, une cargaison similaire pour être
retraitée à l'usine de Sellafield. Qu'à cela ne tienne, le "Rainbow"
jette l'ancre à l'entrée du port dans l'intention d'obstruer le passage
du cargo, et cela malgré une injonction de la Cour Suprême. Il réussit,
en plaçant stratégiquement des canots pneumatiques, à bloquer l'accès
au quai... mais l'un d'eux est écrasé dans la manœuvre. En guise
d'épilogue, Greenpeace est condamnée à verser une importante amende
pour avoir transgressé les ordres de la Cour Suprême tandis que
l'action, qui fait une nouvelle fois la une des journaux, alerte
l'opinion publique internationale.
De même, en 1982, le "Rainbow" arrive à St John's Brunswick pour
soutenir l'opposition au plan canadien de transporter par mer en
Argentine 3000 barres de combustible nucléaire. L’Argentine n'a pas
signé le Traité de Non-Prolifération Nucléaire et pourrait tout à fait
utiliser le matériel à des fins militaires.
...et de déchets toxiques
En 1980, la branche néerlandaise de Greenpeace apprend que la
compagnie allemande "Bayer AG" transporte sur le Rhin des barges de
déchets chimiques contenant des métaux lourds et des substances
cancérigènes. Ces déchets sont déversés dans la Mer du Nord par
quantités de 10000 tonnes. Le 20 mai, le "Rainbow Warrior" et cinq
autres bateaux bloquent ces transports à Amsterdam: le blocus fait la
Une, entraînant une vague de protestations. Cette action n’est pas un
coup d'épée dans l'eau : moins de deux ans plus tard, Bayer met fin à
ces déversements.
Début 1982, Greenpeace entreprend une action sur la côte Est des
Etats-Unis contre la multinationale NL Industries qui déverse en mer
près de 4,5 millions de litres de déchets très toxiques par jour.
L'association fait coïncider sa campagne avec une enquête de l'Agence
Américaine de Protection de l'Environnement, qui révise le permis de
déversement d’une des compagnies incriminées. Les militants prennent
l'initiative, à l'aide de leurs zodiacs, de venir éclairer la
progression de la barge qui arrive de nuit dans la baie de New York.
Certains s’attachent à la chaîne de l'ancre. Malgré cela, NL Industries
obtient une nouvelle autorisation de poursuivre ses déversements. Grâce
à la publicité faite autour de l'événement, les activités de NL
Industries seront surveillées de près.
Après une escale au Costa Rica, le "Rainbow" remonte la côte
californienne et s'arrête à San Francisco, où il attire l'attention du
public sur l'incinération de déchets toxiques en mer, et proteste
contre la Marine US qui avait l'intention de couler ses vieux sous-marins
nucléaires hors d'usage en pleine mer.